A M. HÉBERT
RECEVEUR Général des iermes do roi, a duon.
Au Jardin du Roi, le 15 mai 1781.
J’ai reçu , mon cher monsieur, au moment de la présentation, les 3074 livres de votre traite sur M. de La Ballue; je vous remercie de cette facilité, et je compte que l’effet que je vous ai remis en échange sera exactement payé à son échéance.
Vous faites bien, monsieur, d’habiter votre belle campagne de Mirande', pendant le temps ennuyeux des cérémonies inséparaliles des grandeurs*. Mais j’entends dire que la plupart de vos dames , même les plus jeunes et les plus jolies, ont pris le parti de s’absenter; dès lors la ville sera plus triste que les campagnes. Je retourne à la mienne sur la fin de ce mois, et je n’oublierai pas de vous donner le huitième volume des oiseaux dès que j’en aurai des exemplaires; on m’en promet pour le commencement de juillet. Je ferai aussi tirer pour vous, monsieur, un exemplaire en premières épreuves des quarante-neuf planches qui doivent entrer dans le sixième volume des suppléments à l’Histoire des animaux quadrupèdes.
Il y a, mon très-cher monsieur, toute apparence que les receveurs généraux ne seront pas supprimés; on vient même de donner celle d’Angers ; mais il est vrai qu’on l’a réunie à je ne sais quelle autre place, et que des deux on n’en fait qu’une, dans la vue d’économie*. Au reste, on est actuellement dans un moment de grande effervescence qui annonce une crise*, et bien des gens assurent que l’on verra dans peu de grands changements dans le ministère des finances Ce serait pourtant un grand malheur pour l’État si M. Necker nous quittait
Si vous me faites l’amitié de venir à Montbard, je vous remettrai ma gravure’ encadrée pour Mme de Saint-Marc’, ou bien je vous l’enverrai lorsque j’y serai de retour. C’est un hommage que je rends bien volontiers à cette jeune et tout aimable dame. Mille tendres respects à sa maman. Vous connaissez, mon très-cher monsieur, tous les sentiments du sincère et respectueux attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Buffon,
(Iué<lile. — Communiquée par H. Boilly. M. Flourens en a publié un extrait.)
GCLXII
A GUENEAU DE MONTBE1IJ.VRD.
Montbard, le 6 juin 1781.
La chaleur, la poussière et deux nuits blanches m’ont fatigué , et je n’ai [>u , mon cher bon ami , vous écrire plus tôt. Je pense que Mme Charault ne tardera pas à me venir voir, car j’ai écrit à son fils qu'il était nécessaire de nous aboucher pour prendre des arrangements dont il me paraît trè.s-empressé. Si vous jiouviez aussi venir dans le même temps ou plus tôt, j’en serais enchanté. L’accident arrivé à M. votre fils m’a fort affligé; je croyais que vous l’ignoriez, et c’est ce qui m’a empêché de vous en parler*. Le mien est actuellement à Amsterdam , et il me semble que son compagnon de voyage est content de lui ; c’est fout ce que je désirais, parce que c’est un homme sage. Mille amitiés et respects à ma bonne amie et à votre cher et digne frère. Je vous embrasse bien sincèrement et de tout mon cœur.
Buffon.
(Inédit*. — Da U collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
AU MÊME
Montbard, le 17 juin 1781.
C’est à faire à vous , mon cher bon ami , surtout en choses utiles et convenables. Je suis enchanté que les articles soient signés, mais je ne suis pas trop content que celui qui les a écrits ait déjà débité comme au son du tambour tout ce qu’ils contiennent. Je n’en sais pas moins de gré à M. de Mussy qui les a rédigés, et je ne doute pas qu’ils ne soient faits avec équité et suivant les intentions de Mine Charault, à qui j’ai bien promis qu’elle serait contente du caractère et des manières de la demoiselle. Faites-lui mes amitiés et compliments et du plus près que vous pourrez, mon bon ami.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
A MADAME NECKER
Le 22 juin 1781.
J’apprends dans l’instant l’indisposition de M. Necker'; j’en suis très-inquiet. Hélas! ma noble amie, c’est un héros que le repos fatigue, c’est un père tendre de la patrie, affligé du regret de ne pouvoir continuer d’en faire le bonheur. Je crains que ces ennuis de l’ème n’influent sur la santé du corps; je crains encore plus leurs influences sur votre cœur, mon adorable amie, vous qui, par amour autant que par devoir, partagez et au delà les peines intérieures d’un époux aussi cher. Unissez vos conseils et vos caresses à mes prières ; persuadez-lui , comme il est vrai , qu’il jouit de la pro-
fonde estime de tous les gens honnêtes, qu’il s’est acquis le respect des nations; et sa retraite , en effet , n’a-t-elle pas eu tout l’air d’un triomphe’? ne nous laisse-t-elle pas autant et plus de regrets qu’à lui-même? Qu’il vive donc de ses honneurs ; qu’il jouisse de ce bien qui n’appartient qu’à lui ; je le désire ardemment, je veux votre bonheur commun. Le mien en dépend, et dans ma solitude rien ne pourrait me troubler que mes inquiétudes sur votre tranquillité.
Adieu , ma très-chère et première amie , je vous baise la main et en attends un petit mot de réponse.
(Inédite. — Appartient à M. Frion, qui a bien voulu nous en donner communication.)
CGLXV
A QUENEAU DE MONTBEILLARD.
Montbard, le 13 juillet 1781.
Vous me dites , mon cher bon ami , que le père , la mère , et surtout la demoiselle', désirent de venir à .Montbard. lis me feront honneur et grand plaisir; mais, comme avant la noce il faut nymphes et paranymphes, engagez-les à amener la charmante Catau. Je compte bien aussi que vous, ma bonne amie et votre aimable flls, viendrez le même jour; et, si cela vous convient, ce sera mercredi 18, pour dîner’, et même pour coucher, ce qui me conviendrait encore mieux, et je crois que vous n’en doutez pas, mon cher bon ami.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
A M. THOUIN
Monlbard, le ÎO juillet 1781.
Vous me ferez plaisir, mon cher monsieur Thouin, de remettre vous-même la lettre ci-jointe k M. Dufresne; et comme c’est pour obtenir de l’argent , dont nous avons si grand besoin, il n’y aurait pas de mal de lui porter quelques fleurs ou quelques arbustes; cela ne pourrait qu’augmenter- sa bonne volonté. Je lui demande les 35 000 livres qui restent dues sur les 75 000 livres pour la maison et le terrain qui est actuellement réuni au Jardin. Il no sera pas nécessaire de lui parler des travaux que vous faites au delà du Jardin, ni de l’échange avec Saint-Victor, de peur d’effrayer par de nouvelles demandes; mais vous pouvez lui exposer que nous sommes absolument sans argent, et qu’il nous ferait un grand bien s’il voulait nous faire donner, dans un peu de temps, une partie de ces 35 000 livres '. Vous sentez bien que cela me donnerait le moyen de continuer nos travaux; et je vous avoue que, sans cela, je serai peut-être forcé de les faire cesser bientôt, faute de pouvoir subvenir à la dépense ; car je serai obligé d’emprunter l’argent qu’il faudra pour l’acquisition de la maison du sieur Lelièvre, et je ne sais pas encore où je le prendrai. A propos de cette maison, M. Lucas m’écrit que l’enchère de 1 4 400 livres a été mise par le propriétaire. Je me doutais, en effet, que cette enchère était fictive; et dès lors il ne faut pas que M. Aubert la couvre. Voyez-le, je vous prie, et dites-hii que ce sont les propriétaires mêmes qui ont mis cette enchère, et qu’il ne faut pas en être la dupe.
En relisant votre lettre , je vois que c’est vous-même qui m’avez donné avis que les propriétaires de la maison Lelièvre l’avaient portée à 14 000 livres, et vous pensez comme moi
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qu’elle pourrait être rendue au-dessous de ce prix. Mais c’est à M. Aubert à nous bien conduire dans cette alTaire , pour l’avoir à meilleur prix; car, avec ces 14 000 livres, il en coûtera encore près de 3000 pour les droits de vente, centième denier et frais de contrat, et je trouve que la maison serait très-bien payée à ce prix de 14 000 livres.
Je n'ai pas le temps d’écrire aujourd’hui à M. Lucas; mais vous pouvez lui montrer ma lettre. Vous mettrez sur la dépense le port de cette grosse lettre , ainsi que de celles que vous pourrez recevoir de moi directement.
Je suis toujours, mon très-cher monsieur Thouin, dans les sentiments de toute l’estime et de tout l’attachement que vous méritez.
Le comte de Buffo.n.
(Inédite. — Tirée des archives du Ifuséum.)
GCLXVII
A L’ABBÉ BEXOX.
Montbard, le 12 août 1781.
J’ai reçu avec grand plaisir votre lettre, mon très-cher abbé , et je vous ferai mon compliment quand vous serez tout à fait quitte de cette nomenclature, et même de ces descriptions d’oiseaux qui sont bien ennuyeuses. Je vous ai renvoyé les cahiers de concordance des tomes VI et VII, mais Trécourt n’a pas encore eu le temps de transcrire celle du tome VIII. Le tout ensemble, même y compris le tome IX, ne fera guère que deux cent cinquante pages d’impression à deux colonnes ; ainsi nous avons de la marge pour placer les articles du cygne et des autres oiseaux d’eau qui doivent terminer l’ouvrage , et il faut Ücher de nous en débarrasser le plus tôt qu’il vous sera possible, car il ne reste guère que cent pages à imprimer dans le second volume du supplément aux quadrupèdes, et il est nécessaire, pour que l’impri-
merie ne cesse pas, de livrer de la copie du neuvième volume des oiseaux tout au plus tard dans sept semaines ou deux mois. C’est donc l’article du cygne qui presse, parce qu’il doit précéder celui de l’oie*, qui est déjà fait; après quoi viendront les canards , etc. Lorsque vous aurez un article de fait, je vous prie de me l’envoyer ici, car j’aurais trop peu de temps à Paris pour m’en occuper autant que je le désirerais; et d’ailleurs je ne sais plus si je pourrai arriver, comme je le comptais, vers le 20 de septembre. On a découvert une carrière sous mon logement *, à laquelle on travaille pour le mettre en sûreté, et cet ouvrage sera peutêtre plus long que je ne le voudrais. Il se pourrait donc que je fusse forcé de retarder mon départ jusqu’au 10 d’octobre , et le volume des quadrupèdes sera certainement achevé avant ce temps. Il suffirait que j’eusse l’article du cygne pour le livrer à l’impression avec celui de l’oie, et rien n’arrêterait.
J’ai eu un rhume qui m’a fort incommodé d’abord, et qui m’a duré près d’un mois; cependant je n’en ai pas moins travaillé souvent plus de huit heures par jour •, et vous verrez mes minéraux bien avancés. J’en ai maintenant deux volumes et demi, dont je suis assez content, mais sur lesquels vous pourrez me faire quelques bonnes observations*.
Soignez donc votre santé. Ce n’est point le travail paisible qui l’altère; du moins je vois par mon- expérience que la tranquillité du cabinet me fait autant de bien que le mouvement du tourbillon de Paris me fait mal.
J’ai reçu hier des nouvelles de mon fils, datées de Gottingue. Il s’est toujours bien porté, et aurait en effet dû vous écrire ; mais la jeunesse ne pense pas à tout, et la paresse empêche plus de la moitié de tout ce qui serait convenable.
J’ai eu des nouvelles de la santé de .M. et de Mme de La Billarderie, par une lettre qu’elle a écrite à Mme de La Rivière ; s’ils sont toujours à Paris, faites-leur de ma part les amitiés les plus tendres et les respects les plus sincères. Je vous dis la même chose pour votre aimable sœur et pour
DE BÜFFON.
votre chère maman ; vous en prendrez aussi telle part qu’il vous plaira pour vous. Adieu , mon cher ami.
Büffon.
(Publiée par François de Neufchâteau et par U. Floureus.)