FRAGMENT DE LETTRE A GL’ENEAU DE MONTBEILLARD
Janvier 1781.
.... Je ne pourrai mettre sous presse le dernier volume de l’Histoire des oiseaux que dans six mois , parce qu’il exige encore beaucoup de travail, et que d’ailleurs je fais imprimer un second volume de supplément à l’Histoire des animaux quadrupèdes. Tout cela me recule beaucoup pour mes chers minéraux*, auxquels Je voudrais travailler uniquement; mais cela n’est pas possible quant à présent.
Buffon.
( Ce fragment a été publié par Bernard d’Héry dans son édition des OEwrrs de Buffon. Paris, an XI. Vie de Buffon et Table.<i.)
A M. THÛUIN.
Montbarü, le 3 janvier 1781.
Je ne suis point d’avis, mon cher monsieur Thouin, du moins quant à présent, de rien faire de plus dans l’appartement de M. Spaëndonck. Nous verrons, à mon retour, si l’on peut faire élever sa fenêtre; mais c’est à lui de payer les cloisons qu’il demande pour sa commodité.
Ce sont les grandes affaires dont vous me parlez qui nuisent à toutes les petites, et en particulier à la nôtre ; car je vois, par des lettres que je reçois de Versailles, que nous n’aurons pas de si tôt une décision au sujet de notre échange. 11 faut prendre pattence, et espérer que les honnêtes gens seront conservés*.
Je reçois un livre que je vous destine et qui a pour titre: Généra plantarum vocabulis characteristicis definita, imprimé à Dantzick en 1780. Ce livre, bien conditionné pour la reliure, m’a été envoyé par l’auteur, dont j'ignore le nom, sous le couvert de M. de Vergennes*.
Vous connaissez, mon très-cher monsieur Thouin, tous mes sentiments d’attachement pour vous.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Tirée des archives du Uuséum.)
GGLIII
A M. RIGOLEY
Montbard, la 26 janvier 1781.
M, Dumorey est arrivé ce soir, et j’ai l’honneur, monsieur, de vous en informer, en vous priant à dîner pour demain
samedi ou pour diminclie, si cela vous convient mieux. Je serai toujours très-aise de vous recevoir et de vous renouveler les sentiments du véritable et sincère attachement avec lequel j’ai l’honneur d’étre, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Büffon.
(Inédite. — Appartient à Mme Morel.)
CGLIV
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Montbard, le 2 février 1781.
J’ai reçu, monsieur, avec toute reconnaissance, les deux caisses de matières volcaniques dont vous avez la bonté d’enrichir le Cabinet du Roi'; mais , comme je -me trouve absent de Paris, et que je ne compte y retourner qu’au commencement d’avril, je viens d’écrire qu’on mette ces deux caisses en lieu sûr, avec défense de les ouvrir avant mon retour. Je vois avec le plus grand plaisir que vous y viendrez à peu près dans le même temps, et, si vous vouliez me traiter avec toute amitié, monsieur, vous vous détermineriez à passer par Montbard, où je résiderai constamment jusqu’au Sou 10 d’avril. Je serai , je vous le proteste , très-enchanté de vous recevoir chez moi, de vous garder quelques jours, et de conférer à fond du feldspath et des différents granits, sur lesquels vous verrez, monsieur, que j’ai fait un assez bon travail que je ne craindrai pas de vous communiquer, étant pour ainsi dire assuré que mes reclierches confirmeront vos observations
Il n’y a nul inconvénient à prendre la route que je vous propose; la poste passe à Montbard ainsi que la diligence, et de Montbard l’une et l’autre peuvent vous conduire à Paris. Ainsi , monsieur, lorsque vous serez arrivé de Montélimart à Lyon, prenez la route de Bourgogne, et venez d’abord à üi-
jon, dont Montbard n’est plus qu’à quinze lieues. J’espère que vous serez assez bon pour vous rendre à ma prière, et le plus tôt serait le mieux, parce que j’espérerais jouir de vous plus longtemps.
J’ai l’honneur d’être avec un très-sincère et respectueux attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. de Faujas de Saint-Fond.)
CGLV
A M. THOUIN
Montbard, le 9 février 1781.
J’ai reçu, mon cher monsieur Thouin, vos deux lettres ensemble, et je réponds d’abord à cette grande affaire que vous me proposez, c’est-à-dire à l’acquisition de la maison des héritiers du sieur Lelièvre Vous vous souvenez sans doute que cette maison m’a autrefois appartenu, et je crois ne l’avoir vendue que douze mille francs. On y a fait, à la vérité, plusieurs réparations depuis ce temps, ce qui me fait craindre que le prix n’en soit porté plus haut. Cependant vous me feriez plaisir de suivre cette affaire et de tâcher desavoir s’il y a déjà des enchères, et dans le cas où personne ne se serait encore présenté, vous pourriez voir de ma part .M. Aubert, notaire, rue de la Verrerie', et le prier de faire mettre une enchère de dix mille livres, sans donner connaissance de mon , nom, à moins qu’il ne le juge nécessaire pour dégoûter les autres enchérisseurs, en leur faisant entendre qu’on pourrait bien prendre l’emplacement di; cette maison pour augmenter ou des.servir le Jardin du Roi. Votre idée d’en faire une rue qui, depuis la rue Cerisier, aboutiraitau boulevai’d, est parfaitement bonne, mais n’en sera pas plus vivement accueillie; car je vois par les lettres que je reçois de Versailles que l’af-
faire de Saint-Victor devient difficile, et M. Leschevin* luimême avoue qu’il aurait grand besoin d’aide et qu’il ne croit pas qu’on puisse rien faire avant mon retour. Cela ne doit pas empêcher M. Delaulne de continuer sa sollicitation; il ne faut même pas le décourager en lui communiquant ce que je viens de vous marquer, parce que, de quelque manière que la chose tourne, je crois avoir trouvé un autre moyen de m’assurer des dix ou onze arpents qui sont nécessaires à l’agrandissement du Jardin. Je vous en informerai à mon retour.
Je suis bien aise que les arbres soient arrivés, et je suis bien persuadé que vous n’aurez pas perdu de temps pour les planter*. Comme le temps doux a continué, vous en aurez profité. Je ne connais pas M. Cels‘; mais, lorsque je serai à Paris, je lui ferai desremerciments, ainsi qu’à M. Turgot', des arbres qu’ils ont bien voulu vous donner. Je pourrais même leur en écrire dès à présent, si je savais l’adresse et les qualités de M. Cels et celles de M. Turgot, qui a changé de maison et peut-être de quartier. A'ous avez grande raison de dire qu’il convient mieux que le terrain de votre plantation soit en gazon qu’en terre cultivée ; il faudra seulement un petit piochage d’un pied de diamètre autour de chaque arbre, afin qu’ils puissent jouir du bénéfice des pluies et des rosées ; et dans la plus grande épaisseur du massif, le sentier sinueux et sablé, tel que vous le proposez, fera des merveilles. Vous ferez bien aussi de faire couper à plomb les tilleuls qui bordent cette plantation’, en leur laissant néanmoins trois à qua- 4 tre pieds d’épaisseur en dehors au delà de leur tige, afin de ne les pas trop affamer et d’éviter les abreuvoirs que les branches coupées trop près ne manqueraient pas d’y produire. Il en est de même des grands arbres épars dans la plantation il faut les élaguer comme vous jugerez à propos.
Je vous remercie d’avoir songé aux arbres demandés par M. le maréchal de Biron’, et vous me ferez plaisir d’en informer mon fils.
DE BUKFÜN.
Il a dû arriver une voiture de fer que M. Lucas a probablement livré au sieur Mille, et l’on doit en envoyer dans huit ou dix jours deux autres voitures, chacune de deux mille sept ou huit cents pesant, comme la première, qui est toute en barreaux carrés de onze ou douze lignes ; mais dans les deux voitures qui partiront, tout au plus tard, le 20 de ce mois, il y aura moitié de fer en barreaux de dix ou douze lignes, et moitié en gros fer épais et plat qu’on doit poser sur les bornes tout le long de la grille de la cour. On pourrait donc tailler et poser dès à présent ces bornes. Je vais en écrire à .M. Verniquet, ainsi que sur quelques petites choses qu’il me représente au sujet de l’appartement de M. Spaëndonck. Je vais aussi marquer à M. Lucas de vous remettre l’argent que vous aurez avancé pour votre neuvième quinzaine. Adieu, mon très-cher monsieur Thouin.
Le comte de Buffon.
( Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)
CGLVI
A QUENEAU DE MONTBEILLARÜ.
Montbard, le 15 février 1781.
Je ne suis point étonné , mon cher bon ami , de toutes vos conquêtes , ni de l’impression que vous faites sur le cœur de ceux qui vous voient. Voici ce que m’écrit aujourd’hui M. le marquis de La Billarderie' ; « Oserais-je vous prier de faire mille tendres compliments à M. de Montbeillard? Je lui avais demandé , en le remerciant d’une lettre charmante qu’il m’a écrite au nouvel an , de me donner quelquefois de ses nouvelles; mais je n’en ai pas reçu. Voulez-vous bien lui dire aussi que j’ai encore entendu mille éloges de M. son lils ? il est un père bien heureux et bien digne de l’être’. »
Rien n’est plus vrai , mon très-cher ami , et j’applaudis de tout mon cœur à ce que l’on vous dit ici.
COnUKSPONDANCE
J’ai mis une personne discrète à la poursuite dè l’aflaire qui nous intéresse pour Mlle Lestrc’; je n’ai pas encore de réponse, mais j’espère toujours qu’elle viendra dans le mois de mars procliain , terme de la décision des all'aires de la famille en question , et je désire bien sincèrement que nous puissions réussir.
Mille tendres respects à ma bonne amie. Je vous embrasse tous deux du meilleur de mon cœur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
GCLVII
A M. TIIOUIN.
Montlard, le 28 février 1781.
Je vois, mon très-cher monsieur Tliouin, par le récit que vous me faites du vol de nos arbustes et de vos bonnes démarches en conséquence, je vois, dis-je, que ce vol n’a pu être fait que par un homme instruit de ce qui se fait au Jardin du Roi, et qu’il y a grande apparence que cet homme est le même que celui qui a fait le premier vol et que vous avez chassé. Je ne doute pas qu’il n’ait conservé ou fait faire des clefs, et qu’il n’en ait abusé une seconde fois. Il faut donc faire l’impossible pour découvrir la retraite de cet homme et le faire arrêter, après quoi vous le conduirez avec .M. Guillotte', chez l’acheteur de nos arbres qui, puisqu’il est de bonne foi, n’hésitera pas à le reconnaître , et sera même très-aise de se justifier par ce moyen. 11 me paraît que c’est le seul parti que vous ayez à prendre en attendant de nouvelles informations , dont je suis persuadé que vous et vos frères* devez vous occuper, parce qu’il est évident que de pareils vols ne peuvent être faits que par des gens qui connaissent bien les plantes et qui travaillent dans l’intérieur de vos écoles; et comme, je vous le répète, je suis persuadé que c’est ce premier voleur.
OU peut-être un de ses camarades, qui a fait ce second vol , il est important de ne pas le laisser impuni.
Je vois par votre rôle quittancé de la di.\ième quinzaine de nos travaux, que la dépense monte à 1770 livres 16 sous, et comme vous avez avancé cette somme , j’écris par ce même ordinaire à M. Lucas de vous la remettre, et il faut espérer que la dépense des deux quinzaines qui s'écouleront d’ici ix mon retour ne sera pas si considérable.
Je vous prie de dire à M. Verniquet que j’approuve ce qu’il a fait faire à l’appartement de M. Spaéndonck, auquel vous pourrez fournir quelques plantes à dessiner dès qu’il aura pris possession de son logement. Vous voudrez bien dire aussi à M. Verniquet que, des deux plans qu’il m’a envoyés pour décorer le mur de ma maison, je préférerais celui qui a un grand fronton brisé en chevron, mais que je garderai les deux plans jusqu’à mon retour, parce que les ouvrages de nécessité sont plus pressés que celui-ci, qui n’est que de décoration, et que j’ai bien à cœur de iinir avant toute chose la clôture entière du jardin en grilles de fer et le nivellement parfait du terrain.
J’ai reçu une lettre de M. Aubert, notaire, par laquelle il me marque que la maison du sieur Lelièvre n’est point encore en licitation, mais qu’il y veillera et qu’il m’en donnera avis.
Nous ne pourrons envoyer du fer que dans huit ou dix jours, lorsque les gi’andes eaux seront écoulées ; nous avons eu ici cette nuit un vent si furieux qu’il a fait tomber plusieurs gros arbres dans mes bois, et qu’un pauvre sabotier a été tué dans sa loge et sa femme blessée par la chute d’un de ces arbres ’. Il y a eu aussi plusieurs cheminées d’abattues et des toits découverts, et quelques granges renversées; mandez-moi si vous n’avez eu aucun désastre dans le jardin.
Vous connaissez, mon très-cher monsieur Thouin , mon estime et mon attachement pour vous.
Le comte de Butfon.
( Inédite. — Tirée des archives du Muséum.)
COHRKSPONDANCE
A QUENEAU DE MÜNTBEILLARD.
Je n’ai qu’un moment, mon bon ami, pour vous annoncer que .Mme Gharault consent au mariage et désire même qu’il se fasse promptement. Prenez jour avec elle pour conclure; elle vous dira ses conditions qui me paraissent justes et raisonnables. Engagez-la à faire des, articles avant de quitter Semur; elle a confianc^à M. l’avocat Labbé.
Bonsoir, mon cher et très-cher ami.
(Sans date, sans signature, d’une main inconnue, et portant ceci sur l’adresse ; en diligence M. ou Mme Lestre à Semur. — A la suite et sur le revers est écrit de la main do Bufton : )
Je suis éveillé par cette lettre; je vous l’envoie en diligence. Je vais aller causer un moment avec vous, monsieur et madame. Ne vaudrait-il pas mieux traiter cette affaire ou du moins l’ébaucher au moulin à vent?
Adieu bien vite, je souhaite que tout aille bien. Connaissez-vous M. l’avocat Labbé particulièrement?
Buffon.
(Inédite. — Communiquée par M. Léon de Hontbeillard à M. Beaune, qui a bien voulu, A son tour, nous en donner connaissance.)
deux
AU MÊME
Au J.vrdin du Roi, le 12 avril 1781.
Je reçois à mon arrivée à Paris la lettre ci-jointe , par laquelle vous verrez , mon cher bon ami , que nous avons maintenant deux abbés ' , je veux dire deux cordes à notre
DE BÜFFON.
arc. J’espère donc que l’affaire pourra réussir, puisque la bonne dame n’a pas oublié la promesse qu’elle m’avait faite , et qu’il ne s’agit que de rappeler à son 01s la charmante image de la personne à laquelle nous nous intéressons. Je vais écrire à ce nouvel agent d’y donner ses soins, et je serai satisfait si nous pouvons mener le tout à bien et à un prompt succès. Mes tendres respects à ma bonne amie. Aimez-moi toujours, et soyez sûr que personne ne vous est plus tendrement attaché que je le suis.
Buffon.
( Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)
AU MÊ.ME
Au Jardin du Roi, le 11 mai 1781.
Un peu de patience, mon cher bon ami, et tout ira bien. Je viens d’écrire àM. Le Prieur de Précy', et ma lettre, qu’il doit communiquer, ne pourra que maintenir ou déterminer la bonne volonté de la mère, et augmenter l’empressement de son fils, jusqu’à la conclusion et consommation, qui ne tardera pas à s’effectuer après mon retour, dans les premiers jours du mois prochain.
Mon fils part demain pour son grand voyage , avec M. le chevalier de La Marck, de l’Académie des sciences*. J’ai été fort heureux de lui trouver un pareil compagnon. Adieu, mon cher bon ami ; je vous embrasse du meilleur de mon cœur.
Buffon.
(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)