‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 114 sur 133 · A LA CITOITENNE CEPOY, RUE BLEUE, A PARIS · texte numérisé non relu

A LA CITOITENNE CEPOY, RUE BLEUE, A PARIS

« Au fort Saint-Jean, le 1* septembre 1793, l’an II de la République.

« Vos lettres me parviennent, chère et tendre amie, très-exactement; en voilà trois qui m'arrivent trois jours consécutifs. La dernière est du 14. Que vous êtes aimablel que je vous aime et vous estime I Vous ne pouvez p.as vous faire une idée du calme que répand dans mon ftme de vous lire et de savoir où vous êtes et comment voua vous portez. Je ne comprends pas que vous n’ayez pas trouvé de lettres de moi à votre arrivée à Paris. Pourquoi vous refuserait-on le bonheur de me lire et de m’entendre vous dire que rien au monde

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n’esl comparable à la tendresse que j’ai pour vous? Vous le savez bien ; mais il me serait bien doux de penser que je puis vous le répéter tous les jours. Je ne reçois que très-rarement des lettres relatives à mes affaires; je n’en ai aucune depuis quatre mois, que deux du citoyen Lemaire, et la dernière m’a perré l'âme, car elle m’a appris que l’on avait suspendu le payement des pensions et des gages des gens qui m’étaient attacbé.s. Je ne puis vous dire combien j'en suis affecté. Je mets ce malheur au nombre des plus grands que j’aie éprouvés. Je n’ai jamais reçu de lettres d’autres que de Lemaire. 11 m’apprend aussi la mise en vente du Kaincy et de Monceaux; mais tout cela me touche peu en comparaison. Quelque lieu que j'habite, quelque fortune que j’aie, pourvu que ce soit avec vous, chère et bienaiméc Fanny, et que je n’aie pas la douleur de penser que les gens qui m’étaient attachés et que j’aime, sont dans la misère et dans le besoin, je vivrai heureux. Comme je n’ai jamais fait d’autres vœux et que je ne demande rien autre chose au ciel, il me l’accordera. Je serai réuni à ma Fanny avec mes deux enfants; et, si je n’en meurs pas de joie, je passerai le reste de mes jours heureux et tranquille, uniquement occupé do mon bonheur. Adieu, bien respectable amie, adieu; je serai bien heureux quand j’apprendrai que mes lettres vous parviennent. Adieu, chère amie, que je vous aimel

« I.ouis-Philippe-Joseph. »

Note 2, p. 223. — M. Boursier, notaire de Buffon, sur lequel nous nous sommes déjà fort longuement étendu (Voy. la note 3 de la lettre cccxli, p. 527), devint, à compter do ce jour, l’intermédiaire officiel entre les deux familles. Des intérêts communs continuant d’exister entre Mme de Buffon et son mari, M. Boursier fut chargé des relations nécessaires auxquelles cette communauté d’intérêts donnait naissance. On trouve dans sa correspondance la trace des négociations difficiles auxquelles l’obligea parfois la mission délicate qu’il avait acceptée ; on y lit, en outre, avec plaisir les conseils remplis de sagesse et de raison qu’il donnait au comte de Buffon égaré par do faux rapports et auquel son amour-propre blessé suggérait des démarches que, dans toute autre circonstance, et alors qu’il eût été de sang-froid, son cœur loyal eût désapprouvées. Elles témoignent, en outre, d’un fait trop honorable pour Mme de Buffon pour être passé sous silence. En l’entendant exposer ses besoins à M. Boursier avec un accent de vérité qui pénètre et qui touche, en la voyant réclamer avec instance et comme un revenu nécessaire la pension que lui faisait son mari pour lui tenir lieu des intérêts de sa dot, on reconnaîtra que, si son cœur égaré l’entraina dans de funestes écarts.

NOTES

la dignité cl la délicatesse de son caractère ne subirent aucune atteinte.

M. Buursier écrit au comte do BufTun ;

« 2 août 1788. — J’ai reçu chez moi Mme do Buflon, à qui j’ai payé son quartier. Sa conduite est toujours la môme; cependant elle m’a assuré qu’ello n'avait point été à Londres. Je désirerais bien pour votre tranquillité qu'il fût possible de prendre un parti sur le sort qui parait malheureusement lui être destiné pour le reste do scs jours. Cette aiïaire est délicate, et nous devons remettre à la traiter à votre prochain voyage à Paris. Je veillerai, autant que mon devoir et mon respect pour la mémoire de .M. votre père me le prescrivent, au salut de sa gloire cl do ce qui vous intéresse. >

O 25 juillet 1790. — Mme de BulTon est actuellement à Paris, dans la maison de Mme sa mère, rue Bleue. Il s’est présenté chez moi quelqu'un de sa part, ces jours derniers, pour recevoir ses quartiers arriérés; j’ai répondu que je ne pouvais rien payer sans votre avis. Je vous prie do me marquer ce que je dois faire à ce sujet. >

La réponse se faisant attendre et M. Boursier ne payant plus à Mme de Bulfon les quartiers de sa pension, celle dernière lui écrivit, le 3 août 1790, la lettre suivante :

t II ne m’a pas encore été possible de vous demander des rendezvous pour causer sur un objet de la plus grande importance, puisqu’il s’agit de réclamer de M. de Bulfon le payement nécessaire à mon ozistcnce. Je vais, si vous voulez bien me lire avec attention, entrer dans quelques détails avec vous. Je ne veux rien que la chose juste, honnête et due; je me suis absentée dans un temps de troubles, où trèspeu de monde resta à Paris. Chacun choisit le pays qui lui offre le plus d’inlérét. Je ne connaissais pas l’Angleterre, j’y fus. Du moment que ma raison sait se plier aux circonstances et que je ne demandais rien de plus pour vivre, quel est l’inconvénient que je mange mon très-mince revenu ici ou ailleurs? Plus d’une personne dans ma position en firent autant; on no le trouve nullement déplacé : se disconvenir les uns et les autres, n’csl point un sujet de se tourmenter et de gêner sa liberté réciproquement. M. de Bulfon a jugé à propos de ne pas me payer; vous savez les sommes qu'il me doit, vous savez certainement comme moi, monsieur, que, malgré la séparation qui existait entre M. de Bulfon et moi du vivant de mon beau-i)ère, ce dernier avait toujours voulu que les intérêts de ma dot me fussent payés avec exactitude ; il a môme, je le sais, placé mes fonds de manière à ce que le produit et la somme ne courussent jamais de risques ni de retards. Je n'ai jamais demandé que ce qui m’appartenait à M. de Bulfon, et dans ce moment je le réclame plus que jamais. J'ai

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contracté des engagements pour la somme qui m'est duc; je suis trop honnête pour chercher à gêner la fortune de M. de Buffon, je n'ai nul désir de le chicaner sur ses placements d'argent; mais je le crois trop juste et trop loin d'agir contre la stricte honnêteté pour douter un seul instant qu’il va me payer avec exactitude les quartiers courants et ceux arriérés. Plus ma fortune est médiocre, plus j’ai besoin de la toucher sans délai. Je dois et je veux |>ayer. D'ailleurs, que M. de Buffon se donne la peine de calculer les dépenses nécessuires pour une femme sans luxe, mais vivant dans la médiocrité, il y trouvera :

( Un domestique, une femme de chambre, une gouvernante à la pensiun depuis mon mariage, un cocher, une voiture et deux chevaux, les intérêts d’un argent qu'il m'a fallu dépenser dans une maison ou l'on ne trouve que les quatre murailles, mon entretien, ma nourriture, enfin bien d’autres dépenses nullement agréables, mais qui n'en sont pas moins des dépenses.

« Je vous prie, monsieur, d’examiner d’après votre conscience si je fais preuve d’ordre en joignant le bout de l’année, et si M. de Buffon est dans 1e cas de retrancher mon revenu pour augmenter le sien, qui est au moins quatre fois plus considérable que le mien. Voulez-vous bien, monsieur, avoir la complaisance de lui faire passer, non ma lettre, mais mes raisons? elles sont faites pour être valables auprès de lui que je crois juste, et éloigné de faire des bassesses.

« Quoique vous preniez beaucoup d'intérêt à ce qui regarde M. de Buffon, je réclame dans ce moment votre impartialité et votre honnêteté. J’attendrai de vous une réponse.

* Cepoy de Buffon. »

La lettre de Mme de Buffon fut envoyée par M. Boursier à Bayonne, où le comte de Buffon était alors avec son régiment.

M. Boursier y ajouta ces mots :

• Paris, le 5 août 1790.

< Je viens de recevoir une lettre de Mme de Buffon, dont je vous envoie la copie. Vous verrez que Mme de Buffon réclame avec instance les sommes que vous lui devez et que je lui avais toujours payées exactement. La résolution que vous semblez avoir prise, et à laquelle je me suis conformé, sera-t-elle invariable, et dois-je toujours persister dans le refus de payer? Cette discussion entre vous et Mme de Buffon n'a eu jusqu’à ce moment d'autre confident que moi; mais comme cette affaire aura nécessairement des suites et que Mme de Buffon ne s’en tiendra pas à mon refus,.je dois, pour votre tranquil- II 37

NOTES

lilé, vous engager à bien faire vos réOesions pour prévenir, s'il est possible, l'éclat dans une affaire qui, de quelque manière qu’elle tourne, ne peut que vous causer du désagrément.

a Votre conduite envers Mme de BulTon, depuis le moment de votre séparation, a eu l'approbation générale. Vous avez fait preuve d'indifférence et de désintéressement; conservez toujours les mêmes sentiments; c'est, à mon avis, le seul moyen d'avoir la paix et la tranquillité. Mandez-rooi, je vous prie, quelle sera la réponse à faire à Mme de liulfon. >

Je trouve dans la correspondance do .M. Boursier une dernière lettre concernant Mme de Butfon. Elle ost trop sage, trop sensée et en même temps trop honorable pour Mme de BulTon, pour que je ne la joigne pas aux lettres précédentes.

« Paris, le Î5 août 1790.

f J'ai lu avec attention votre dernière lettre, et j’ai lardé à y répondre pour y réfléchir davantage. Vous paraissez fort animé contre Mme de BulTon. Un des sujets particuliers sont, dites-vous, des lettres d'avis reçues d’Angleterre. Je vois cos choses sous un aspect bien différent et me crois forcé du vous le dire. Comment pouvez-vous ajouter foi à des propos que l'animosité peut faire tenir? Vous devez vous tenir en'garde contre de pareilles invectives, qui ne parlent ni de vos amis ni de gens de l’honnêteté desquels vous puissiez répondre. Malheureusement, dans ce moment, personne n'est exempt do la malignité dos opinions. Quant à moi, persistant toujours dans ma manière de voir, voici ce que j'aperçois dans la conduite do Mme de Buffon, que je connais un peu par moi, et davantage par des informations que j’ai prises.

t On voit Mme de Buffon très-peu dans le monde; elle ne fréquente ni les endroits publics ni les sociétés blâmées; elle ne reçoit personne chez elle. Ayant voulu m’assurer par moi-même de sa vie privée, j’ai prétexté une occasion pour la voir. Bien loin de trouver chez elle du superflu, on y voit plutôt do la médiocrité; le détail qu’elle m’a fait dans sa lettre, dont je vous ai envoyé copie, est très-véritable, et sa façon d’être et de penser no témoigne rien qui puisse faire présumer ce que vous pensez relativement à son aisance. Sa mise est fort simple. Je l'ai trouvée réclamant son argent et n’en ayant point, m’offrant même de m’envoyer les personnes à qui elle doit, tels que ses gens et ses fournisseurs journaliers, pour les payer, ce qui prouve bien qu’elle est fort éloignée de profiler des secours qu'on peut lui offrir. -Je ne prétends pas vous persuader que j'approuve absolument Mme de Buffon ; je sais qu’elle a des torts, mais je sais aussi apprécier

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ses sentiments, qui ont toujours eu de l’élévation. Elle ne parle de vous que d’une manière sage. Vous convenez que, si elle se fût comportée avec plus de décence, vous n’auriez rien changé. Je suis intimement convaincu que, si elle avait faibli du côté de la délicatesse, elle n’aurait actuellement rien à désir, r du côté do la fortune. Ainsi donc, monsieur, j’ai balancé à lui faire voir votre lettre, espérant que, n’ayant pas tout à fait blâmé mon avis, vous Bniriez par vous y rendre. Je me flatte toujours, par le vif intérêt que je prends à vous, que vous suivrez mes conseils. Je suis plus calme que vous, quoique aussi sensible; et, en général, pour se décider, il faut être de sang-froid. D’ailleurs, j’en appelle à votre délicatesse et à votre cœur, que je sais bon. Ayez assez de confiance On moi pour me laisser agir, et je lui ferai bien valoir vos procédés. J’ai approuvé, monsieur, entièrement votre conduite jusqu’ici; si vous persistez dans votre résolution, j’aurai le regret d’avoir voulu vous rendre service et de n’y avoir pas réussi, ce qui me causera un véritable chagrin. Mes sentiments à cet égard vous sont assez connus, et mon zèle sera toujours le même. »

Note 3, p. 22<i. — Le jour où le scandale est devenu public, le jour où Duffon sait que la honte est entrée dans sa maison, il ne parle à son fils de celle qui porte encore son nom que comme si elle n'existait déjà plus : Feu votre femme. Elle était morte pour lui, parce qu’elle était devenue la maîtresse d’un prince 1

Cet exemple d’une conduite dictée par l’orgueil le plus légitime est assez peu commun dans l'bistoire des cours pour mériter d’être conservé.

Note 1, p. 224. — Maleslierbes, qui était entré au conseil en 1775, en même temps que Turgot, s’était retiré après un ministère de neuf mois, partageant volontairement la disgrâce du contrôleur général, son protecteur et son ami. En 1787, après l’assemblée des notables, il reparut aux affaires; on avait besoin de son nom, entouré alors d’une grande popularité; il fit partie du ministère jusqu’à la convocation des États généraux ; il n’eut pas do portefeuille, mais seulement entrée au Conseil. (Voy. la note 12 de la lettre xxxv, t. I, p. 272.)

Note 2, p. 224. — Philippe-Henri, marquis de Ségur, né le 20 janvier 1742, mort le 8 octobre 1801, fut, en 1781, créé maréchal de France et appelé au ministère de la guerre. A la lettre par laquelle Boffun lui recommandait son fils, il répondit de la manière suivante ;

NOTES

• Versailles, le 22 juillet 1787.

• J'ai mis sous les yeux du Roi, monsieur, la lellre que vous m’avez fait l’honneur do m'écrire au sujet de M. votre fils, ci-devant capitaine de remplacement dans le régiment d’infanterie de Chartres. L’intention de Sa Majesté n’élant point qu’il quitte son service, elle a bien voulu le nommer à une place de capitaine de remplacement dans le régiment de cavalerie de Soptimanie. J’ai l’honneur de vous en informer, et je profite avec plaisir do cetle occasion do vous assurer do l'estime et de la considération avec lesquelles je suis très-parfaitement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

C'Le maréchal de Ségitr. >

Le jeune comte de Buffon écrivit de son côté à Malesherbes pour le remercier de l’intérêt qu’il avait bien voulu prendre à sa demande, et le ministre de Louis XVI lui répondit par la lettre qui suit :

« Versailles, le 5 août 1787.

t II est flatteur, monsieur, do se trouver au rang de ceux qui se sont intéressés au sort de M. votre père et au vôtre. Cependant je suis obligé do lui certifier que mes bons oflices ne lui étaient pas nécessaires. Ce serait faire tort au ministre que cette affaire concernait, do croire que vous ayez eu besoin auprès de lui de ma recommandation. Quel est celui qui ne s’honorerait pas d’être l’ami de M. de Buffon? et qui ne se serait pas fait gloire de vous tirer de la triste situation où la noblesse de votre façon de penser vous avait réduit? Le Roi lui-méme n’avait pas besoin d’être excité par ses ministres, et c’est do la part de M. votre père une trop grande modestie de croire qu’il doive quelque chose au zèle de ses amis.

c J'ai l'honneur d'élrc avec un sincère attachement, monsieur, voire très-humble et très-obéissant serviteur.

• Malesherbes. »

Note 3, p. 224. — On faisait alors des armements considérables sur la frontière. Le cabinet de Versailles paraissait décidé à soutenir le parti français en Hollande et à faire marcher une armée au secours des patriotes révoltés. Ce projet n'eut pas do suite; le duc de Brunswick entra en Hollande. Le parti national fut vaincu, et le stathouder replacé à la tête de scs États.

Note k, p. 224. — Voici la réponse de Malesherbes à la lettre de Buffon :

• Versailles, le 27 juillet 1787.

f Je m’empresse, monsieur, de vous faire passer la réponse que

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ET ÉCLAIRCISSEMENTS

M. le maréchal de Ségur m’a adressée pour me prévenir du replacement de H. votre Gis. C'est avec bien du plaisir que j’ai appris la justice qui lui est rendue dans cette circonstance, et je ne doute pas que H. le maréchal ne vous en ait également fait part sur-le-champ.

( J'ai l'honneur d’étre avec un très-inviolable attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Halesberbes. *

A la lettre de Malesberbes se trouve jointe la lettre du ministre de la guerre.

« Versailles, le 2'2 juillet 1787.

( J’ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m’écrire en faveur de M. deBuffon, ci-devant capitaine de remplacement dans le régiment d'infanterie de Chartres. J’ai mis sous les yeux du Roi la lettre de M. le comte de Buffon père. Sa Majesté a bien voulu avoir égard à la position de M. son Gis, et pour le mettre à portée de continuer ses services, elle l’a nommé à une place de capitaine de remplacement dans le régiment de cavalerie de Septimanie. J'ai l’honneur de vous en informer, et d'ètre avec le plus sincère et parfait attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

c Le maréchal de Ségur. >

(Inédite ainsi que la précédente. — De la collection de M. Henri Nadault

Note 5, p. 224. — François, comte de Mercy - Argenteau , représentant de Joseph II près de la cour de France, contribua, par son influence sur la Reine, à retarder les négociations de la cour avec Mirabeau, et plus tard avec le parti conservateur de l’Assemblée. Il persuada à la malheureuse reine de France que son seul appui était son frère, et que de lui seul pouvait lui venir un utile secours. Joseph II mourut, et Léopold, sans abandonner la politique do son frère et sans manquer à ses promesses, montra dans ses résolutions une incertitude qui perdit ceux qu'il voulait sauver.

Le comte de Mercy mourut à Londres le 25 août 1794.

Note 1, p. 225. — Le 22 juillet, le jeune comte de Buffon avait été nommé à une place de capitaine de remplacement dans le régiment de

NOTES

cavalerie de Septimanie, elM. de Fauja8,80usla direction duquel Buffon plaça son fils, le jour où il lui ordonna de quitter le service, ne fût pas étranger par ses sollicitations et ses démarches à celte nomination.

Deux lettres du jeune comte do BulTon font voir quelle place M. de Faujas occupait alors dans la société intime du Jardin du Roi, et servent en même temps à mieux faire connaître et apprécier celui qui les a écrites.

« Salins, le 2 juillet.

f Vous et moi, mon cher Faujas, nous ignorions que, quatre jours après ma démission donnée, il y aurait une armée assemblée pour entrer dans les Pays-Bas. L’ordre en est arrivé hier à M. le comte d’Estberazy, qui est parti ce matin à cinq heures pour aller avec le duc de Laval marquer le camp à Philippeville pour douze régiments d'infanterie et quatre de cavalerie. Vous sentez bien que, si j'avais su entrer en campagne, car le régiment de Chartres est employé, je n'aurais jamais donné ma démission. En elTet, il y va de mon honneur si je ne fais pas cette guerre, et certainement, si je no la fais pas, les trois quarts du militaire français penseront mal do moi! J’écris à mon père, et j'ai léché que ma lettre fût froide, mais je suis au désespoir. Je ne vois pas d’autre moyen do se tirer do là que d’étro attaché à l’état-major de l’armée comme aide-major général. Le vicomte de Valence et beaucoup d'autres ont été cela avant d’étre colonels, lors du rassemblement des troupes qui a élé fait pour la desci nte projetée en Angleterre. Do grilce, pressez mon père, Mme do Gt niis et le baron de Breteuil, et nous l’obtiendrons. Je mourrais de chagrin si l’on me croyait un poltron, et cela m’en a tout l’air. Par vos amis et ceux de mon père, agissez, et écrivez-moi. Adieu, je vous embrasse.

f Buffon.

c Le rassemblement sera exécuté au plus tard dans quinze jours, à Philippeville. *

c C'est le ministre et le général en chef qui nomment les officiers de l’état-major. Le général en chef est M. de Roebarobeau. S’il y avait impossibilité, je pourrais être son aide de camp.

< Je pourrais encore être aide maréchal général des logis, si le reste ne réussissait pas. >

«Montbard, le 27 juillet 1787.

c J’ai reçu ce matin votre lettre, mon cher bon ami, car tout ce que vous avez fait pour moi me persuade bien que vous l’étes, et je vous prie de recevoir tous mes remeretments, d’être bien persuadé de ma reconnaissance et de l’attachement que j’ai pour vous et que je conser-

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ET ÉCLAIRCISSEMENTS

verai toute ma vie. Jointe à votre lettre est arrivée celle de M. Lucas, qui m’annonce tout ce que le Roi a bien voulu faire pour moi en me nommant capitaine de remplacement au régiment de Septimanie sans me faire passer par les réformes. Je dois cela àM. de Breleuil, à papa, et en grande partie à vous. Mon père est arrivé aujourd’hui vendredi à deux heures et un quart, assez bien portant et pas très-fatigué; il a assez bien soutenu la route, et je vous mande ces nouvelles avec inbniment de plaisir, bien convaincu qu’elle vous en feront beaucoup. Il me charge de vous dire mille choses et de joindre tous ses reraerctments aux miens.

a Maintenant je brûle de joindre mon nouveau régiment; mais je n’ai encore que la lettre du ministre qui annonce mon replacement, et je ne puis joindre sans avoir mon brevet : car sans brevet on ne reçoit jamais un officier dans les troupes du Roi. Je vousdemande donc en grâce, et cela do la part de mon père, de vouloir bien le faire expédier promptement des bureaux de la guerre, p r M. de Saint-l’ol, pour lequel je joins ici une lettre, moyennant laquelle il pourra vous le faire remettre. Lorsque vous l’aurez, vous voudrez bien sur-le-champ y faire mettre par le secrétaire de M. le marquis de Béthune, colonelgénéral de la cavalerie, Valtache nécessaire absolument pour être reçu. Il en coûte un louis pour cela, que vous voudrez bien avoir la bonté de payer ; et tout cela fait, vous voudrez bien m’enveyer ici le brevet, avec lequel je joindrai aussitôt. Pardon de tous ces embarras. Je vous demande aussi de vouloir bien vous informer de M. de Saint-Pol s'il y a une finance, et alors mon père la ferait faire aussitôt votre réponse reçue, que je vous demande promptement. Je crois le régiment à Joinville, et je vous prie de me le mander ou do me dire où il est maintenant. Cela va encore vous donner beaucoup de trouble et de peine; mais j’espère que vous les prendrez avec plaisir, par l’amitié que vous avez pour moi. 11 n’est pas besoin de vous prier de mettre de l'activité dans les deux dernières démarches qui restent à faire ; celle que vous avez naturellement et la chaleur que vous avez mise à tout ceci m’en assurent; mais plus tôt je le recevrai, plus tôt je serai heureux. Mon père vous prie aussi de vous informer exactement et de lui mander avec détail de quelle nature est la grâce qu’on lui a accordée , aQn qu’il sache positivement de quelle manière il doit faire scs remerctmentsà M. de Ségnr.

» Adieu, mon cher Faujas, je vous embrasse et vous aime de tout mon cœur.

( Büffos.

€ Ha lettre à M. de Sainl-Pol est à cachet volant ; vous la lirez et la cachetterez. >

NOTES

Quatre mois & peine après sa rentrée anservice en qualité de capitaine dans le régiment de Seplimanie, le jeune comte de BulTon avait mérité par son application et sa bonne conduite d’étre présenté par ses chefs comme leur paraissant digne d’un prochain avancement. Pour aider à leur bonne volonté et la rendre efCcace, on devait faire des démarches à la cour. Le jeune ofGcier, sur le conseil de son père, appela prés de lui Faujas de Saint-Fond. Il lui adressa à Montélimar une lettre ainsi conçue :

« Paris, ce jeudi matin.

c Mon cher Faujas, il y a deux mois que mon père est à Paris, et si soulTrant, qu’il no peut voir personne, do manière qu’il ne fait aucune démarche pour mon avancement. Je suis arrivé hier et je m’en vais * en faire, moi, comme vous le croyez bien. La promotion, dit-on, doit paraître dans peu; mon père m’a dit de vous écrire et de vous prier de sa part d'arriver sur-le-champ pour m’aider dans toutes mes démarches. Adieu, je vous embrasse.

( Buffon.

€ Réponse rue des Saints-Pères, faubourg Saint-Germain, Paris. »

Depuis le 27 octobre 1787, le comte de Brienne, neveu de l’archevêque de Toulouse, avait remplacé le maréchal de Ségur au ministère do la guerre. Le nouveau ministre prit, à l’exemple de son prédéces-seur, un grand intérêt à l’avenir du Gis de BulTon, et répondit à ce dernier qui le lui avait recommandé :

K Versailles, le 10 décembre 1*87.

t Croyez, je vous prie, monsieur, que, si le Roi se détermine à établir des places de major en second dans ses troupes, je ne négligerai pas celte occasion de mettre sous les yeux de Sa M.njesté le nom , les services et la position de M. votre Gis, avec l’attention que je porterai toujours à tout ce qui pourra vous toucher.

t J’ai l’honneur d’être très-parfaitement , monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

« Le comte de Brienkc. »

Un des premiers actes du nouveau ministre avait été l’organisation d'un conseil de guerre qui devait s’occuper des nombreuses réformes proposées dans le département de la guerre et nommer seul aux dilTé rents grades de l'armée. Le comte de Guibert, que sa tragédie du

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ConnélabU de Bourbon avait fait entrer à l’Académie française, ût partie du nouveau conseil, en qualité de rapporteur. Il écrivit, i la même époque, à Buflbn, qui lui avait recommandé son fils :

« Paris, le II décembre 1787.

« Monsieur et très-illustre confrère,

c Je me suis fait à la fois un devoir et un plaisir dé recommander H. votre fils à M. le comte de Brienne ; je lui ai mis sous les yeux les droits que loi donnent sa position, la noblesse de sa conduite, et l’attachement qu'il montre pour son métier. Je lui ai surtout parlé de vous ; car quels droits peuvent égaler ceux qu’il tire de votre nom et de votre gloire? M. le comte de Brienne m’a paru très-disposé à vous donner en lui des marques de sa haute considération pour vous.

« Rapportcz-vous-en à mon zèle et à mes sentiments du soin de l’entretenir et de l’animer encore dans cette favorable disposition. Il m’est si doux de trouver cette occasion de vous rendre en particulier le culte que je vous ai toujours rendu en public.

« J’ai l'honneur d’ètre avec autant d’attachement que de respect, monsieur et cher confrère,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

c Guibert. »

Le jeune comte de Bulfon fut nommé, le 4 avril 1788, major en second du régiment d’Angoumois. Cette heureuse nouvelle apporta quelque soulagement aux souffrances de son père, dont la mort était prochaine. Cette dernière joie lui vint de Mme Necker, qui fut la première à annoncer au jeune Buffon l’heureux succès de ses démarches:

I Vous êtes major en second, monsieur ; je le sais depuis deux jours, mais c’est encore un secret, et je n’ai pas même aujourd’hui la permission de vous le dire. Aussi n’en parlez absolument qu’à votre sublime père. On me l’apprendra en forme quand vous devrez le savoir et remercier. Au reste, ce que je vous dis est sér. Mme de Grammont et M. de Guibert ont mis le plus grand zèle dans votre cause, et M. de Brienne s’y est prête malgré tous les obstacles. J’ai déjà témoigné ma reconnaissance ; mais nous conviendrons ensemble des visites que vous aurez à faire, quand la chose sera connue. C’est une nouvelle obligation que vous avez à votre sublime père ; votre respect filial vous a bien servi dans l'opinion. J’avais fait copier votre billet, celui qui accompagnait celle ravis-antc lettre sur l’ouvrage de M. Necker, et

NOTES

tout le monde a lu ce billet avec attendrissement. Si j’étais capable de quelque mouvement de joie, cet événement me l’aurait donné. Adieu, monsieur, redoublez de soins, s’il est |K)ssible, auprès de ce lit de douleur, et que vos vertus vous rendent digne du nom que vous portez.

f Mille compliments et amitiés. »

(Ces diiïérentes lettres, qui font partie do ta collection de M. Henri Nadauttde BufTun, sont inédiles, à l'exception de la dernière, qui a été publiée par M. Flûurens.)

La nomination du fils de BulTon comme major en second du régimonl d’Angoumois, est du k avril 1788. Le 20 avril, il ramenait à Montbard le corps de son père, mort à Paris le 16 du même mois. Quelques jours après avoir accompli ce pieux devoir, obéissant aux ordres précis du ministre, il quittait Montbard pour rejoindre à Bayonne son nouveau régiment; le comte do Buffon avait alors vingttrois ans; il était orphelin.

En 1788, le régiment d'Angoumois avait pour colonel un homme de cœur et d’esprit. Le marquis Georges de Nicolaï témoigna au jeune oflicicr, dés son arrivée dans le régiment dont il avait le commandement, une sympathie qui ne larda pas à se changer en un profond et paternel attachement. J’ai sous les yeux les lettres qu'il lui écrivit vers cette époque; elles sont toutes remplies des marques du plus vif intérêt, et renferment à chaque page des témoignages de la plus affectueuse sollicitude.

On me permettra 'de citer quelques fragments do cette correspondance, qui honore le fils do Buffon et qui contredit l’opinion plus que sévère que certaines personnes se sont faites de cet infortuné jeune homme.

Un an après l’arrivée du comte de Buffon au régiment d'Angoumois, le marquis do Nicolaï, qui était alors à Paris, écrivait à son jeune protégé cette première lettre, bientôt suivie de plusieurs autres :

« l”*' juin 1789. — Le parti que vous avez pris de vivre avec les capitaines est très-convenable; soyez-y comme vous êtes partout, bien; conservant une simplicité douce, rien de trop familier, rien de trop supérieur; un certain milieu qui attire la considération et la confiance, et qui pourtant ne compromet pas. Celte étude, car c’en est une, vous sera utile en vous fortifiant dans la connaissance des nuances et dans celle des hommes; c’est leurs caractères qui les meuvent, c’est par leur caractère surtout qu’il faut les conduire.... »

« 13 juillet 1789. — Votre conduite est excellente pour le régiment et charmante pour moi.... Je m’applaudis de vous voir à Bayonne,

éloigné de tout ce qui se passe ici; je vous en épargne les déiails, il faudrait écrire des volumes, et encore on laisserait échapper quelques circonstances. Le Palais-Royal a été le théâtre des scènes les plus exagérées; vous avez su la conduite de beaucoup de soldats. Ce que vdus avez vu au faubourg Saint-Antoine, n’était qu’un échantillon des mouvements dont Paris a depuis été tourmenté. Vous me rendez justice en croyant que tout cela m’agite horriblement. J’ai toujours aimé les partis modérés, et, dans ce moment, on ne connaît, on ne veut que les extrêmes. Tout cela ressemble à ces rêves qui fatiguent, qui tourmentent; on ne sait si ce qu’on entend a été dit réellement, on doute de ce qu’on tient dans sa main, sous ses yeux; la liberté avec laquelle on écrit et on imprime met au jour les productions les plus surprenantes, on les crie dans les rues, le peuple lit tout avec transpart. Quelle sera la Cn de tout ce qui se passe, je l'ignore !.... »

« 2k août 1789. — J'ai reçu avec grand plaisir, mon cher comte, le détail que vous m’avez envoyé de tout ce qui vous est arrivé de flatteur à Bordeaux*. Je suis à la campagne en Normandie, chez ma sœur; son imposant château de Tillèrcs m’est bien précieux, j’y reçois beaucoup do marques d'amitié, j’y jouis du bon air, j’y goûte enfin ce repos après lequel je soupire. Les incertitudes de l’ambition, les talents qui me manquent, tout semble m’indiquer le but qui me convient: laretraite est pour moi l’asile qui me séparera des agitations qui brisent mon cauir; mais quel que soit mon destin, je vous aimerai toujours ; toujours je distinguerai chez vous votre loyauté, votre candeur, votre profonde sensibilité; cette dernière qualité vous rendra cher aux honnêtes gens; puisse-t-elle vous rendre souvent heureux I Jouissez du bonheur quand il se présentera, ne l’analysez pas, c’est une fumée qui se décompose et se dissipe au mémo instant.... Je suis bien aise que vous soyez heureux et tranquille à Montbard. L’invisible main de votre illustre père veille sur vous, elle vous conservera un héritage qu’il a ennobli par sa présence, et que ses mânes consacrent à jamais. Vos bonnes qualités rendront ce nom aussi cher qu’il est déjà fameux.... »

c Yvorts par la Ferté-Milon, le 1" octobre 1789. — Je suis dans mes bois tout seul et très-content; je le serais davantage si je vous y recevais; vous n’auriez aucun plaisir, mais vous m’en feriez beaucoup, et j’ai oui' dire que l’on en prenait en en donnant.... Je m’abandonne avec confiance aux décrets de l’Assemblée nationale.... Je trouve que quand on a donné sa confiance à douze cents personnes, il faut attendre tranquillement les résultats, s

* Voy. ci-dessus , p. 402.

NOTES

c U octobre 1789. — Puisse la présence de la famille royale ramener à Paris le calme qui en est absent depuis si longtemps I Celui que je goûte à Yvorts est des plus profonds; cependant j'ignore lo terme que je mettrai à ma solitude ni où j’irai ; quelquefois il me prend envie d’emporter mon morceau de pain dans ma poche pour l'aller manger sous la protection de la municipalité de Montbard. *

• U novembre 1789. — Je lis, je me promène, je plante, je travaille au jardin, je cours, la bêche en main, avec de gros sabots, sans que cela m’étonne ou me gène; le temps se passe, et je bénis sa rapidité. Mes gens travaillent et n’ont point l’air de s’ennuyer. Pierre copie des pages entières de M. de Bulfon; et quand je lui ai demandé pourquoi il ne se bornait pas à on faire des extraits, il m’a répondu que j’y perdrais trop. Cette naïveté m'a fait grand plaisir, tant il est vrai que le beau est généralement senti et goûté. >

*7 janvier 1790. — Je suis très-content de votre discours*, je vous 1e dis tout crûment et sans façon; je crois que vous êtes nécessaire à Montbard. Vous y avez sauvé la vie à un monsieur qui ne s’était pas trop bien conduit, mais il y a loin de là à l’endroit où on voulait le mener; grâces vous en soient rendues, c’est une Iwnne action, et, dès qu’il s’en présente, votre cœur vous y porte ; le mien en a joui, voilà les triomphes que j’aime, voilà comme mon charmant Bis adoptif se conduira toujours... »

c 9 mai 1790. — Los détails de Viteaux ** font frémir, mon cher comte. Quel temps, que d'horreurs ! auront-elles une BnT Dieu merci, vous êtes heureux et considéré à Montbard ; votre conduite y a été excellente, elle vous précédera à Dijon, et j'espère qu’elle vous y fera bien recevoir ***. Tout ce que vous me mandez m'a fort intéressé, fort touché. J’approuve, je loue, je bénis votre présence d’esprit. J'aurais voulu être témoin de vos succès et du calme que vous avez procuré. Paris est tranquille, mais l’esprit ne l'est pas; on cause, on s’attriste, on s’exalte; enlin, on y est malheureux. >

( 26 mai 1790. — Je suis fort aise, puisque vous avez été à Dijon, que vous y ayez reçu des témoignages de confiance, qui sont toujours flatteurs, et qui, dans ce moment-ci, sont d’autant plus utiles qu’ils prouvent les dispositions favorables du public, auquel il n’est point indifférent de plaire. Vous vous êtes très-bien conduit, et je ne doute pas que vous ne continuiez de même. Vous avez bien fait d’éviter la

* Prononcé devant l’assemblée électorale de la Côte-d'Or.

•* M. de ButTon, en oualilé de colonel de la garde nationale de Montbard, fit rétablir l’ordre dans celte ville.

*** M. de Buflon y était appelé comme membre du conseil d’administration du département.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

présidence *; c’est un poste d’une dirSculté extrême. Le commandement de la troupe ** est tout à fait dans votre goût et convient parfaitement à 'votre activité, et vous avez prouvé que vous pouviez rendre, dans cette partie, de véritables services, tant par votre zèle que par votre intelligence. Je vous en félicite de tout mon cœur et je vous remercie aussi des imprimés que vous m’avez envoyés, quoique depuis longtemps je ne lise plus les journaux, les papiers ; j’ai lu ceux que vous m’avez fait passer. Thimon *** tiendra place un jour parmi les noëls bourguignons que M. de la Monnaye avait retirés de l’oubli et que le pauvre Juvigny avait mis si patriotiquement au jour. Je trouve votre lettre au Journal de Paris **** un peu vive et par-ci par- ' là quelques expressions un peu fortes. Je sais que cette feuille passe pour être trés-partiale ; mais, enfin, si elle s’est trompée, gravement il est vrai, sur un fait qui vous regarde, est-ce une raison de recevoir avec tant de rigueur les éloges donnés à M. votre père ? J’aurais préféré plus de calme et plus de ménagements; quand on a aussi complètement raison, il faut que le style soit sage et' imposant. Ditesmoi, n’est-co pas Garat qui fait cette feuille? >

A la fin de l’année 1790, le marquis de Nicola’i quitta la campagne pour revenir à Paris, où l'appelaient en même temps d’impérieux devoirs de famille et son dévouement au Roi. Il se détourna de sa route et vint jiassor quelques semaines à Montbard. A la suite de ce court séjour près du fils de BulTon, il lui écrivit de Paris cette dernière lettre :

« 17 septembre 1790. — ....Je suis trop vieux pour m’être cru le fils de la maison; personne au monde ne peut s’en croire le père; je ne sais où me placer; je ne sais comment vous dire la place que j’y occupe et qui me convient à tant d’égards.... vous le devinez.... oui, vous le devinez, c’était celle de l’ami de toute la maison, mais do l’ami le plus vrai, le plus attachél Voilà donc ce que j’ai quitté pour venir à Paris. Mon arrivée y a produit presque autant de bruit que le départ de M. Necker; jamais ministre n’est parti plus incognito. Le silence général que l’on garde sur son compte, l'indifférence des Français (de Paris s’entend) sur cet objet, est une des choses qui m’a beaucoup étonné dans ma vie. Ni satires, ni éloges; rien, pas un mot; une chaise qui tombe dans les Tuileries fait plus de

* La présidence de l’assemblée des administrateurs du département de la Cfite-d’Or.

** M. de BufTon fut nommé général de l’armée confédérée réunie 4 Dijon, et composée des trois départements formant l’ancienne province de Bourgogne.

•** Cantate en l’honneur du comte de Buiïon.

'"** Voy. ci-dessus, p. 403.

notes

bruit que le départ d’un homme adoré il y a quinze mois , et dont la dispr&ce, à cette époque, avait causé des événements si considérables, qu’ils ont bouleversé de fond en comble les fondements de notre antique empire. Alil les hommes, les hommes! quo leur faveur est passagère 1 La gloire de ce monde passe et fuit comme la fumée d'un flambeau qui s’éteint. >

CCGLXVl

Note 1, p. 226. — Buffon avança son retour pour hâter, par sa présence, l’achèvement du nouvel amphithéâtre qu’il av'ait fait construire sur les terrains récemment acquis pour l’agrandissement du Jardin. Il insiste très-vivement pour quo cet amphithéâtre soit achevé; il avait déjà fait à Thouin ^a même recommandation quelques jours auparavant (Voy. la lettre du 12 septembre, p. 240). Il est si impatient do le voir terminé, qu’il se rendra à Paris dans le mois d’octobre, afin de presser lui-même les travaux; rien ne lui coûte; il ne craint pas d’engager sa fortune personnelle. (Voy. à ce sujet quelques détails curieux dans une lettre du 23 septembre 1787, p. 242.) Ainsi, malgré son état de souffrance extrême, il ne néglige jamais la mission dont il est chargé, et il veut que les cours du Jardin du Roi ne soient pas un seul instant interrompus.

Buffon arriva à Paris dans les premiers jours de l’année 1788. A cette époque, la voiture était devenue pour lui une épreuve cruelle; il n’en pouvait supporter les cahots, voyageait à petites journées, et, redoutant surtout les secousses sur le pavé, do Fontainebleau à Paris, il marchait au pas. Uans ce dernier voyage il voulut aller vite et précipita sa marche; mais cette précipitation lui devint funeste, et les secousses qu’il eut à endurer occasionnèrent le déplacement d’un gravier dans la vessie et hâtèrent sa Qn. < Hélas 1 dit Mlle Blesseau, dans une trèsintéressante notice sur son maître rapportée dans les Appendices, c’est ce beau jardin qui a causé sa mort I En voulant faire un voyage trop piécipité pour faire exécuter ses ordres et terminer les travaux, il provoqua l’accident dont il mourut, i

Note 2, p. 226. — M. Gojard, qui occupait depuis de longues années un emploi important au ministère des finances, et qui avait des connaissances spéciales sur l’administration compliquée et difficile du Trésor royal, lit partie, en 1787, d’un couveaii comité institué au ministère des finances , et dont la mission consistait à fixer la situation du Trésor et à veiller à la distribution des fonds. Les autres membres

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 591

de celte commission, dont le contrôleur général Lambert provoqua lui-méme la création, furent MM. Magon, de LaBaluo et Le Normand.

Note 3, p. 226. — Le 10 juin 1787, Bulfon acheta de la compagnie des fiacres de Paris l’ancien hôtel de Magny, au prix de 60 000 livres. Quelques terrains nécessaires pour ragrandissement du Jardin faisaient en même temps partie de cette acquisition. Sur ces terrains fut bâti le nouvel amphithéâtre ; dans l'Iiôtel furent préparés des logements pour les professeurs du Cabinet. Les richesses du Muséum d’Uistoire naturelle allaient toujours en augmentant. Daubenton et Lacépède occupaient encore le second étage du Cabinet. Buffon fit transporter leur logement dans l’iiôtel de Magny, et put ainsi consacrer les appartements des deux professeurs à des collections nouvelles. De plus, en ajoutant l'ancien hôtel de l’intendance à un bâtiment nouveau, il put ranger dans leur ordre définitif les riches collections du Cabinet, depuis longtemps à l'étroit. Lorsque Buffon acheta l'hôtel de Magny, cet hôtel était loué à un sieur Verdier, membre de TUniversité, qui y avait établi une maison d’éducation. Des indemnités lui étaient légalement dues pour le dommage que devait lui causer le déplacement de son industrie; elles furent équitablement arbitrées, et aussitôt versées entre ses mains. Verdier ne fut pas satisfait et prétendit davantage. Après les indemnités payées, Buffon était aussitôt entré en possession do l'hôtel; Verdier l’assigna devant le Conseil, l’accusant d'abus de pouvoir, et lui reprochant d’avoir violé les anciens privilèges do l’Université dont il faisait partie. Il produisit de nombreux mémoires à l'appui de ses prétentions, mais il fut débouté de sa demande. Lorsque l’Assemblée nationale reconnut le droit de pétition, Verdier rédigea une nouvelle demande présentée sous forme de dénonciation. Elle a pour litre :

I Au Roi et aux représentants de la Nation. Dénonciation contre M. le baron de Breteuil, ex-ministre et contre le sieur de La Chapelle, son premier commis au bureau de la maison du Roi ;

» Contre M. Leclerc, comte de Buffon, ancien Intendant du Jardin royal des Plantes de Paris; et contre le sieur Verniquet, architecte du même jardin ;

« Contre M. Leclerc, comte de Buffon fils, seul héritier de M. son père.

< Sur l’cxspoliation des voisins du Jardin royal des Plantes de Paris, et sur les déprédations des deniers du Roi lors de l’agrandissement de ce Jardin. >

M. Verniquet fit imprimer sous forme d' Observations un mémoire adressé à l'Assemblée nationale, et dans lequel se trouvent exposées, d’après les documents officiels, les opérations do Buffon au Jardin du

NOTES

Roi. En adressant ce mémoire au comité chargé de l'examen de la plainte injuste du sieur Verdier, le comte de Buiïon l'accompagna de la lettre suivante:

< A Hontbard, lo 20Juitlet 1790.

c Messieurs,

t On vient de m'envoyer un imprimé signé Verdier, Delaulne et veuve Eiquenard, dans lequel ces particuliers attaquent la mémoire de mon père, son administration comme Intendant du Jardin du Roi et moi-méme. J'apprends en même tempÿqu'iU vous sollicitent vivement pour faire le rapport de cette affaire à l'Assemblée nationale. J’ai donc fait imprimer un mémoire où les faits, simplement exposés, avec la plus grande vérité, démentent absolument les assertions hardies et fausses de ceux qui ont signé le libelle dont il s’agit, et ce mémoire est maintenant entre vos mains. Il est faux que je demande au comité de liquidation 600000 livres, comme on l’avance; je demande seulement 121 591 livres, qui me sont dues du compte rendu à la mort de mon père, qui montait à environ 315000 livres au lieu de 800 000 livres, comme l’avance le sieur Verdier. Depuis le 15 avril 1788, je n’ai touché aucun intérêt de ces 315000 livres, et j’en ai payé de considérables pour les sommes que mon père a empruntées afin d’élre en état de subvenir aux avances qu’il lui était ordonné de faire pour les travaux du Jardin du Roi. Je puis jii.'^tifier de ce que j’avance. Mon père aurait pu, en cédant au Roi ses terrains, en demander à Sa Majesté le même prix que lui avaient payé différents particuliers auxquels il en avait vendu; ce prix s’est élevé jusqu’à 33 livres la toise. Mon père, préférant l’agrandissement du Jardin du Roi à son propre intérêt, a cédé ces terrains au modique prix de 10 livres la toise, et on lui reproche d’avoir gagné à ce marché! 11 a acheté l'hôtel de Magny 60000 livres; il l’a cédé au Roi au même prix, quoique certainement il valût davantage, et n’a point gagné les deux tiers à cette revente, comme le dit le sieur ■Verdier. Ensuite, qu'ont de commun les pertes considérables que le sieur Verdier prétend avoir éprouvées par des carrières ouvertes dans son jardin avec la réunion de l’hélel de Magny au Jardin du Roi, et l'indemnité qu’il pouvait demander parce qu'il n’achevait pas le temps de son bailt Voilà, messieurs, des faits que j’ai voulu remettre de nouveau sous vos yeux; le mémoire que j'ai fait imprimer en parle aussi, mais avec moins de détail. Tous les autres faits y sont rapportés ainsi que ceux-ci avec exactitude et vérité, et je vous supplie d'y donner quelque attention. Je suis très aise que cette affaire soit mise à un très-grand jour; elle servira à faire connaître la manière dont mon père a fait sa place, la fausseté et la noirceur de ses ennemis. Je n’a-

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 593

oute qu’un mot pour vous représenter que mon père n’a jamais voulu avoir de Cabinet d'Histoire naturelle, et que ni à Paris, ni à Montbard, il ne m’a pas laissé un seul morceau d’histoire naturelle. Cependant depuis très-longtemps on lui adressait, de tous les pays et de toutes les parties du monde, des choses précieuses qui lui étaient envoyées pour lui personnellement, et non pour le Cabinet. 11 aurait donc pu faire une collection, qui certainement aurait été d’une grande valeur, et cela en gardant seulement ce qui lui était donné ; sa délicatesse s'y est opposée, et il a toujours mis au Cabinet du Roi ce qui lui appartenait réellement. Il faut que la calomnie soit bien atroce pour oser attaquer la mémoire d'un homme qui s’est conduit ainsi.

c J’ai l’honneur d’ètre, avec respect, messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

t Buffom. j

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de BufTon.)

Mme Necker, à laquelle le jeune comte de BufTon avait communiqué et le mémoire rédigé par M. Yerniquet et sa lettre au comité chargé de la liquidation do la dette de l'Ëtat, approuva sa démarche. Une lettre qu'elle lui écrivit à ce propos est profondément empreinte des sentiments que devait lui inspirer la situation de Necker, dont la popularité avait disparu, et qui devait bientôt quitter la France, proscrit par l'opinion dont il fut si longtemps l'idole.

( J'ai reçu, monsieur, avec attendrissement et reconnaissance, les nouvelles preuves de votre respect filial pour votre excellent et sublime père; la lettre que vous avez écrite au président de l’Assemblée honore également vos talents et votre caractère moral, et j'ai un plaisir infini à vous dire que la suite do votre conduite, tant dans cette occasion que dans les troubles de Dijon et de Montbard, a donné une nouvelle base à votre réputation, dont j’aperçois continuellement l’inlluence. C’est une grande satisfaction pour moi, que je ne puis m’empécher cependant do mêler à quelques réOexions remplies d’amertume. Je me dis : c Si ce grand homme était encore avec nous, quel serait son < bonheur en apprenant que son 61s marche sur ses traces, et que c tous les goûts honnêtes et raisonnables entrent dans son âme! > c Mlle Blesseau me mande aussi que votre conduite intérieure se rapporte parfaitement à celle que vous avez au dehors. J’ai à peine ouï parler du libelle qui vous a fait tant de peine. Ce genre d’infamie ist devenu aujourd’hui aussi commun, aussi lucratif et aussi peu réprimé que les vols sur les grands chemins. Tous les jours l’on attaque M. Necker de cette manière, l’on appelle les assassins contre lui, dans le temps même où il se sacriOe tout entier pour le bien public. D’ail- II 38

NOTES

leurs, monsieur, qui sait mieux que moi le désintéressement de M. votre père, et tout ce qu'il vous coûte? Qui sait mieux que moi tout ce que mon affection pour vous a eu à souffrir par l'impossibilité où m'ont mise les décrets del'Assemblée nationale d'obtenir le prompt remboursement du prêt le plus noble et le plus patriotique qui ait jamais été fait, et par un homme dont le nom avait assez illustré la nation pour qu’il crût déjà avoir fait beaucoup pour elle?

« J’ai prié M. Dcsbiez de s'adresser directement à M. Necker; je n’ose lui rien demander dans ce moment, dans la crainte de le compromettre, et d’ailleurs c’est si difficile, et les réformes si continuelles et si nécessaires, qu'il n’est plus permis aux femmes de faire des sollicitations dans les objets de ce genre.

« J’ai riioiincur d’élre, avec les sentiments d'un véritable et tendre attachement, monsieifr, votre trés-bumble et très-obéissante servante.

« C. DE Naz Necker. »

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buffon.)

Le comte de Buffon mourut sans avoir pu être remboursé des avances faites par son père au Jardin du Roi. Homme d'honneur avant tout, il voulut faire face à tous les engagements de son père, pris dans le seul intérêt du Jardin, et vendit, pour les remplir, des immeubles importants, dans un temps de ruine et de discrédit. Verdier, qui était parvenu àempécher le remboursement des sommes si légitimement dues au comte do Buffon , ne put cependant obtenir que ses prétentions fussent reconnues. En 1797 il continua ses poursuites contre lu veuve du Bis de Buffon et parvint, sinon à gagner son procès, du moins à empêcher l’exécution des engagements pris par l’Etat. Le jour où, délivrée de cette persistante et déloyale opposition, la comtesse de Buffon Bt de nouveau valoir sa créance, on lui objecta les décrets nouvellement rendus qui libéraient l’État vis-à-vis de ceux de ses anciens créanciers dont la dette n’avait pas été précédemment reconnue. Sous l’Empire, la comtesse de Buffon s’adressa à l'Empereur, mais ce fut sans succès. La fortune de Buffon ne put se relever de cet échec inattendu. Aujourd’hui il n'en reste plus que le souvenir; mais ceux de sa famille que cette ruine a directement atteints peuvent au moins se rendre cette justice, que le généreux désintéressement de leur auteur a seul causé la perte d’une fortune lentement amassée par de glorieux travaux.

Note 4, p. 226. — Lucas occupait au Jardin du Roi un appartement qui faisait suite à celui qu’habitait Daubenton et sa famille. Il était d'une taille remarquablement prise et avait les traits d’une grande

régularité. La distinction de sa tournure et la beauté de son visage le fibent regarder, fort à tort , comme le 61s naturel de BufTon. (Voy. sur ce François Lucas la note 1 de la lettre cxm, t. I, p. 425.) Jean- André-Henri Lucas, son 61s , fut également attaché au Jardin des Plantes. Il avaitune passion décidée pour les armes, dont il réunit une précieuse collection ; il fut un des meilleurs tireurs de son temps et mourut le 6 février 1825, victime de son goût pour le maniement des armes à feu.

CCCLXVIU

Note 1, p. 227. — On a trouvé dans les notes qui précèdent quelques détails an sujet de la survivance de Buffon. On a vu comment une intrigue de cour le priva du droit do nommer son successeur et lui enleva la légitime espérance de voir son 61s lui succéder dans sa charge et continuer son œuvre. En 1771 , à la suite des négociations entamées pour apaiser son Juste mécontentement , Buffon parut se soumettre. Une pension sur la tête de son 61s, sa terre érigée en comté, les petites entrées de la cour, furent , dit-on , le prix de sa soumission ; l'érection d’une statue de son vivant au Jardin du Roi, eut aussi pour causelestortsdont on se sentait coupable envers un homme que l’on avait honte d’afiligor, et à qui on voulait faire perdre le souvenir d’un procédé injuste en le comblant de dignités et d'honneurs.

Buffon n’avait cependant pas renoncé sans regret à l’espoir de voir son 61s lui succéder un jour. En 1788 , lorsqu’il tomba malade, sentant bien cette fois que sa 6n était proche et so préoccupant do l’avenir do son enfant, il négocia de nouveau pour conserver la libre disposition de sa survivance. M. de Faujas fut envoyé au baron do Breteuil, alors ministre de Paris, avec des instructions. Quelques documents que je possède, la plupart inédits et relatifs aux négociations entamées à cette époque , ne me paraissent pas sans intérêt.

Le jeune comte de Buffon, accouru pour donner ses soins à son père, écrivait le l" avril au baron de Breteuil :

« Le 1" avril 1788.

< Monseigneur ,

t M. l’archevêque de Sens * n’est point à Paris , et il m’est im* possible , dans des moments où mon père est aussi malada , de le quitter et d’aller à Versailles. J’ai donc l’honneur de vous envoyer les deux papiers relatifs à la survivance du Jardin du Roi ; vous en ferez,

* Le cardinal de Brienne, alors principal ministre.

NOTES

monseigneur , ainsi que de la lettre que vous a écrite mon père , l'usage que vous croirez convenable. Je suis bien sùr que l'amitié que vous avez toujours eue pour mon père et la supériorité de vos lumières vous feront prendre le parti que Je dois suivre. J’ai l'bonneur d'étre avec le plus profond respect , monseigneur , votre Irès-humble et trèsobéissant serviteur.

( Buffon. >

(Cette lettre a été publiée par M. Flourens.)

La plus importante des deux pièces transmises le 1*' avril par le jeune comte de Buffon au baron de Breteuil , fut une protestation faite par son père à la date du même jour, devant quatre notaires, par laquelle il déclare que l'intention du Roi a été de se réserver la faculté de disposer de la charge d'intendant du Jardin du Roi après la mort du titulaire , et non pas de son vivant. Il supplie le Roi d'en disposer en faveur de son fils, qu’il juge digne d'en remplir utilement les fonctions. Cette pièce est ainsi conçue :

f Aujourd’hui premier avril mil sept cent quatre-vingt-huit , sur les six heures du soir , à la réquisition de H. Georges-Louis Leclerc , chevalier , comte et seigneur de Buffon , de l’Académie française et de celle des Sciences à Paris, intendant du Jardin et du Cabinet du Roi, demeurant à Paris, à l'hétel de l’Intendance dudit Jardin, rue du Jardin-du-Roi, paroisse Saint-Médard, les conseillers du Roi, notaires au Chèteict de Paris soussignés , se sont transportés audit bétel de l'Intendance du Jardin du Roi , où étant , est comparu par-devant lesdifs notaires mondit sieur comte de Buffon, trouvé par lesdits notaires dans sa chambre à coucher , au premier étage dudit hétel , ayant vue sur le Jardin, dans son lit, malade de corps, sain d’esprit, mémoire et jugement, ainsi qu’il est apparu auxdits notaires par ses discours et entretiens.

t Lequel a dicté aux notaires soussignés ce qui suit :

( Je déclare aussi juridiquement qu’il m’est possible , que le 6on t du Roi , de ma survivance, ayant été donné le six janvier mil sept « cent soixante et onze, je n’avais pas encore été malade jusqu’à ce f jour , et que je ne suis vraiment tombé malade que le onze février t suivant, que, depuis ce temps, je n’ai pas laissé de faire la plus forte c moitié de mes ouvrages, et il est évident que Sa Majesté Louis Quinze c ayant mis au bas de la demande du comte d'Angeviller Bon pour c après la mort du sieur de Buffon, n’avait point intention que cette c survivance fût donnée avant sa mort, d’autant que ledit sieur d'An- ( geviller promet la remettre au Cls dudit sieur Buffon au cas qu'il en c soit digne.

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ET ÉCLAIRCISSSEMENTS.

c Eh bien, aujourd'hui son père l'en trouve digne, et il espère des f bontés de Sa Majesté qu’aprés cinquante -ans de services, elle ne c permettra pas que cette survivance tombe en d'autres mains que c les siennes.

t Je déclare en outre n'avoir jamais fait de demande de survivanc cier ni donné de démission de ma place d'intendant du Jardin du t Roi et du Cabinet d’Histoire naturelle , et qu’il est impossible que I l'on puisse en représenter.

e Je supplie Sa Majesté d'avoir égard au vœu que je fais dans ce c moment et de permettre que mon fils administre, d'après les conseils « et les instructions que je lui ai donnés , la place d'intendant du I Jardin du Roi , sous les auspices et les ordres de M. le baron de c BreteuH : c’est à ce ministre et à son amour pour les sciences , que c l’on doit en grande partie le haut degré de perfection auquel est ar- < rivé l’établissement dont je suis chargé depuis tant d’années, et qui ( attire dans la capitale une foule d’étrangers de toutes les nations.

c Je prie monseigneur le baron de Breteuil de vouloir bien char- I ger, à ma recommandation et à ma demande, M. Faujas de Saintc Fonds de la continuation de mes ouvrages pour l’Histoire naturelle c du Cabinet du Roi , si ma santé ne me permet pas de les suivre. » t Ce fut ainsi fait, nommé et dicté par mondit sieur comte de Buffon auxdits notaires et ensuite à lui relu par l’un desdits notaires , son confrère présent, à Paris en la chambre ci-devant désignée, les jour et an que dessus, et a ledit seigneur comte de Buiïon signé la minute demeurée à.M. Boursier, l’un des notaires soussignés, s

Le mémo jour, 1*'' avril, en même temps qu’il adressait au ministre de Paris les pièces nécessaires pour sauvegarder les intérêts de son GU et faire reconnaître seadroits , Buffon, pensant bien que le comte d’Angeviller, à qui sa survivance avait été donnée, ferait des démar^ ches dans un sens contraire , négocia avec le courtisan comme il avait négocié avec le ministre. Il offrit une somme d’argent que le comte refusa. La lettre qui suit apprit en même temps au Jardin du Roi l’intention dans laquelle était le comte d’Angeviller de proGter des lettres de survivance données en sa faveur , et la substitution qui avait été faite du marquis de La Billarderie , son frère, à sa place.

« Le l*' avril 1788, à minuit.

c J’ai écrit hier à mon frère, monsieur , comme je vous l'avais pro mis. N’ayant pas rrçu sa réponse , j’ai pris le parti d’aller ce malin à Versailles. Je n'ai pu le voir que tard, et j’arrive ce soir à onze heures.

NOTES

Je ne me suis pas trompé en vous prévenant de sa délicatesse sur ce qui est alTaire d’argent : il m'a dit qu'il ne s'était pas cru susceptible d'une pareille offre , et qu'il ne se pardonnerait jamais s'il avait été capable de balancer un instant à la refuser. Je m’y attendais d'autant plus , que ma manière de penser est toute semblable. Il m’a ajouté qu’il a déjà lait des démarches assez fortes pour obtenir que je lui fusse substitué, et qu’il ne pouvait rien changer i ses dispositions. Quant à moi, monsieur , ma tendre amitié pour M. votre père, et celle que j'ai |K>ur vous depuis votre enfance , vous assurent des soins que je me donnerai pour vous obtenir ma survivance , si nous avons le malheur de perdre M . votre père , ot je compte assez sur votre amitié pour me Qattcr que, dans ce cas , vous me souhaiterez d’aussi longs jours que j’en désire à mon respectable ami. C’est au. moins une justice que vous rendrez aux sentiments avec lesquels je suis pour toute ma vie, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

( La Buxarderie. t

(Cette lettre a été publiée par M. Flourens.)

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