‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 32 sur 133 · OFFICIER AUX GARDES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

OFFICIER AUX GARDES FRANÇAISES

Montbard, le 7 mai 1782.

Je reçois, mon cher fils, la lettre que vous m’avez écrite de Strasbourg et que vous avez oublié de dater. Mlle Blcsseau* a de même reçu ici , le 4 de ce mois , la lettre que La Rose * lui a écrite de Vitry-le-î|rançois pour lui demander la clef de votre nécessaire, la cartê des postes d’Allemagne et l’atlas géographique que vous avez également oubliés. Cette lettre est, comme vous le voyez, arrivée bien trop tard, et d’ailleurs vous n’avez pas laissé la clef du nécessaire dans votre chambre ; car, avant mon départ de Paris, c'est-à-dire trois jours avant le vôtre, on a eu soin de bien visiter votre appartement et d’enfermer tout ce qui était resté , et cette clef ne s’est pas trouvée. Ainsi vous n’aurez pas eu d’autre parti à prendre que de faire ouvrir de force cette caisse du nécessaire, au risque de casser quelque chose.

Vous m’avez fait plaisir de m’apprendre que vous ôtes arrivé à Strasbourg en parfaite santé, que la vache n’a occasionné aucun accident, et que la malle pourra aller jusqu’à Pétersbourg sans être déballée. Sans doute vous aurez mis à la broderie les 36 livres que je vous avais données pour avoir une autre malle. Comme vous comptez prendre de l’argent à Francfort, vous m’en aurez sans doute donné avis, ainsi que des autres endroits où vous pourrez en prendre , afin que je puissedonner des ordres pour satisfaire M. Tourton* à mesure que vous tirerez sur lui. Je trouve, mon cher ami , que vous avez très-bien fait d’employer cinq jours au lieu de quatre* pour aller de Paris à Strasbourg, et je serai très-content si vous ne faites en effet que vingt lieues chaque jour : c’est le moyen le plus sûr pour arriver frais et bien portant à Pé-

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tersbourg. Je vous adresse cette lettre un peu au hasard à Berlin, parce que je pense que vous y ferez quelque séjour, et que vous ne manquez pas de donner votre adresse au bureau de la poste, dans les principaux endroits où vous passez, afin que les lettres qui pourraient y arriver après votre départ puissent vous être envoyées : car, sans cette précaution, il arrivera, comme l’année passée, qu’il y aura des lettres perdues.

Vos oncles, le chevalier de Buffon et le chevalier de Saint- Belin, ainsi que votre petite tante Nadault et son mari , vous font mille amitiés et désirent avec moi que vous fassiez un heureux voyage. Le chevalier de Buffon vient de partir pour en faire un de deux cents lieues ; il va à Brest, où son régiment est en garnison, et il fait encore ici, comme en Alsace, un temps affreux pour la saison. La végétation est retardée de cinq ou six semaines ; les vignes sont encore dans leur habit d’hiver, et le vin de cette année sera de la plus médiocre qualité, car le raisin n’aura pas le temps de croître et mûrir.

Les chevaux de poste de notre route de Montbard à Joigny ont été mandés ces jours-ci pour attendre M. le comte et Mme la comtesse du Nord' sur la route de Dijon à Auxerre, et , comme ces chevaux ne sont pas encore de retour, il y a apparence que ce prince n’arrivera que le 8 et peut-être le 10 à Paris.

Je vous adresserai dorénavant toutes mes lettres à Pétersbourg, où je compte que vous pourrez arriver dans un mois. Vous trouverez probablement encore de la neige avant que d’arriver dans cette capitale, où votre principale attention sera de témoigner de ma part la plus vive et la plus respectueuse reconnaissance à la grande souveraine, à laquelle vous ferez aussi la cour de votre mieux. Adieu, mon très-cher fils, je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

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