C, CG XVIII
A M. THOLIN.
Montbard, le 8 novembre 1783.
Comme les jours sont déjà bien courts et que les finances le sont encore plus, il faut, mon cher monsieur Thouin, remettre après mon retour le payement des dépenses arriérées , et supprimer de l’aperçu que je vous renvoie ci-joint les quatre ouvriers de bâtisse , le garçon charron , les trois niveleurs et les quinze terrassiers. Car il me semble que les huit garçons jardiniers et les deux régaleurs doivent suffire pour les plantations et pour l’arrangement des gravats, et que pour les travaux de maçonnerie il faut les faire cesser absolument pendant l’hiver. Au reste , nous verrons ce qu’il me sera possible de faire après mon arrivée. Le déplacement du ministre des finances* pourra retarder encore les remboursements qui me sont dus; il faut donc retrancher ce qui n’est pas indispensablement nécessaire, et réduire, s’il est possible , à cinq ou six cents livres la dépense de la quinzaine qui échoira au 15 de ce mois; et comme je compte me rendre à Paris vers le 20’, j’arrangerai les affaires avec vous pour la suite. Vous prendrez auprès de M. Lucas l’argent jusqu’à concurrence de six ou sept cents livres pour le 15 de ce mois; mais je vous prie de faire attendre le reste de nos dettes, au payement desquelles je ne puis pourvoir qu’après le recouvrement de quelques sommes qui me sont dues dans le mois de décembre. Je serai bien aise de vous revoir et de vous renouveler mes sentiments d’attachement.
Le comte de Cuffon.
( Inédile. — Conservée dans les archives du Muséum.)
C0RBE8P0NDANCE
CGC XIX
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Au Jardin du Roi, le 27 février 1784.
J’aime à lire vos ouvrages , monsieur; mais j’aime encore mieux vous voir, et, si vous voulez que nous prenions un arrangement au sujet de la collection des matières volcaniques que vous vous proposez de remettre pour le GaLinet du Roi ', il est nécessaire que je puisse sans délai en conférer avec vous. Comme je dîne tous les jours chez moi, vous pourrez me foire l’honneur de venir manger ma soupe ’ tel jour qu’il vous plaira; je serai enchanté de vous renouveler tous les sentiments d’estime et d’attachement avec lesquels j’ai l’homieur d’être, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — De la collection de M. de Faujas de Saint-Fond.)
‘GCGXX
A M. LE COMTE DE BCFFON
OFFICIER AOX GARDES FRAT^ÇAISES.
Montbard, le 14 juin 1784.
Je suis très-aise, mon cher ûls, que le remède de M. Bousquet' ait< réussi, et j’errerais que la ûèvre vous quitterait (pour. toujours, si vous, pouviez vous modérer sur le manger et régler les heures de vos repas sans en faire d’intermédiaires. Pour moi , je suis toujours tracassé , et souvent douloureusement, par des graviers gros ou petits, et j’en ai encore rendu hier six qui m’ont fait beaucoup souffrir. Je continue l’usage du savon, et je ne bois pas d’autres eaux que celles de Contrexeville. Je ne vois cependant pas le bien
que ces remèdes me font; mais il faut bien obéir aux conseils des médecins , et M. Barbuot, qui m’est venu voir, veut que j’ajoute à cette boisson du pareira-brava, dont il dit avoir vu des eft’ets merveilleux.
Je crois, mon cher ami, que vous foriez bien d’aller, le plus tôt que vous pourrez, voir M. le baron de Breleuil*, et parler du roi de Suède’. Vous lui direz que le comte et la comtesse du Nord étaient accompagnés de M. de Vergennes lorsqu’ils sont venus au Jardin du Roi, et qu'en mon absence ' M. d’Angeviller en lit les honneurs, ,M. Amelot étant indisposé. A'ous lui marquerez le désir que j’aurais qu’il voulût bien accompagner, comme M. de Vergennes, le roi de Suède, s’il vient voir le Jardin et le Cabinet. L’établissement étant dans son département , il me semble que c’est à lui à en faire les honneurs, et alors il vous présenterait; sinon, vous ferez bien de vous faire présenter par M. d’iVngeviller. Vous direz en même temps à M. de Breteuil que ma santé m’a forcé de quitter Paris, et que je suis venu ici prendre des eaux et du repos , et tdcher de Unir mes ouvrages. Vous assaisonnerez tout ceci de quelques politesses flatteuses, et vous vous conformerez exactement à ce qu’il vous dira ; car, s’il marquait quelque répugnance à ce que M. d’Angeviller vous présentit au roi de Suède , il ne faudrait pas insister sur cela , et vous vous passeriez de cette présentation.
Adieu, mon très-cher lils , je vous embrasse du meilleur de nxon cœur.
(La lettre qui préedde est écrite de la main d’un secrétaire. Le postserrptam -qui suit est de la main de Bufton.)
C’est en effet à M. de Breteuil à donner des ordres au Jardin du Roi, et non à M. d’Angeviller, qui n’est rien là tant que j’y serai.
Boiton.
(Inédite. — De la ccliection de M. Henri Nadanlt de Buffon.)
A M. THOLIN.
Monlbard, le 27 juin 1784.
V^oilà, mon cher monsieur Thouin , une lettre que je vous prie de lire, et mônfie de voir celui qui me l’écrit, et dont Je ne connais pas les talents, mais dont la proposition me paraît honnête, pourvu que cela ne nous constitue pas en dépense trop forte, car je ne voudrais pas donner plus de cinquante louis pour contribuer à l’exécution. .M. Lucas a dû vous dire que j'étais bien satisfait du compte que vous m’avez rendu des travaux, et vous me ferez grand plaisir d’y donner les mêmes attentions ; car vous seul pouvez achever ce que nous avons commencé.
Une autre chose plus importante est une lettre que je reçois de M. Guillotte , sur laquelle je vous prie de me parler aussi librement que si nous étions tète à tête. Je suis d’avance très-décidé à ne point donner de second pavillon pour corps de garde, et même à détruire celui qui est auprès du laboratoire de chimie, et qui ne sert que de retraite aux cavaliers pour jouer et pour boire. Je pense que deux ou trois hommes qui seraient à vos ordres, comme le sieur Guessin, garderaientmieux nos plantes que toute la maréchaussée de Paris ; mais en même temps, comme M.M. Guillotte servent depuis longtemps au Jardin, mon intention n’est pas de leur faire du tort, et je les conserverai sur le même pied, tant pour les cours d'anatomie, chimie et botanique, que pour le Cabinet. Vous voudrez bien me dire ce que vous en pensez en me renvoyant la lettre de M. Guillotte.
Vous devriez engager l’abbé Delaulne à envoyer à M. de La Chapelle' une note qui contienne les nouveaux faits d'insubordination dans Saint-Victor. Je suis sûr qu’il en fera bon
DE BDFFON.
usage, et qu’il ne compromettra pas M. l’abbé Delaulne, d’autant que je l’ai prévenu sur cela avant mon départ.
Bonjour, mon très-çher monsieur Thouin; je rends toujours du gravier, mais cela ne m’empêche pas de m’occuper.
Le comte de Buffon.
(Inédite. — Conservée dans les archives du Muséum.)
AU MÊME
Montbard, le 4 août 1784.
Je VOUS suis obligé, mon cher monsieur Thouin, de vos utiles démarches auprès de M. Lenoir*. Nous ne pouvons pas douter, de sa bonne volonté ; mais des trois choses dont vous lui avez parlé, celle de l’acquisition des terrains est la plus pressée , et il faudra dans quinze jours le solliciter de nouveau, et faire dire à MM. les entrepreneurs des voitures de le solliciter aussi pour l’engager à rapporter cette affaire à M. le contrôleur général. Je suis persuadé qu’il ne s’y refusera pas, et cette décision une fois donnée, je prendrai mes arrangements pour en obtenir le payement. Cependant il serait bon que le projet de l’arrêt du Conseil me fût communiqué d’avance, comme M. Guillemain a bien voulu vous le promettre.
A l’égard du procès , je ne doute pas que le jugement favorable n’intervienne dès que M. Lenoir voudra s’en occuper, et je trouve qu’il a bien fait de renvoyer le projet de M. de Beaubois au temps où le nouveau prévôt des marchands, qui est en effet zélé pour le bien public, pourra le faire valoir.
Vous me donnez un très-bon avis au sujet du puits qui est dans les caves de mon logement, et que j’ignorais. Il sera très- utile , si Ton peut y appliquer une pompe pour faire monter de Teau dans les cuisines et offices. Je vous prie de n U
concerter ce projet, qui est bien le vôtre, avec M. Vemiquet; et le sieur Lucas pourra y faire placer cette pompe et les accessoires jiendant qu’on y travaille.
J’ai reçu vos états de dépense, et je vois que vous conduisez nos travaux avec toute l’intelligence et la prudence possible. Votre rendu compte de l’emploi du temps est si nettement présenté, que je vois les ehoses comme si j’y étais.
Je vous prie de remettre ou faire remettre à M. Dufourny de Villicrs, architecte, la lettre ci-jointe, afin qu’il ne m’importune plus de ses beaux projets auxquels il n’est pas possible (le penser, surtout actuellement, et auxquels même je ne dois concourir dans aucun temps*. Je lui marque que, comme administrateur du Jardin du Roi, je ne dois y faire que ce qui m’est ordonné par Sa Majesté et approuvé par ses ministres, et que jê ne puis consentir à aucune dépense cpii aurait trait à ma gloire personnelle , ne m’étant même point du tout mêlé de la statue’ qu’on a bien voulu m’ériger. Et en effet je ne veux pas qu’on ait à me reprocher que j’aie rien fait pour moi personnellement, et c’est la vraie raison qui fait que je ne puis obtempérer aux demandes de M. Dufourny.
Ma santé va de mieux en mieux; les graviers commencent à s’amollir, et cela me fait bien augurer de l’usage du savon , que je continuerai constamment. 11 ne me reste cpie des maux de reins, mais assez sourds, et 'des irritations plus supportables. Mon plus grand mal est l’insomnie ; je n’ai pas une bonne nuit sur quatre , mais cela ne m’empêche pas de m’occuper pendant le jour,
'Le roi de Suède est donc parti sans voir votre jardin , car j’ai reçu ses billets d’adieu, et j’aurai ici incessamment le prince Henri de Prusse *.
Adieu, mon très-cher monsieur Thouin, ne doutez pas, je vous prie , de tous mes sentiments d’attachement et d’amitié.
Le comte de Buffon.
(Tnédite. — Conservée dans les archives du Muséum.)