DEUXIÈME ETAGE DU DOME
Cabinet des porcelaines.
ec Six fauteuils de canne peints en gris, garnis de coussins de vieux taffetas à carreaux rouges et blancs.
« Quatre rideaux en cinq pièces de vieux taffetas à carreaux rouges et blancs pendant à leurs tringles , devant la porte vitrée et devant la croisée.
« Dans l'angle, à droite en entrant, il y a une encoignure composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon supérieur. Un vase de cuivre doré, en forme d'urne.
« 2e Rayon. Une jatte de porcelaine bleue du Japon, ornée de fleurs jaunes.
« 3e Rayon. Une jatte de porcelaine festonnée et ornée de fleurs d'or sur fond blanc.
« 4e Rayon. Deux tasses avec leurs soucoupes de terre noire d'Angleterre, ornées de fleurs d'or.
« 5e Rayon. Une petite tasse avec sa soucoupe de porcelaine de Saxe.
<r Au-dessous de ces rayons, il y en a un autre très-petit, sur lequel se trouve un vase avec son couvercle de porcelaine craquelée, bordé et monté en cuivre doré et ciselé.
« Plus bas, une encoignure de marbre blanc sur laquelle se trouve un marbre blanc veiné de gris, façonné en manière de coffre et ayant deux cases rondes à l'intérieur avec un couvercle.
<r Sur le même côté, à droite et ensuite des précédents objets, il y a une tablette composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon ou supérieur. Un ange de cuivre doré couché sur un piédestal de bois.
« 2e Rayon. Deux tasses dépareillées avec leurs couvercles et leurs soucoupes, et un sucrier uni avec son couvercle de porcelaine.
« 3e Rayon. Une jatte à filets de porcelaine bleue du Japon parsemée de fleurs d'or, et deux théières de porcelaine blanche à fleurs avec leurs couvercles.
« 4e Rayon. Un sanglier sur ses jambes, soutenu par un plateau de porcelaine ou faïence fine, et de chaque côté deux tasses de porcelaine de Chantilly avec leurs soucoupes.
« 5e Rayon. Un grand sucrier sans couvercle, de porcelaine de Chantilly à fleurs, et de chaque côté deux coquetiers de même substance, aussi ornés de fleurs.
« De chaque côté de la croisée à droite, il y a deux piédestaux de bois peint, surmontés de deux grandes tabagies de porcelaine de la Chine ou du Japon, ornées de fleurs d'or, bleues et rouges.
« Au-dessous de l'une de ces tabagies, il y a une petite table de bois de marqueterie dont le plateau est de marbre veiné de rouge et de blanc, sur laquelle se trouve une assiette ou laitière, avec son pot et son couvercle de porcelaine blanche à filet d'or et à fleurs.
« Ensuite et toujours du môme côté à droite, on trouve une tablette de bois peint couleur de chair et composée de cinq rayons.
« 1er Rayon ou supérieur. Un ange de cuivre doré, couché sur un piédestal de bois peint couleur de chair.
« 2e Hayon. Une jatte de porcelaine à fleurs et filets dorés, et de chaque côté deux petites tasses en forme de pot, munies de leurs couvercles.
« 3e Ha von. Un sucrier à anses et à fleurs d'or, rouges et vertes, et
deux petits vases à fleurs dont l'un n'a point de couvercle ; ces trois pièces sont do porcelaine de Saxe.
« 4e Rayon. Un pot en forme de marabout, avec son couvercle de porcelaine de Saxe bleue et blanche et à filets dorés, avec deux petits vases de même porcelaine, ayant leurs couvercles.
a 5e Rayon. Un mardi gras assis auprès de sa marmite de porcelaine Ji fleurs commune, et deux tasses à anse avec leurs couvercles de même porcelaine.
« Au-dessous de ces rayons, une table de bois peint couleur de chair, dont le plateau est de marbre blanc, sur laquelle il y a une écuelle avec son couvercle et son assiette de porcelaine de Saxe dorée et à filets, et deux tasses de même porcelaine avec leurs soucoupes ovales.
« Dans l'angle du fond du cabinet et toujours du côté droit, il y a une encoignure composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon ou supérieur. Un vase de cuivre doré en forme d'urne.
« 2e Rayon. Un vase de porcelaine commune orné de fleurs et de forme octogone.
« 3e Rayon. Un sucrier de porcelaine commune, à fleurs et à filets ou rayures.
« 4e Rayon. Un grand pot à anse, évasé par le haut, avec sa soucoupe de porcelaine de Saxe, ornée de fleurs.
ce 5e Rayon. Il n'y rien sur ce 5e rayon.
« Au-dessous de ces rayons, on trouve une encoignure en forme d'armoire dont le dessus est de marbre blanc veiné de gris, sur laquelle il y a un petit cabaret vernissé peint en rouge, contenant deux bocaux de forme carrée de porcelaine à fleurs d'or.
« Sur le mur du même cabinet qui fait face à la porte d'entrée, il y a huit figures plates par derrière, de cuivre doré, représentant des Indiens, dont quelques-uns sont armés de massues et les autres accompagnés d'animaux.
« Sur le même mur du fond du cabinet et ensuite de la précédente encoignure, il y a une tablette composée de deux rayons de bois vernissé, peint en rouge.
« 1er Rayon ou du dessus. Un cerf dans l'attitude de la marche, monté sur un plateau, le tout de porcelaine ou de faïence fine.
« 2e Rayon. Deux vases de porcelaine bleue du Japon, de forme allongée et évasée par le haut, dont les anses et le dessous sont de cuivre doré.
tt Au-dessous de ces rayons il y a une double encoignure composée
de trois rayons en demi-cercle, de chaque côté de laquelle sont deux petits ornements de cuivre.
« 1er Rayon ou du dessus. Un pot-pourri de porcelaine à fleurs avec son couvercle, sa bordure et d'autres ornements de cuivre doré, et une grande tasse à anses de porcelaine de Saxe à fleurs et filets d'or.
ce 2e Rayon. Deux vases de porcelaine couleur vert d'eau à fleurs, lesquels sont de forme globuleuse dans le milieu et terminés par chacun un fut à leur partie supérieure.
« 3e Rayon. Un pot à l'eau à anse en forme d'aiguière, de porcelaine de Saxe, à fleurs de différentes couleurs et à filets d'or; et une saucière de même porcelaine aussi à filets d'or.
« Sur un autre rayon seul, au-dessous des précédents, on voit deux figures en biscuit de porcelaine, dont l'une représente un homme incliné en avant auprès d'une hotte et tenant des oiseaux dans sa main ; l'autre figure représente une femme avec une corbeille sous son bras droit; il y a aussi un petit cygne de porcelaine.
« Au-dessous de ce rayon détaché, il y a une table avec son tiroir, peints en rouge sous vernis et à fleurs d'or, sur laquelle il y a : 1° une grande soupière avec son assiette et son couvercle surmonté d'un oiseau, le tout de porcelaine à fleurs de différentes couleurs; 2° six tasses de porcelaine, leurs soucoupes et leur sucrier qui a son couvercle, aussi de porcelaine à fleurs de différentes couleurs.
« Sous cette table, un très-grand et très-beau plat de porcelaine de la Chine à fleurs bleues et rouges et à filets d'or.
« A côté des précédentes tablettes et toujours en allant de droite à gauche, on voit une tablette composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon ou du dessus. Un Cupidon de cuivre doré, tenant dans ses mains deux couronnes de laurier; de chaque côté sont deux petits ornements de cuivre en forme de vases.
« 2e Rayon. Une théière et deux sucriers avec leurs couvercles de porcelaine de Saxe à fleurs de différentes couleurs et à filets dorés.
« 3e Rayon. Deux figures représentant un jardinier et une jardinière, avec un vase à fleurs de porcelaine de Saxe dorée.
« ke Rayon. Deux vases de fleurs et un moutardier de même porcelaine, ornés de fleurs et de dorures.
et 5a Rayon. Deux figures représentant l'une un faucheur avec sa faux, et l'autre une femme portant une corbeille de fleurs, avec un vase de fleurs dans le milieu, de même porcelaine que les précédents objets.
« Au-dessous de ces rayons, on voit un plateau de marbre blanc,
soutenu par des consoles de cuivre, sur lequel il y a une bergère assise sur un rocher, avec un mouton et un vieux arbre, le tout tenant ensemble et ne formant qu'une seule pièce.
« Plus bas, une table de bois de marqueterie avec un tiroir fermant à clef, sur laquelle il se trouve : 1° une écuelle à anse avec son couvercle à cercles d'argent et son assiette de porcelaine du Japon; 2° une grande tasse à chocolat avec son couvercle à cercles d'argent, et son assiette sur le fond de laquelle il y a une corbeille d'argent pour recevoir la tasse; 3° un pot à l'eau dont le couvercle est attaché au pot au moyen d'une charnière d'argent, le tout de fort belle porcelaine; 4° quatre tasses avec leurs soucoupes de porcelaine commune ornée de fleurs.
« Sous la précédente table et sur le carrelage de la chambre : 1° un étui rond en forme dépôt, dont le bois est peint en noir, orné de fleurs d'or, contenant un pot d'étain à anse de cuivre avec son couvercle, enveloppé dans un fourreau de damas vert doublé de bleu; 2° un petit cabaret de bois peint à la chinoise ; 3° un grand plat rond de porcelaine ancienne, orné de fleurs et de dorures.
« Ensuite, et toujours en allant de droite à gauche, il y a une tablette composée de deux rayons de bois vernissé et peint en rouge.
c 1er Rayon ou du dessus. Une biche dans l'attitude de la marche.
ce 2e Rayon. Trois vases de porcelaine bleue à l'extérieur avec leurs couvercles, leurs anses étant de cuivre doré.
« Au-dessous de ces deux rayons il y a une double encoignure de bois peint en brun, composée de trois rayons en forme de demi -cercle, et accompagnée de deux petits ornements de cuivre qui sont de chaque côté.
« 1er Rayon ou du dessus. Une vache couchée sur la laiterie en forme de baignoire de vendange, avec une figure en biscuit de porcelaine représentant une beurrière et une femme qui bat du beurre.
« 2e Rayon. Deux petits vases en forme de bouquetiers.
<r 3e Rayon. Une grande tasse à chocolat évasée par le haut, et un autre vase aussi évasé à filets dorés, de porcelaine de Saxe ornée de fleurs.
« Au-dessous de ces trois rayons, un autre rayon de bois sur lequel il y a trois figures en biscuit de porcelaine : l'une représente une vendangeuse ayant son tablier rempli de raisins ; l'autre un homme en posture de suppliant, ayant l'air de faire une demande à la vendangeuse; la troisième figure représente un enlèvement et paraît être destinée à orner un plateau de dessert.
« Plus bas, une petite table de bois, peinte de diverses couleurs,
ornée de fleurs et de dorures avec son tiroir; il y a sur cette table : 1° une belle écuelle avec son couvercle et son assiette de porcelaine de Saxe, couleur vert d'eau, ornés de fleurs et de filets dorés; 2° une théière avec son couvercle et deux tasses avec leurs soucoupes pareilles à la théière de porcelaine ornée de fleurs ; 3° deux autres tasses aussi avec leurs soucoupes de porcelaine à fleurs de différentes couleurs ; 4° un petit sucrier avec son couvercle et sa jatte carrée de même porcelaine, fleuris de différentes couleurs.
« Sous cette table, c'est-à-dire sur le carrelage de la chambre, un grand plat de porcelaine de la Chine, orné de peintures et de dorures.
« Dans l'angle où les murs du fond et de la gauche se réunissent, il y a une encoignure composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon ou du dessus. Un vase de cuivre doré en forme d'urne.
« 2e Rayon. Un vase de porcelaine de forme octogone et orné de fleurs et de dorures.
« -3e Rayon. Un pot à l'eau en forme de cuve avec sa cuvette de porcelaine de Saxe, ornés de fleurs et de dorures.
« 4e Rayon. Un vase en forme de sucrier, de porcelaine de Chantilly, orné de filets.
« 5e Rayon. Un petit coffre aussi de porcelaine avec son couvercle.
ce Sur un petit rayon, qui se trouve au-dessous des précédents, il y a un bouquetier de forme allongée et de couleur rougeâtre.
« Plus bas, une encoignure de bois couleur de chair, fermant au moyen d'un bouton, sur laquelle il se trouve : 1° deux grands vases de porcelaine ou tabagies de forme à peu près cylindrique ; 2° et trois assiettes dépareillées aussi de porcelaine.
« Dans l'intérieur de cette encoignure: trois soucoupes dépareillées de porcelaine et une assiette de faïence.
« Ensuite et toujours en suivant, on trouve sur le mur à gauche de la chambre, une tablette composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon ou du dessus. Une figure de cuivre doré représentant Louis XIV assis dans un fauteuil de bronze.
« 2e Rayon. Une grande tasse et deux petits pots avec leurs couvercles, de porcelaine de Chantilly.
« 3e Rayon. Un grand sucrier à filets d'or et deux tasses avec leurs soucoupes, de porcelaine de Saxe.
« ke Rayon. Deux petits pots évasés par le haut avec leurs cou-
vercles, et un grand vase de forme ovale, de porcelaine de Chantilly à filets d'or et à fleurs de différentes couleurs.
« 5e Rayon. Deux figures, dont l'une est un berger jouant de la flûte et l'autre une bergère jouant de la harpe ; avec un petit pot à l'eau muni de son couvercle de porcelaine à filets dorés.
« Sous ces cinq rayons, il y a une petite table de bois couleur de chair, sur laquelle on voit : 1° une belle écuelle avec son couvercle et son assiette de porcelaine ornée de fleurs et de filets d'or; 2° une tasse à anse avec sa soucoupe, à filets d'or de porcelaine de Saxe; 3° un petit pot de même porcelaine avec une soucoupe, aussi ornés de fleurs et de dorures.
« Sous cette table, c'est-à-dire sur le carrelage, il se trouve un grand vase avec son couvercle, ornés de fleurs bleues sur fond blanc.
ce De chaque côté de la croisée du mur à gauche, il y a deux bustes de cuivre ou bronze, grotesques, représentant un vieux et une vieille, sur leurs piédestaux.
« Au-dessous de l'un de ces bustes, qui est du côté de la porte d'entrée, il y a une petite table de bois de marqueterie dont le plateau est de marbre brèche : sur laquelle il se trouve une assiette ou laitière/avec son pot et son couvercle de porcelaine blanche, à filets d'or et à fleurs de différentes couleurs.
« Ensuite et toujours sur le mur à gauche, en revenant du côté de la porte, il se trouve une tablette composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
(c 1er Rayon ou du dessus. Un ange de cuivre doré couché sur un piédestal de bois peint.
« 2e Rayon. Une tasse avec sa soucoupe et deux petits vases de forme octogone, évasés par le haut, de porcelaine de Saxe.
« 3e Rayon. Une jatte à filets et à fleurs d'or sur fond bleu, de por* celaine de la Chine, et deux tasses avec leurs soucoupes, d'ancienne porcelaine du Japon.
« 4e Rayon. Une laie ou femelle de sanglier, dans l'attitude de la défense, montée sur un plateau de porcelaine ou de faïence fine, et cinq petites salières de porcelaine, dont trois sont réunies et dont l'extérieur représente les côtes d'un artichaut.
« 5e Rayon. Un vase ou sucrier et deux petits coquetiers de porcelaine de Chantilly.
« Dans l'angle que forme le mur à gauche avec celui où est la porte, il y a une encoignure composée de cinq rayons de bois peint couleur de chair.
« 1er Rayon ou du dessus. Un vase de cuivre.doré en forme d'urne tronquée.
« 2° Rayon. Une jatte de porcelaine blanche du Japon, ornée de fleurs.
« 3e Rayon. Une autre jatte de porcelaine festonnée, aussi du Japon, ornée de peinture et de dorure sur fond blanc.
« 4e Rayon. Deux tasses et deux soucoupes de terre noire d'Angleterre, à fleurs d'or.
« 5e Rayon. Une petite tasse festonnée, de porcelaine avec sa soucoupe.
« Sur un petit rayon de marbre qui est immédiatement au-dessous des précédents, on voit un vase de porcelaine craquelée, avec son couvercle, leurs cercles et pieds ornés de cuivre ciselé.
« Plus bas, un autre rayon de marbre blanc, sur lequel se trouve une petite écuelle et une soucoupe de terre noire d'Angleterre, fleuries d'or; une tasse de porcelaine craquelée dont la soucoupe est d'autre porcelaine; enfin une autre lasse et sa soucoupe aussi de porcelaine.
« Sur le mur où est la porte d'entrée et à gauche en entrant, il se trouve une tablette composée de trois rayons de bois vernissé peint en rouge.
« 1er Rayon ou du dessus. Un ange de cuivre doré couché sur un piédestal de bois peint, et deux loupes ou verres ardents montés sur leurs pieds de bois d'ébène.
« 2e Rayon. Un pot de porcelaine de Chantilly, une théière de cuivre rosette avec son couvercle, et un vase de terre rougeâtre avec son couvercle en forme de théière.
« 3e Rayon. Une théière avec son couvercle, deux tasses et deux :oucoupes de terre noire d'Angleterre, fleuries d'or.
« Au-dessous de ces rayons, il y a une double encoignure à trois rayons, sur lesquels il y a six tasses et six soucoupes de porcelaine du Japon, de différentes couleurs, dont quatre sont pareilles. »
Cet inventaire a été dressé sous la direction de Mlle Blesseau. Les porcelaines qui ne sont pas sorties des manufactures de Saxe ou de Chantilly, celles qui ne viennent point de la Chine ou du Japon, le rédacteur delà pièce qui précède les nomme des porcelaines communes; ce sont cependant des porcelaines de Sèvres, le dôme n'en renfermant point d'autres. Les débris de cette riche et précieuse collection, qui ont pu échapper à une destruction complète, nous ont permis, par la grande valeur qui leur est aujourd'hui attribuée, de nous rendre compte de son véritable prix, qui est considérable.
Note 1, p. 166. — Lorsqu'une famille noble avait exercé quelque emploi de roture, elle perdait par cela même les privilèges de sa noblesse, qui ne pouvaient lui être rendus que par un acte de réhabilitation. Dans la correspondance de Buffon avec Mme Daubenton, il sera d'autres fois encore question de cette réhabilitation, qui intéressait un membre de sa famille.
Note 2, p. 166. — Buffon fait allusion à l'opposition que le mari de Mme Daubenton faisait à son voyage. La famille était alors divisée par des questions d'intérêt, et les discussions auxquelles elles avaient donné lieu , mettaient de la gêne dans les relations de ses différents membres.
Note 1, p. 168. — Junot était fermier de Buffon ; son fils s'engagea dans les armées républicaines et devint duc d'Abrantès. Lors de la grande fortune politique de Junot, son père fut nommé conservateur des forêts à Dijon, et se fit bâtir à Montbard une maison en rapport avec la situation nouvelle de sa famille. En 1814, le duc d'Abrantès ruiné s'était réfugié chez son père, alors fort âgé, mais encore vert, qui vivait retiré dans cette maison où son fils était venu mourir atteint d'aliénation mentale. Un matin, le sous-préfet de Semur arrive à Montbard, suivi d'une brigade de gendarmerie, et entouré de tout l'appareil du pouvoir. On s'arrête devant le jardin de M. Junot ; des hommes de corvée sont requis et, sous les yeux du sous-préfet, en présence de la gendarmerie qui avait mis l'arme au poing, on abat un des deux pavillons dont le père du duc d'Abrantès avait décoré la terrasse de son jardin. Quel crime avait provoqué cette énergique démonstration? On le sut le lendemain. Les girouettes qui terminaient les deux pavillons avaient été dénoncées : l'une représentait un sauvage tenant à la main son arc bandé et sa flèche prête à partir; sur l'autre s'agitait un dauphin qui, tournant au gré du vent, semblait ne pouvoir éviter le trait près de l'atteindre. L'administration avait vu là une allusion politique. Le sauvage armé visant le dauphin, n'était-ce pas en effet l'anarchie menaçant un fils de France? Le sous- préfet avait cru de son devoir de faire disparaître cet emblème séditieux.
Noie 1, p. 169. — César-Guillaume de la Luzerne, né à Paris en 1738, évêque de Langres le 26 août 1770. Philibert de Montmorin de Saint-Hérem, fut son successeur.
Note 2, p. 169. — Pierre-François Bienaimé , né à Montbard le 26 octobre 1737, mort le 9 février 1806, fut nommé à l'évêché de Metz le 27 juin 1802. L'abbé Bienaimé a fait paraître en 1780 un Mémoire sur les abeilles. La duchesse d'Abrantès prétend fort à tort, dans ses Mémoires, que Buffon profita de ses recherches.
Note 1, p. 170. — Buffon avait été mis en rapport avec M. Leclerc d'Accolay, par le comte de La Rivière, son ami; la lettre suivante fera voir dans quel intérêt.
« Thôtes, le 12 janvier 1774.
« J'ai eu l'honneur de parler et d'écrire à M. de Buffon, monsieur, depuis que je vous ai vu en ce pays. Quoiqu'une naissance plus ou moins connue, pour un homme de la célébrité de M. de Buffon (célébrité qui rejaillira dans quelque temps que ce soit sur sa postérité), soit peu de chose, il convient que, si on pouvait trouver l'attache de MM. Leclerc du Nivernais avec le premier de ce nom qui fut anobli par Philippe de Valois en 1349, et dont il est démontré, par l'original de la réhabilitation que vous avez, que le chancelier Leclerc sortait, ce serait quelque chose de plus pour M. son fils, qui a d'ailleurs tout ce que l'on peut désirer de mieux pour être au niveau de quelque personne de condition que ce soit; mais sa santé ne lui permettant pas de faire les recherches nécessaires, je l'ai assuré qu'en vous aidant de tous les alentours qu'il a et de la très-grande considération dont il jouit , vous étiez l'homme qu'il lui fallait pour ces recherches, et d'autant plus que cela vous regarde un peu, si vous ou les vôtres vous veniez à une fortune qui vous permît de vous faire réhabiliter comme celui qui se fit réhabiliter sous le règne de Louis XIII, et qui n'était cerlainement pas d'aulre famille que MM. Leclerc d'aujourd'hui, qui, manquant de fortune, ont été confondus ; car la naissance sans bien est souvent plus à charge qu'utile. Enfin, monsieur, je vous invite
à aller trouver M. de Buftbn à son hôtel, près le Jardin du Roi ; cette lettre vous servira de passe-port; vous en serez certainement bien reçu. MM. Leclerc de Fleurigny, qui, dans leur généalogie, ne remontent qu'au père du chancelier Leclerc, ne sortent pas d'autre que d Etienne Leclerc, comme vous en avez la preuve sous les yeux, lequel Etienne, grand-père du chancelier, fut anobli en 1349. L'antiquité était assez grande, puisque c'était le cinquième ou le sixième anoblissement que les rois avaient faits jusque-là ; mais chacun voudrait tirer son origine du ciel, et, quoique l'on vive dans un temps où jamais la noblesse française ait été moins considérée, cette folie occupe cependant les hommes plus que jamais; et des familles oubliées, à force de recherches, ont fini par faire connaître qu'elles sortaient de bon lieu. Je crois que MM. Leclerc du Nivernais y sont non-seulement bien fondés , mais qu'un aussi grand homme que M. de Buffbn serait reçu à bras ouverts de MM. Leclerc de Fleurigny, en ménageant néanmoins l'anoblissement de l'aïeul du chancelier dont ils ne font pas mention dans leur généalogie, qui commence au père du chancelier et ne remonte pas au grandpère anobli par Philippe de Valois. Adieu, monsieur, soyez toujours bien persuadé de tout l'attachement de cette maison pour vous et de
mon estime particulière.
« Le comte de La Rivière. »
(Cette lettre a été publiée dans l'Annuaire de l'Yonne pour l'année 1854.)
Le fils de Buffon avait à cette époque dix ans, et son père se préoccupait déjà de son état futur. Pour servir son pays, il fallait alors faire ses preuves de noblesse. Plus elles remontaient loin, moins les carrières parmi lesquelles on pouvait choisir étaient limitées. Buffon s'enquit des origines de sa famille, et, comme il rencontra vers 1603 des Leclerc venus du Nivernais en Bourgogne, dans une position fort modeste, il ne chercha plus. Cependant cette branche établie en Bourgogne appartenait à la maison des Leclerc, à laquelle fait allusion la lettre du comte de La Rivière, maison fort ancienne et dont le chef est Robert-Etienne Leclerc, né vers 1298, et anobli par Philippe de Valois, en 1349, pour les services que Jehan, son fils, lui auroit rendus, tant en la guerre comme aultrement.
Des découvertes précieuses faites dans les archives de la Bibliothèque impériale et dans d'anciens titres que renfermait un vieux château de Bourgogne, le château de Grignon, où s'établirent MM. Leclerc à leur arrivée dans le pays , ne m'ont plus permis de douter que Buffon n'appartînt en effet à la famille de Jean Leclerc, chancelier de France en 1420. Cette maison, dont la généalogie se trouve dans le P. Anselme et dans La Chesnaye-des-Bois, au nom de MM. Leclerc, comtes de Fleuri-
gny, a donné, outre le chancelier, plusieurs illustrations : entre autres, Antoine Leclerc de LaForest, né le 13 septembre 1563, mort le 23 janvier 1628, qui, après avoir été un des plus ardents adversaires de la religion catholique, prit une part importante et active à tout ce qui se fit de son temps dans l'intérêt de cette religion. Elle a fourni un grand nombre de branches dont quelques-unes parvinrent à une haute fortune, tandis que d'autres, et dans le nombre, celle d'où est sorti Buffon, perdirent toute trace de leur ancienne origine. Le père et le grand-père de Buffon vécurent noblement, et ne se virent jamais contester les privilèges attachés à leur noblesse.
Buffon portait les armoiries suivantes :
Écartelés aux I et IV d'argent plein à la bande de gueule, chargée de trois étoiles d'argent (qui est des Leclerc) ; aux II et III d'azur à cinq billettes d'argent posées en sautoir (qui est de Marlin). Son fils y ajouta les armes de sa mère, de la maison de Saint-Belin-Mâlain, qui sont d'azur à trois têtes de béliers d'argent, couronnées d'or et posées III et I.
Les titres donnés à Buffon, dans les actes officiels, contrats et aulres actes publics, sont les suivants : Comte de Buffon, vicomte de Quincy, vidame de Tonnerre, marquis de Rougemont, seigneur de Montbard, la Mairie, les Harens, les Berges et autres lieux ; intendant du Jardin et du Cabinet du Roi, l'un des Quarante de l'Académie française , trésorier perpétuel de l'Académie des Sciences; des Académies de Londres, de Berlin, de Saint-Pétersbourg, d'Edimbourg, des Arcades, de celle des sciences, lettres et arts de Padoue, de l'Institut de Bologne et de presque toutes celles de l'Europe.
Buffon, dont les habitudes simples et sans^ faste sont trop peu connues, ne se montra jamais vain de ses titres. Il en refusa même, et des plus recherchés. Dans un temps où, en raison peut-être des attaques qu'une philosophie nouvelle commençait à diriger contre toutes les distinctions sociales, les titres avaient une grande valeur; aussi un pareil refus, à la cour de Louis XV, n'était pas chose si commune, que l'on ne dût reconnaître quelque dignité dans le caractère de celui qui l'avait prononcé. Le mot de Target, qui disait en voyant passer Buffon : «Voici un homme qui a beaucoup de vanité au service de son orgueil; » les attaques ded'Alembert et deChampcenetz, qui nous ont souvent entretenus des grands airs du comte de Tuffières , ont fait écho; et on parle aujourd'hui de la vanité de Buffon comme d'une chose si bien établie, qu'elle n'a pas besoin d'être prouvée. C'est une erreur cependant. Buffon reçut avec reconnaissance, mais sans transport, les distinctions qui lui vinrent d'elles-mêmes, et prit le rang que ses titres lui avaient attribué. L'avenir de son fils lui fit attacher i 30
par la suite quelque importance à des distinctions qui, même dans la société du dix-huitième siècle, n'étaient pas aussi futiles qu'on veut Lien le dire. Un jour que le duc de Créqui faisait remarquer à Ghamfort qu'un homme d'esprit est l'égal de tout le monde et que le nom ne change rien : « Vous en parlez bien à votre aise, monsieur le duc, répondit ce dernier avec grande raison; mais au lieu d'être le duc de Créqui , soyez pour un instant M. Criquet, puis présentez-vous dans un salon, et vous verrez si l'effet sera le même. »
Buffon d'ailleurs , avec cet esprit d'ordre qui a dirigé tous les actes de sa vie, regardait la tradition comme le plus précieux patrimoine des familles. L'homme en effet qui compte des ancêtres honorés, comprend sans peine qu'à son tour il doit à ses enfants autant qu'il a reçu de ses pères. Il y a du fils au père et du père au fils une solidarité nécessaire, qui est la véritable origine des devoirs de la famille, généreusement acceptés et noblement compris. Si le fils est, à juste titre, fier du nom que lui a laissé son père, si la préoccupation constante de ne pas déchoir de la position qui lui a été faite, devient pour lui une noble cause d'émulation ; ne l'arrêtons pas pour lui dire qu'il se trompe, que son courage est. mal employé, qu'il dépense inutilement ses forces. Car si un jour, sa tâche achevée, lui aussi a courageusement accompli sa mission, s'il a bien vécu à son tour, c'est qu'il a compris que l'opinion publique ne sépare jamais le nom du père de celui du fils ; que leur responsabilité est égale, que leur solidarité est la même; c'est qu'il a su qu'un nom obscur, mais honnêtement porté, est une charge aussi lourde qu'un nom illustre qu'entoure le prestige de la fortune et des dignités. Il n'y a pas injustice à tenir compte à chacun de nous des services rendus par ceux d'où nous venons. Si nous reconnaissons l'inégalité des fortunes, reconnaissons aussi l'inégalité des positions, l'inégalité des souvenirs; ne contestons pas à un homme son histoire domestique, cette épargne d'honneur mise en réserve à son profit par ceux de sa famille qui l'ont précédé dans la vie; pas plus que nous ne lui dénions le patrimoine acquis et conservé par leurs peines , leurs services ou leurs travaux.
Buffon, dont je viens d'analyser les idées, telles que les a conservées dans ses notes un de ses secrétaires, n'attacha quelque prix aux distinctions nobiliaires que parce que son fils devait en profiter. S'il chercha toujours à éloigner de son esprit le penchant aux vanités puériles vers lesquelles incline la jeunesse, il s'efforça du moins d'y faire naître et d'y développer les sentiments élevés de la dignité du caractère et de la générosité de l'esprit. Il croyait à l'avenir de sa maison et travaillait. pour sa gloire ; son esprit juste et clairvoyant lui avait bien fait découvrir dans les agitations politiques du temps un
prochain orage ; mais il ne croyait pas que la tempête pût être terrible à ce point . qu'elle engloutît en un instant le fruit de tant de travaux.