A DIJON
Montbard, le 14 septembre 1781.
Monsieur,
J’ai été informé que, par votre ordonnance du 25 août dernier, vous avez annulé le dernier rûle des habitants de Montbard au sujet du payement des réparations de l’ancien presbytère de cette ville, avec injonction de faire un nouveau rôle, dans lequel tous les propriétaires forains, possesseurs de biens-fonds dans l’étendue de la paroisse de Montbard (autres néanmoins que les bois du Roi), seront compris. J’ai l’honneur de vous représenter, monsieur, qu’il me paraît difticile de concilier cette nouvelle décision avec une ancienne ordonnance qui assimile les seigneurs particuliers, possesseurs de bois, à cette même prérogative de Sa Majesté,
et mtîme tous les particuliers qui possèdent des bois contigus à diiïérents finages. Je m’étais fondé sur cette ordonnance, qui, dans le fait, est très-équitable, lorsque j’ai refusé de payer l’imposition faite sur mes bois dans le rôle des habitants de Montbard , et je ne crois pas que la jurisprudence du Conseil ait dù varier sur cet article. Les bois que je possède à Montbard en toute justice, et comme seigneur de Bufifon, avec la Mairie, sont contigus à plusieurs finages, savoir ; aux finages de Montbard, .Marmage, le Jailly, Étaye, Savoisy, Planay, Rochefort et Saint-Remy ; ils sont donc bien dans le cas de jouir de la prérogative accordée par cette ordonnance sur laquelle je fondais mon refus. D’ailleurs, dans trois mille arpents de bois que je possède, il y en a 780 qui m’ont été délaissés par le Roi en 1755, moyennant une redevance annuelle, en sorte que je ne suis pour ainsi dire que le fermier de ces bois. Il paraît donc de la dernière justice de les assimiler à ceux que le Roi s’est réservés et que vous déclarez exempts par votre ordonnance. Dans les 2200 arpents qui complètent ma possession, il y en a 1500 qui ont été acquis il y a près de cent vingt ans par mes prédécesseurs et par contrat du 1" avril 1665. Ces bois appartenaient alors à la communauté de Montbard, qui fut obligée de les vendre pour payer ses dettes, et, à l’égard des 600 arpents de plus, ce sont des plantations que j'ai faites sur tous les finages contigus ou voisins. Je croirais donc, monsieur, être dans le cas de l’exemption ; cependant, comme j’ai toute confiance en votre équité, j’ai dit à M. de Morveau que je me soumettrais à votre décision après que vous aurez {)esé mes raisons. C’est dans ces sentiments que j’ai l’honneur d’être avec respect.
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Conservée aux archives du département de la Céte-d’Or, et eommouiquée par H. Rossignol, leur savant conservateur.)
CORRESPONDANCB
A M. THOUIN
Montbard, le 2.3 septembre 1781.
Je VOUS suis obligé, mon très-cher monsieur Thouin, de la peine que vous avez prise de me faire l’exposé de la situation de nos travaux. Il n’est pas possible que j’aille habiter actuellement cette maison qui est tout en l’air*, et je me détermine, assez malgré moi, à rester ici jusqu’à la Toussaint, dans l’espérance que tout sera terminé pour ce temps. Si cependant les travaux exigeaient huit ou dix jours de plus, je pourrais, à tout prendre, retarder encore et ne partir qu’à la Saint-.Martin. Mais nos grandes affaires souffriront d’autant plus que je retarderai davantage ; ainsi , il ne faut pas perdre de temps , sans cependant trop presser les travaux, pour no pas nuire à leur solidité.
Je vais écrire à Lucas de vous remettre la somme de 3000 livres, et, lorsqu’il faudra consigner de l’argent pour le prix principal de l’acquisition vous voudrez bien m’en donner avis quelques jours d’avance. M. Aubert m’a écrit une grande lettre d’excuses, dans laquelle il avoue que son procureur n’a pas été assez vigilant; je vais lui répondre un mot , jjarce qu’il me paraît très-contristé et que je ne puis douter de son zèle personnel.
Vous trouverez ci-jointe une longue lettre à M. le vicomte de Querhoënt •, que je vous prie de lire, et auquel je ne puis refuser une petite collection de graines , parce qu’il m’a fourni plusieurs observations pour mon ouvrage sur les oiseaux. Examinez aussi l’insecte qui est renfermé dans ce morceau de papier, et, si vous ne le connaissez pas plus que moi, voyez au Cabinet et consultez MM. Daubenton; après quoi vous me marquerez ce que je puis répondre et sur l’in-
secte et sur les graines , et vous me renverrez aussi la lettre de M. de Querhoënt.
Je suis toujours dans les mêmes sentiments d’estime et d’attachement pour vous, mon cher monsieur Thouin, et je vous prie de me donner dans huit ou dix jours des nouvelles de la situation et du progrès des travaux.
(Inédite. — Conservée dans les archives du Muséum.)
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Montbard, le 3 octobre 1781.
J’ai reçu dans son temps, monsieur, votre lettre du 28 juillet, et je reçois aujourd’hui celle du 11 septembre. J’ai lu avec plaisir les feuilles qui y étaient jointes de votre Histoire du Dauphiné. J’ai fait passer à leur destination à Paris les feuilles pour MM. Adanson ’ et Pazumot. Je suis persuadé qu’avec vos bons yeux vous verrez les granits tels que je les ai vus, et, si vous m’eussiez fait l’honneur de venir à Montbard, je vous aurais communiqué mes observations et mes idées, que vous eussiez trouvées d’accord avec les vôtres. Les granits de l’abbé Soulavie ’ ne sont en effet que des grès à gros grains , et même très-impurs; mais c’est la moindre des bévues de ce jeune vicaire, qui n’est qu’un écolier, et qui écrit d’un ton de maître. J’ai quelques regrets que vous n’ayez pas lu, dans mes notes sur les Époques de la nature, ce que j’ai dit du roi géant Theutobocus , et de la dispute de Riolan et d’Habicot ’.
Comme je suis obligé de rester encore ici jusqu’à la Toussaint, je pourrai y recevoir les nouvelles feuilles dont vous me parlez. J’ai admiré votre enthousiasme physico-poétique au-dessus des montagnes * ; ce morceau fera grand plaisir, et
j’attends impatiemment votre préface et votre dernier mémoire sur les granits. J’aurais un si grand nombre de clioses à vous dire sur cet article , que je ne puis les insérer dans une lettre.
Je crois que vous perdrez bien du temps pour la publication de votre ouvrage , si vous demandez des commissaires à l’Académie. On est actuellement en vacances; on ne rentrera que dans six semaines, et les commissaires qu’on pourra vous nommer garderont votre livre plus de six autres semaines. Ainsi je crois que M. .Adanson vous conseillera comme moi de prendre un privilège à la librairie, d’autant que lui-même peut être votre censeur.
A l'égard de la correspondance avec l’Académie, je pense, monsieur, que vous ôtes du petit nombre des hommes auxquels on devrait non-seulement l’accorder, mais même l’offrir. J’en parlerai sur ce ton; mais .M. Adanson pourra vous dire que le nombre des correspondants est limité , et qu’il faut attendre qu’il vaque des places par mort, et je suis persuadé qu’il pourra vous faire inscrire comme expectant, parce que vos ouvrages sont bien connus de l’Académie. Vous ne me dites pas dans votre dernière si vous vous rendrez bientôt à Paris; vous seriez sûr de me trouver encore ici jusqu’à la fin de ce mois , et je serais enchanté de vous recevoir et de vous renouveler les sincères assurances de toute l’estime et de tout l’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’étre votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
( Inédite. — De la collection de M. de Faujas de Saint-Fond.)
DE BDFFON.
CGLXXIII