II. ÀU MÊIU
Âhl monsieur, vous avez tout perdu, et moi que pourrai-je vous dire? ma douteur est affreuse; j’avais pour ami cet homme unique sur la terre par la puissance de la pensée jointe à la sensibilité, à la bonté , à des vertus aussi sublimes que son génie ; vous aviez pour père, et pour le meilleur des pères , celui dont le nom vivra autant que ce monde dont il fut le plus bel ornement ; il vivra (xtur la gloire, mais il ne vivra plus pour nous; ohl mon Dieu, daigne recevoir dans ton sein celui dont les vertus te rendirent un si bel hommage sur la terre; daigne entretenir son enfant unique dans les principes nobles et purs dont il reçut un si bel exemple, qui sont gravés d'avance dans son cœur, et qui seuls peuvent honorer encore en particulier une mémoire illustre, qui sera chère è toutes les nations; je ne sais ce que j’écris , je ne sais ce que je pense; tout m’avertit qu’il n’est plus, et je le cherche encore dans les objets qui lui furent chers , et qui ont été témoins de ses derniers moments. 11 me sera doux de vous voir dès que votre affliction vous permettra le sortir , si je puis au moins trouver encore quelque douceur au milieu de ramertume dont mon âme est inondée. Je ne puis continuer sans excéder mes forces. Vous jugez de notre affliction et de l’intérètque M. Necker prend à vos peines.
Le séjour de Paris m’étant odieux, je ne tarderai pas à me rendre à Saint Ouen; mais je serai également à portée d’avoir de vos nouvelles et de communiquer avec vous.