‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 121 sur 133 · TESTAMENT DE BUFFON · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE BUFFON

Par-devant les Conseillers du Roi, Notaires au Châtelet de Paris, soussignés,

Fut présent:

Messire Georges Louis Leclerc, chevalier, comto et seigneur deBuffon, la Mairie, les Berges, Rougemonl, Quincy et autres lieux, de l'Académie française et de celle des sciences, Intendant du Jardin et du Cabinet du Roi à Paris, demeurant ordinairement à Montbard en Bourgogne, lieu de son domicile habituel, et actuellement à Paris pour les fonctions de sa place, en son logement comme Intendant dudit Jardin, rue du Jardin-du-Roi, paroisse , Saint-Médard , trouvé par les dits notaires dans un cabinet ayant vue sur le Jardin, au premier étage du bâtiment de l’intendance dudit Jardin, dans son fauteuil, malade de corps, mais sain d’esprit, mémoire el jugement, ainsi qu’il est apparu auxdits notaires par ses discours et entretiens.

Lequel, dans la vue de la mort, après avoir recommandé son âme à Dieu, a fait, dicté et nommé auxdits notaires son tu^^lament ainsi qu’il suit :

Je laisse à mon fils le soin de faire convenablement mes obsèques, et de donner aux pauvres les aumônes qu’il jugera à propos.

Je prie ma très-respectable el plus chère amie Mme Necker, d’agréer le legs que je prends la liberté de lui faire du déjeuner de por-

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celaine qui m'a été donné par le prince Henri de Prusse; on remettra aussi à Mme Necker la botte sur laquelle elle a eu la bonté de me donner son portrait.

Je donne et lègue à M. le chevalier de Buffon mon frère, lieutenantcolonel du régiment de Lorraine, trois mille livres de rente et pension viagère, exempte do toutes retenues, pour en jouir pendant sa vie à compter du jour de mon décès.

Je donne et lègue à Mme Nadault ma sœur, deux mille livres de rentes et pension viagère, exempte de toutes retenues, et pour en jouir pendant sa vie, à compter du jour de mon décès, et en recevoir les arrérages, seule et sur ses simples quittances, sans avoir besoin de l’autorisation de son mari, do laquelle rente, il y en aura celle de mille livres réversibicsur la tète de demoiselleSophie Nadault ma nièce, à qui j’en fais don et legs pour en jouir après le décès de Mme Nadault sa mère , aussi seule et sur ses simples quittances, pendant sa vie, et sans avoir besoin de l’autorisation de qui que ce soit.

Voulant reconnaître les soins, le zèle et la fidélité de la demoiselle Blesseau, surveillante de ma maison depuis dix-neuf années, je loi donne et lègue quinze cents livTes de rente et pension viagère, exempte de toutes retenues, pour en jouir pendant sa vie, à compter du jour de mon décès; je lui donne et lègue en outre cinq années de ses gages, à raison de six cents livres par année, ce qui fait une somme de trois mille livres une fois payée, que j'entends lui être remise et délivrée dans les six mois de mon décès.

Je déclare que tous les meubles qui sont dans la chambre de ladite demoiselle Blesseau et dans son cabinet à Montbard, ainsi que ceux qui sont dans sa chambre et sa garde-robe à Paris lui appartiennent, voulant que tous ceux qui s’y trouveront lors de mon décès lui soient remis comme à elle appartenant , lui en faisant, en cas de contestation , tous dons et legs.

Je confirme la pension d’aumône viagère de huit amis livres par année que j'ai faite au R. P. Ignace Bougot, ancien gardien des Capucins, et actuellement vicaire desservant ma paroisse do Buffon, de laquelle rente et pension viagère il continuera d’étro payé comme il l’a été jusqu’à ce jour sur ses simples quittances.

Je veux et entends en outre que le R. P. Ignace Bougot conserve la jouissance pondant sa vie de tous les meubles meublants, effets mobiliers, même de la vaisselle d’argent qui m’appartiennent, et qui se trouveront dans ma maison seigneuriale de Buffon et dépendances d’icelle.

Je donne et lègue à Laborey, mon valet de chambre, s’il est encore à mon service lors do mon décès , cinq années de ses gages à raison

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de quatre cents livres par année, ce qui fait une somme de deux mille livres une fois payée.

Je donne et lègue à Nicole Guenin, concierge de ma maison de Montbard, deux cents livres de rente et pension viagère, franche et exempte do toutes retenues, pour en jouir pendant sa vie à compter du jour de mon décès.

Je donne et lègue à Pierre Brocard, frotteur et terrassier de ma maison de Montbard, cent cinquante livres de rente et pension viagère, franche et exempte de toutes retenues, pour en jouir pendant sa vie à compter du jour de mon décès.

Je donne et lègue au sieur Lucas, huissier de l'Académie des sciences, une somme de trois mille livres une fois payée, en reconnaissance des services assidus qu’il m'a toujours rendus.

Je donne et lègue à M. le vicomte de Saint-Belin , mon neveu et ûlleul, un diamant de la valeur de huit mille livres.

Je veux et entends que tous les legs par moi ci-dessus faits, soient délivrés francs et quittes de tous droits d’insinuation et autres, lesquels seront entièrement à la charge do ma succession.

Je fais et institue Georges-Louis-Marie Leclerc de BulTon , mon 61s unique, mon héritier et légataire universel dans tous les biens dont je mourrai pourvu et saisi, meubles, immeubles, droits, noms, raisons et actions généralement quelconques, à la charge par lui d’acquitter tous les legs ainsi que les dettes et charges de ma succession.

Je veux et entends que les deux cent mille livres que j’ai reçues à compte sur la dot de Mme de BulTon soient affectées spécialement sur les fonds qui m’appartiennent, et qui forment les cinq huitièmes do la valeur du privilège de l’Histoire naturelle, et de tous les volumes qui en font et feront partie , montant à plus de trois cent mille livres , ce qui est plus que suffisant pour le remboursement de ladite dot, le cas y échéant; en conséquence , j’engage mon 61s à faire emploi des fonds qui proviendront dudit privilège, jusqu’à concurrence desdites deux cent mille livres, en acquisition de contrats sur les états de Bourgogne ou autres, à titre de remploi des deniers dotaux demadite dame de Buffbn, afin que le surplus de mes biens soient déchargés de toute affectation relativement aux créances de ladite dame, pour ces deux cent mille livres que j’ai reçues de sa dot.

Je nomme et choisis pour exécuter mes dernières intentions M. le chevalier de BulTon,* mon frère, et M. le chevalier de Saint-Belin, mou beau-frère; je les prie de vouloir bien me donner cette dernière preuve de leur attachement, et d’aider de leurs conseils mon üls; je l’exhorte à se conduire en tout par les sages avis de ses deux oncles.

Je révoque tous testaments, codicilles et autres dispositions de der-

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nière volonté, que j'ai faits avant le présent testament, auquel seul je m’arrête comme contenant mes dernières intentions.

Ce fut ainsi fait , dicté et nommé par ledit sieur testateur auxdits notaires soussijinés , et ensuite à lui par l'un d’eux, son confrère présent, lu et relu; qu’il a dit avoir bien entendu et y persévérer.

A Paris, au Jardin du Roi, dans le cabinet dudit seigneur comte de BufTon, ci-dessus désigné, l’an mil sept cent quatre-vingt-sept, le quatre décembre , sur les quatre heures de relevée ; et a mondit seigneur testateur signé la minule des présentes, demeurée à M" Boursier jeune, l’un des notaires soussignés. Signé Lefebvre-Delamotte et Boursier, notaires.

(F*ubliée par M. Flourens.)

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