‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 84 sur 133 · CCLXXXIV · texte numérisé non relu

CCLXXXIV

Note 1, p. 123. — Baur, associé du banquier Tourton, était le frère (le Frédéric-Guillaume Baur, né en 1735, mort le 4 février 1783 lieutenant général au service de la Russie.

Note 2, p. 123. — Étienne-François Turgot, marquis de Soumont, né le 16 juin 1721, mort le 21 octobre 1789, brigadier des armées du roi, membre de l’Académie des sciences, était frère do contrôleur général et fut un des fondateurs de la Société d'agriculture. Il est encore connu par un projet de colonisation à Cayenne. Nommé gouverneur de la Guiane, il enrichit le Cabinet d’Histoire naturelle de plusieurs morceaux précieux. Buffon dit en parlant de lui : t M. le chevalier Turgot, gouverneur de la Guiane, est maintenant bien à portée de cultiver son goût pour l'histoire naturelle , et de nous enrichir non-seulement de ses dons , mais de ses lumières. >

Note 3, p. 123. — Le maréchal de Biron était possédé de l’amour des fleurs; ce fut la passion de sa vieillesse. 11 distinguait surtout la tulipe, nouvellement venue do Hollande, et dont certains sujets atteignirent vers ce temps à des prix fabuleux. Il avait converti les cours de l’Arsenal, qu’il habitait, en plates-bandes dans lesquelles il se plaisait à réunir les espèces les plus rares et les variétés les plus nouvelles de la fleur qu’il aimait. Lors de son voyage en Hollande, le jeune comte de Bufl'on rapporta' à son colonel une collection de tulipes choisies par le chevalier de La Harck qui s’y connaissait. Aucun présent ne pouvait sourire davantage au vieux maréchal, qui fut vivement touché de cette attention délicate; il sut bien, par la suite, le faire comprendre au jeune comte de Bufl'on, qui, à partir de ce jour, devint son favori.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Note 4, p. 123. — L’hôtel de Lévi, occupé par l'ambassadeur de Russie, avait été à l'avance préparé pour recevoir le comte et la comtesse du Nord. L’hôtel de l’ambassadeur était sur les boulevards, et à l’arrivée des illustres voyageurs une grande foule qui s'était portée au-devant d’eux cria : c Vivent M. le comte et Mme la comtesse du Nord ! » Le prince fil mettre ses chevaux au pas et répondit : t Braves Français, je suis pénétré de l’accueil obligeant que vous me faites, et je n’en perdrai jamais la mémoire. » L'empereur Paul l'f se souvint de l’espèce d’engagement qu’avait pris le comte du Nord , et il se montra favorable à la politique française dès que le gouvernement de la France prit une forme régulière. Napoléon 1" n’eut pas d’allié plus fidèle. Ceux qui attentèrent à la vie de Paul 1", voulurent le punir sans doute de son attachement à la France, ou plutôt de son admiration pour le génie d’un grand homme. Le 20 mai, le comte du Nord, accompagné du prince de Bariatihski, ambassadeur de Russie, fut présenléà Louis XVI. La comtesse du Nord ne vit pas le Roi, mais elle fut présentée aux princesses par Mme la comtesse de Vergennes, femme du ministre des affaires étrangères.

Note 5, p. 124. — Frédéric-Melchior, baron de Grimm, né le 26 décembre 1723, mort à Gotha le 19 décembre 1807, était alors ministre du duc de Saxe près la cour de France. Il était en même temps le correspondant littéraire de l’impératrice do Russie. Grimm connut peu Buffon ; les salons que fréquentait l’ami de Diderot ne furent jamais de ceux où paraissait habituellement Buffon. Grimm appartenait au parti de l'Encyclopwdie, et Buffon se tint soigneusement à l’écart de ce parti , non par crainte de diminuer son crédit à la cour, mais par antipathie pour tout ce qui ressemblait à une coterie. Je ne vois dans cette société qu’un seul homme vraiment lié avec Buffon : ce fut Helvétius, auquel il donnait un jour a Montbard, au sujet de son livre de l'Esprit, ce conseil sévère : Qu’il aurait bien dû faire un livre de moins et un bail de plus dans les fermes du Roi. Le jeune comte de Buffon partit pour Saint-Pétersbourg, châtié des commissions et des lettres de Grimm ; il profita des lettres, s'acquitta avec exactitude des commissions, et rendit la recommandation de son père inutile, en écrivant à Grimm plusieurs lettres qui lui valurent cette réponse :

« A Paris, le 25 septembre 1782.

c Je réponds bien tard, monsieur le comte, aux différentes lettres dont vous m’avez honoré Tlepuis votre départ; mais c’est mon sort de faire toujours à peu près banqueroute à mes correspondants , à force

uo

NOTES

d'en avoir. Voua êtes le commisaionnaire le plus exact qui existe sur U terre; car, lors même que vous avez remis vos paquets et rempli votre mission, vous daignez vous occuper encore do leur sort. Je suis bien charmé que le séjour de Pclersbourg vous plaise, et je vous prie de ne pas douter du grand et véritable intérêt que je prends à vos succès. L’im|iératricc m’a fait la grâce de me mander qu’elle vous avait traité comme le fils d’un homme célèbre, c'est-â-dire sans façon, en vous faisant dîner avec elle. Vous avez rempli votre première jeunesse d’une manière si brillante et si intéressante, que, lorsque vous serez à l'âge de M. votre père, les premières scènes de votre vie vous paraîtront un songe, et lorsque la postérité s’entretiendra des merveilles du règne de Catherine II, vous pourrez dire : « Et c moi aussi, j’ai été assis vis-à-vis d’elle; et je l'ai vue face à face, et c mes oreilles ont entendu le son de sa voix. * Cette destinée n’est pas commune. Ce qui ne l'est pas pon plus, c'est mon attachement pour vous et les sentiments distingués avec lesquels j’ai l'honneur d'être,

■Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

< Grimu.

t J'ose vous prier de présenter mes respects et hommages aux personnes qui m’ont conservé quelque part dans leur estime. »

(Tirée de la collection de M. Henri Nadault de Bulfon. )

Note 6, p. 124. — Je pense que le tableau emporté par le comte de BufTon à Saint-Pétersbourg devait être le portrait de son père peint par Boui'her. Avant l'année 1782, je vois figurer ce portrait sur plusieurs inventaires du mobilier du âlontbard; à partir do cette époque il n’y parait plus. Il était au resto naturel que Buffon envoyât son portrait à l’Impératrice ; elle avait commandé et payé son buste, et il ne voulait pas que son fils se présentât à la cour de tlussic sans mettre aux pieds de la czarine un témoignage de la reconnaissance de son père.

Note 7, p. 124. — I.’abbé du Rivet, proche parent de BulTon par sa mère, avait été revêtu d’un bénéfice dans le diocèse d’Autun ; l’évêque, tout en lui reconnaissant le titre que lui avait conféré la nomination du Roi, refusait de l'investir et no lui laissait toucher aucun des revenus de son abbaye. L’affaire fut portée devant le parlement de Dijon, et l’abbé du Rivet gagna son procès.

Note 8, p. 124. — Yves-Alexandre de' Marbeuf, né en 1732, fut évêque d’Autun le 22 février 1767 ; il passa à l’archevêché de Lyon

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ET ÉCLAIRCISSEMENTS

en 1788. Il avait remplacé sur le siépe d’Autun Nicolas de Rouillé, et eut, à son tour, pour successeur, l'abbé de Talleyrand, alors accusé, fort à tort, d'entretenir une intimité blâmable avec la comtesse de Buffon.

Note 1, p. 125. — A la lettre du jeune comte de BufTon le comte Finck de Finkenstein*, ministre des affaires étrangères et favori du Roi, répondit par la lettre suivante :

« Berlin, le 17 mai 1782.

« Monsieur le comte,

< Le Roi ayant vu , par la lettre que vous lui avez écrite, le désir que vous avez de lui faire votre cour, m’a chargé de vous dire qu’il dépendait de vous de vous rendre pour cet effet demain â Potsdam et de vous adresser au général comte de Gootz, qui a ordre de vous présenter à Sa Majesté. Je m’empresse, monsieur, de vous en informer et de vous assurer en même temps de la considération parfaite avec laquelle j'ai l’honneur d'être, monsieur le comte, votre très-hunihle et très-obéissant serviteur,.

c Comte Finck de Finkenstein. »

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buffon.)

Note 2, p. 125. — Le comte et la comtesse du Nord retournèrent au Jardin du Roi le 8 juin. Daubenton leur en fit les honneurs. Lors de leur première visite, ils étaient accompagnés do M. de Vergennes, et M. d’Angeviller, en sa qualité de survivancier de Buffon, alors absent, les avait reçus au pied du grand escalier.

Note 3, p. 126. — On trouve dans la délibération que prirent les États de la province au sujet de ce don patriotique, les paroles suivantes ; * Nous suivons l’exemple de nos prédécesseurs. Nous voulons donner aux yeux du pays et de l'Europe des marques éclatantes d’un zèle qui, dans tous les temps, fut un de nos plus beaux titres.

’ Charles-Guillaume Finck, comte de Finkenstein, né en 1714, fut ministre des affaires étrangères en 1749, et garda ce portefeuille pendant plus de cinquante ans. Confident et ami de Frédéric, le roi avait pris l’habitude de lui écrire chaque matin; il le consultait sur toute cho.se, et bien souvent sur les affaires de sa famille. Le comte de Finkenstein mourut le 3U janvier 1800.

NOTES

La Bourgogne est heureuse de pouvoir faire servir scs dons au soutien du la plus belle, de la plus noble cause qu’aient jamais défendue les armes françaises. > Les Élus de la province, voulant encourager les dons volontaires, souscrivirent en leur nom personnel pour une somme do cent mille livres.

Au début de la guerre, la Bourgogne avait déjà offert au Roi un vaisseau qui portait son nom. Le vaisseau la Bourgogne , monté par M. de Charité, prit une part glorieuse aux différents combats qui furent livrés dans les eaux de la Jamaïque, et les Etats votèrent des remerdments au commandant du vaisseau donné par la Province.

Note 4, p. 126. — La France et l'Espagne avaient tout disposé pour la conquête de la Jamaïque; le comte de Grasse, chargé de ravitailler les Iles françaises et la Martinique, était sorti de Brest avec trente-deux vaisseaux escortant un convoi de cent cinquante voiles. Sa mission remplie, il reprit la mer pour aller chercher l’escadre espagnole à Saint-Domingue, où devait s’opérer la jonction des deux flottes. Sa marche était embarrassée par un convoi qui portait des munitions destinées à l’attaque de la Jamaïque. Le 9 avril, il eut connaissance de la flotte anglaise, forte de trente-six vaisseaux et commandée par l’amiral Rodney, et le 12, le combat devint inévitable; l’action commença à huit heures du matin ; à six heures du soir, elle durait encore. Lesi Français perdirent dans ce combat sept vaisseaux de ligne; le vaisseau-amiral fut si maltraité qu’il coula à fond pendant la route, et ne put, malgré tout le désir qu’en avaient les vainqueurs, être ramené en Angleterre. Le comte de Grasse fut fait prisonnier. A Londres, on l’accueillit honorablement, on le surnomma le brave Français, et chacun voulut avoir son portrait. Au mois d’août 1782, il revint en France; le Roi, lui faisant un compliment équivoque, lui avait dit qu’il le rendait à la liberté dans l’espoir que l'Angleterre le verrait bientôt de nouveau à la tête des armées françaises. A Paris, il fut mal accueilli. La mode était alors de porter au cou de petites croix d’or enrichies de diamants; les cordons qui les attachaient étaient réunis par un cœur du même métal, on les nommait des Jeannettes; la mode vint de les porter sans cœur, et on les appela des Jeannettes à la Grasse. On chanta des couplets dans le genre de ceux-ci :

Rodney se vante beaucoup;

Pour cette fois passe ,

On peut lui pardonner tout Quand nous recevons ce coup De grâce, de grdee, de grice.

De Grasse.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 413

Pourtant ne faut que l’Anglais Redoublant d'audace,

Prenne en pitié le Français,

Qui ne demande jamais De grâce, de grâce, de grâce.

De Grasse.

Au vrai , tout n’est pas au pis Dans celte disgrâce :

Pleure ton vaisseau, Paris,

Hais notre amiral est pris....

Rends grâce, rends grâce, rends grâce.

Rends Grasse.

Pour que d’un si piteux cas La honte s’efface.

Que dans de nouveaux combats ^

L’ennemi ne trouve pas De grâce, de grâce, de grâce.

De Gras.se.

Le comte do Graâso, traduit devant un conseil de guerre réuni à Brest, fut acquitté.

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