NOT£S
plaisir démentir une fausseté atroce ; les ennemis de la Révolution calomnient souvent le peuple, mais je ne souffrirai Jamais qu’on se serve de mon nom, peut-être parce qu’il est très-connu, pour accréditer les détestables mensonges qu’il plaît à quelques écrivains périodiques de répandre.
t En arrivant ici, une jiersonne de ma connaissance me montra la gazette de Paris, dont je n’avais pas encore entendu parler, et m’y Gt lire l’article suivant :
c Extrait de la Gazette de Paris. Article, Variétés. Du 7 ma» 1790.
c Nous apprenons avec la plus tendre reconnaissance que nos lecf leurs ont partagé la douleur dont nous étions pénétrés, en retra- ( gant les meurtres commis dans la Bourgogne, province autrefois si « heureuse. Toi qui t’honorais d’avoir donné le jour à tant de grands ( hommes, combien ton sort est différent! on veut changer jusqu’à c ton nom. Trois fois tu fus un royaume, et lu ne seras pas même c reconnaissable pour loi-même. AhI si les Crébillon, les Rameau, f les Piron ; si tant de magistrats, la gloire de Dijon, sortaient de la
< tombe ; si le génie, peintre de la nature, aussi grand que son moc dèle, si Buffon revenait parmi nous.... Buffon, ce nom cher à la • France, devait-il être en bulle aux outrages?... Une femme sen- € sible, en qui se retrouvent l’ârae et l’esprit de Sévigné, nous adresse
< les détails suivants : ,
c Dans les districts de Montbard, Semur, Percy-sous-Thil , les « maires dos villages avaient prévenu leur ci-devant seigneur huit e jours d’avance; tous leur ont dit qu'on leur avait mandé et com- ( mandé de ne souffrir dans les assemblées primaires ni nobles ni f ecclésiastiques.
I La même dame ajoute : c J’oubliais de vous dire qu’à Montbard, f M. de Buffon, dont le nom illustrera à jamais celto petite ville, n’a f dû son salut qu’à la fuite, sa jeunesse lui ayant permis de se sauver t par les fenêtres. »
( Les éloges donnés à mon père no me touchent point du tout, venant du gazetier de Paris ; assez d’autres, sans lui, ont su et sauront l’apprécier, cl rendre à la mémoire d’un homme aussi justement célèbre tout ce qui lui est dû.
( Je déclare que ce qui me regarde dans le même article est de toute fausseté. 11 y a neuf mois que je suis à Montbard ; mes concitoyens m’ont fait l’honneur de me nommer colonel de la garde nationale, et dans les assemblées primaires, au premier tour de scrutin, j’ai été nommé électeur au département, avec 85 voix de plus que la majorité absolue. Je n’ai jamais reçu de mes concitoyens que des
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marques d’amitié et de conGance; je les aime véritablement; leur cause est la mienne, et dans l’écrit menteur intitulé ; Gazette de Paris, ils sont attaqués d’une manière tout à la fois lâche et fausse. Je suis heureux et Ger d’avoir leur estime, et je ne puis voir tranquillement qu’on cherche à faire croire an public que je l’ai perdue. L’assemblée primaire de la ville de Montbard et celle des villages formant le canton ont été toutes deux très-tranquilles; il n’y a eu qu’un moment d’orage, et encore le calme est revenu l’instant d’après. Voici l’événement qui, sans doute, a fait dire que j’avais été forcé de me sauver.
X Les religieux bernardins de l’abbaye de Fontenay, à une lieue de Montbard, avaient fait mettre en prison leur fermier, peu do jours avant l’assemblée primaire, pour n’avoir pas payé les termes de son bail échus. Les meubles de ce fermier devaient être vendus pour acquitter les frais d’un autre procès, à la requête d’un procureur de Dijon. Craignant de trouver de la résistance dans les habitants du village où il demeurait, on attendit le jour des assemblées primaires, où il ne devait point rester d'hommes à ce village, nommé Marmagne, et douze cavaliers de maréchaussée furent rassemblés pour accompagner l'huissier et emmener les meubles du fermier; tout cela à mon insu et à celui du maire de Montbard, M. Petit, homme sage, prudent et très-zélé pour la chose publique.
f Les femmes de Marmagne, à l’arrivée de la maréchaussée, accoururent à Montbard et racontèrent dans les assemblées ce qui se passait à Marmagne. Un grand nombre d’hommes prirent la résolution d’aller repousser la maréchaussée, empêcher l’enlèvement des meubles du fermier, et ensuite de se transporter à l’abbaye, où je ne sais pas trop ce qui aurait pu arriver, si le projet s’était effectué. Avant de partir, ils descendirent chez moi au nombre d’environ soixante, et me firent part de leur dessein, en me demandant, pour cette opération, un détachement de la garde nationale, et m’annonçant que la plus grande partie des assemblées s’apprêtait à les suivre. Je leur Gs facilement sentir, quoiqu’ils fussent animés, que je ne pouvais pas leur donner le détachement qu’ils demandaient, et M. le maire et moi leur proposâmes d’aller nous-mêmes à Marmagne et d’engager l’huissier et la maréchaussée à se retirer. J’obtins d’eux qu’ils resteraient à Montbard jusqu’à mon retour. Je me jetai sj^r un cheval et j’allai promptement à Marmagne. L’huissier et la maréchaussée consentirent, sur mes représentations, à se retirer. Je revins à Montbard, où j’annonçai le succès de ma course, et tout rentra sur-le-champ dans la plus grande tranquillité et le meilleur ordre. Vous voyez, messieurs, qu’il y a un peu loin de là à avoir été obligé de me sauver par les
NOTES
fenêtres, comme le dit le gazeticr de Paris. L’injure calomnieuse faite au peuple de Montbard et à celui du canton m’a déterminé à vons faire parvenir ces détails, c J'ai l’honneur d'ôtre, etc.
f Büffon,
« Major en lecood du régiment d'AngoumoU. •
Note 2, p. 120. — Marie-Madeleine Blesseau, née à Montbard le 22 novembre 1747, morte le 18 avril 1834 à l'ftge de quatre-vingtsept ans, fut pendant trente années la femme de charge de Buffon. Son désintéressement, sa parfaite entente de la tenue d’un nombreux domestique, l’active surveillance qu'elle ap()orta dans la conduite d’une grande maison, étaient des qualités fort précieuses pour Buffon, qui no pouvait s’occuper de ces détails et qui ne voulut jamais avoir d’intendant en titre. La noblesse de son cœur, une sensibilité exquise, des sentiments au-dessus de sa condition, son grand attachement à ses devoirs, son dévouement profond pour son maître, auquel elle donna toujours les soins les plus assidus, la firent distinguer par les personnes de l’intimité de Buffon dignes de la comprendre. Mme Necker lui témoigna une affection sincère. Mlle BIcssean sut, au reste, s’en rendre digne en se tenant à sa place, d’où parfois on la voulait faire sortir. Elle ne se montra jamais vaine des témoignages de considération et d'estime, des prévenances même que lui valurent son dévouement bien connu pour son maître et son caractère généreux et désintéressé. M. IIumbcrt-Bazile a laissé d’elle dans son manuscrit le portrait suivant :
( Mlle Blesseau naquit à Montbard. Son père, tisserand assez aisé, y jouissait d’une réputation excellente. Elle était douée d’une physionomie intelligente; sa taille était élancée et bien prise; il y avait dans toute sa per.-onne de la grâce et de l'ai-ance ; des yeux expressifs, un son de voix agréable, la faisaient remarquer tout d’abord. On ne pouvait dire qu'elle fût jolie, mais les agréments répandus sur toute sa personne pouvaient facilement lui tenir lieu des avantages qui loi manquaient. La nature l’avait douée d’un jugement excellent, et son esprit observateur la mit à même d’acquérir en peu de temps ce que sa première éducation n’avait pu lui donner. Après la mort de la comtesse de Buffon, au service de laquelle elle fut attachée, et qui la recommanda, en mourant, ù son mari, elle fut placée par Buffon à la tête de sa maison. Elle avait l’entière conûance de ce demier^et, soit à Montbard, soit au Jardin du Roi, elle seule s’occupait des intérêts domestiques. Tout le service était dirigé par Mlle Blesseau, et chaque matin elle rendait compte de ses dépenses de la veille. Dépositaire
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d'un» autorilé absolue sur le nombreux domeslique que nécessilait le train de maison de son maître, elle ne trahit jamais ses intérêts. Aussi était-elle généralement détestée des domestiques, qui ne la ménagèrent pas et dont les propos ont été si complaisamment recueillis par Hérault de Séchelles, par le chevalier Aude et d'autres auteurs contemporains qui ont écrit la Vie de BufTon. Mlle Blesseau, après la mort de son bienfaiteur, se retira à Montbard, dans la maison qu’elle tenait de sa générosité. Après avoir été durant quarante années à la tête d’une maison considérable et l’avoir administrée sans contrôle, elle se relira sans autre bien que la pension viagère que lui avait léguée BuCTon. i
Note 3, p. 120. — La Rose était le valet de chambre do confiance du comte de BufTon, qui l’avait donné à son fils pour son voyage. J'ai entre les mains un Journal exact tenu par La Rose des principaux événements du Jardin du Roi. On y trouve des anecdotes curiepses et quelques observations très-fines ; mais le style et l’orthographe en rendent la lecture difficile et la reproduction impossible.
Note 4, p. 120. — Tourlon était à la tête d’une maison de banque renommée alors pour l’importance de ses affaires et pour la solidité de son crédit. Il se fit connaître par les mémoires qu’il publia en 1787, lors du long procès auquel donnèrent lieu les affaires de Bourse, dans lesquelles furent tour à tour compromis le comte de Mirabeau et l’abbë d’Espagnac.
Note 5, p. 120. — On voit par celte observation de Buffon qu’il fallait, de son temps, quatre jours au moins pour aller à Strasbourg. Grâce à la merveilleuse invention des chemins de fer, on y va aujourd’hui en dix heures.
Note 6, p. 121. — Paul Petrovvitz et Marie Fœdérowna, grand-duc et grande-duchesse de Russie. Paul Petrovvitz, depuis empereur, était fils de Catherine II. Né le l'' octobre 1754, il fut marié en 1776 à Marie Fœdérowna, princesse, de Wurtemberg, morte le 15 novembre 1828. Couronné empereur et autocrate rie toutes les Russies à Moscou, le 7 novembre 1796, il monta sur le trône sous le nom de Paul !"■, régna cinq ans et mourut assassiné le 12 mars 1801. Alexandre, son fils aîné, lui succéda. L’impératrice Catherine passait pour ne pas aimer d’une affection bien tendre un fils dans lequel elle voyait son successeur. Pendant la plus grande partie de son règne, elle le tint éloigné de la cour. En 1782, il vint en France, avec la grande-duchesse, sa femme. Ils voyageaient sous le nom du comte et de la comtesse du Nord. Le 7 mars, ils arrivèrent à Lyon, où le duc et la duchesse de Wur-
lemberg, qui voyageaient sous le nom de comte et de comtesse de Justin, vinrent bientôt les rejoindre. Ils séjournèrent sept jours dans cette ville et la quittèrent pour se rendre à Dijon. Là, ils se séparèrent du duc et de la duchesse de VVurtemberg, et continuèrent seuls leur route vers Paris.