‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 31 sur 133 · CCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXVIII

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Paris, le 14 février 178?.

Mon cher Président, mon très-ancien ami, les marques de votre souvenir me font en tout temps le plus sensible plaisir, et je voudrais que votre terre de Montfort vous obligeât plus souvent à venir dans notre canton. Je compte retourner à Montbard avant Pâques; j’y passerai le printemps et peutêtre l’été. Ne puis-je espérer de vous y recevoir pendant ce long espace de temps? Ma santé, moins ferme que la vôtre, ne me permet pas de voyager aussi facilement que vous pouvez le faire ; car vous avez en forces dix ans de moins que moi. Vos fêtes, dont j’ai lu la relation *, paraissent avoir été mieux ordonnées que celles de l’hôtel de ville de Paris, oii il y a eu beaucoup de confusion. Les impôts dont vous me parlez menacent tout au plus de loin ; car le ministre des finances* se conduit à merveille; les emprunts se remplissent avec empressement, et il est certain que pendant toute l'année il ne sera pas forcé à mettre de nouveaux impôts, malgré cette guerre ruineuse qui engloutit tant de millions dans la mer.

Vous me demandez, mon cher Président, des nouvelles de mes travaux. Il va paraître dans un mois un second volume de supplément aux animaux quadrupèdes ; dans quatre mois, le neuvième et dernier volume de l’Histoire des oiseaux; et, dans huit mois, le premier volume de l’Histoire des minéraux. Adieu, mon très-cher Président, mille tendres respects à Mme deRuffey.

Buffon.

(loédite. — De la collection de M. le comte de VesTTOtte.)

A M. TRÉCOURT.

Au Jardin du Roi, le 7 mars 1787.

J’ai adressé, monsieur Trécourt, une caisse et un mannequin pour le sieur Lavoignat, qui arriveront à Montbard dimanche matin par la diligence, c’est-à-dire aussitôt que cette lettre. Le mannequin contient des pattes d’asperges et de graines pour mon potager ; mais il y a dans la caisse un paquet de papiers et quelques brochures que vous demanderez à Lavoignat. Vous trouverez dans le paquet de papiers les cahiers manuscrits suivants :

1' deux cahiers de l'or 107 pages.

2“ un cahier de l’argent 53

3° un cahier du cuivre 79

4" un cahier de l’étain 44

5» un cahier du plomb 47

6“ un cahier du mercure 65

7* un cahier de l’antimoine 14

8” un cahier du bismuth 10

9' enfin un cahier du zinc 20

Vous y trouverez aussi assez de papier de Comte pour faire une nouvelle copie de ces neuf cahiers, que je vous prie de faire le plus exactement qu’il sera possible*.

Et à l’égard des brochures, vous verrez s’il n’y a rien que vous puissiez extraire, et vous les remettrez dans mon cabinet*. Je ne crois pas que je puisse arriver avant Pâques à Montbard; mais voilà, ce me semble, plus d’ouvrage que vnus

118 CORRESPONDAJNCE [1788]

n’en ferez d’ici à ce temps. Je suis toujours dans les mêmes sentiments pour vous, monsieur Trécourt.

Vous mettrez le port de cette lettre sur ma dépense.

Le comte de Buffon.

(Tirée de U collection de H. Nadault de Buffon, et précédemment publiée dans la Revue archéologique, année 1855, article Montbard et Buffon.)

GCLXXX

A MADAME NECKER

Au Jardin du Roi, le lundi 19 avril 1782.

Non, ma tendre et généreuse amie, vous n’avez pas manqué hier à votre parole, et je n’allais pas vous demander à diner, mais seulement vous voir un instant et vous communiquer la lettre dont je charge mon fils pour l'impératrice de Russie. Comme j’y dis un mot de M. Necker, je voulais vous la montrer, et j’en joins ici la copie. Comme mon fils part demain matin, je serai libre et je pourrai aller dîner ce môme jour rue Bergère', ou à Saint-Ouen*. Ainsi je me rendrai demain à votre hôtel à deux heures, et je poursuivrai mon chemin pour Saint-Ouen, si vous n’étes pas arrivée. J’avoue, ma noble amie, que j’ai un peu le cœur en presse; mais il se dilatera par le plaisir de vous voir, et votre charmante lettre me produit déjà ce bon effet. Je vous en remercie, mon adorable amie.

Si M. Necker ne se souciait pas de ce que je dis dans ma lettre, il serait encore temps de le supprimer en me la renvoyant ce soir.

(iDédite.)

BE BÜFFON.

GLXXXI

A L’IMPÉRATRICE CATHERLNE II.

Au Jardin du Roi, le 23 avril 1782.

Voilà le buste avec mon fils* , et peu s’en est fallu que je ne sois parti avec M. Necker, qui a comme moi la plus haute admiration et le plus profond respect pour la personne de Votre Majesté Impériale. Mais mes soixante quatorze ans et ses travaux, même dans son loisir, ne le permettent pas, et ne nous laissent que des regrets. Mon fils n’est encore qu’un enfant de dix-huit ans; avec toute la candeur de son âge, il en a la légèreté et le peu de tenue. J’ose supplier ma généreuse Impératrice de le faire avertir et même frapper de quelque disgrâce, s’il ne se conduit pas bien. Sa bonté me pardonnera cette inquiétude paternelle, causée par la crainte que ce trop jeune envoyé ne fasse quelque faute.

La lettre tracée de la main de Votre Majesté Impériale* m’a transporté et a ravi tous ceux auxquels j’en ai fait la lecture. Elle est écrite du plus beau style en notre langue; c’est un morceau sublime qui, dans quatre lignes, renferme l’essence de mes ouvrages, et, dans tout le reste, annonce la grandeur et la bonté jointes à la supériorité des lumières. Cette lettre est mon trésor. C’est mon plus noble laurier. Je dois donc à Votre Majesté Impériale ma gloire et ma santé; les zibelines l’ont conservée tout cet hiver, et je compte qu'elles me feront la môme faveur pendant vingt ans. Ce terme est assez long pour que j’aie le plaisir de les voir s’habituer aux climats modérés.

J’ai niormeur d’être, avec la plus vive reconnaissance et le respect le plus profond, madame, de Votre Majesté Impériale, le très-humble, très-obéissant et très-dévoué serviteur.

Le comte de Buffon.

(Ini'dite. — Une copie aulhenüque de cette lettre se trouve parmi les manuscrits do M. Uumbert-Dazile. Nous en devons la communication à i’obligeance de Mme Beaudesson, sa Qlle. U. Flourcns en a publié un citrail.)

CGLXXXII

A M. LE COMTE DE BUFFON

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