NEUVIÈME MATINÉE
De la conduite dans le petit détail.
Voulez- vous apprendre à contenter tout le monde à peu de frais? en voici le secret : qu’il soit permis à tous vos sujets de vous écrire directement et de vous parler; et lorsque vous ferez réponse, ou écouterez, voici le style dont il faut que vous fassiez usage : < Si ce que vous me marquez est vrai, je vous rendrai justice; mais comptez aussi sur le zèle que j’ai toujours eu à punir la calomnie et le mensonge. Je suis votre roi, signé Frédéric. »
Si l’on vient pour se plaindre, écoutez avec attention, ou d’un air qui en suppose; que votre réponse soit surtout ferme et laconique. Deux lettres dans ce goût, et deux réponses faites ainsi, vous éviteront l’ennui des plaintes, et vous donneront dans vos États, et encore plus dans les cours étrangères, un air de simplicité et de détail qui fait la fortune des rois.
Je sais, mon cher neveu, que pour deux pareilles lettres, que les Il 38
NOTES
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Français m’ont prises en 1757, j’ai passé chez eux pour le roi le plus uni, le plus populaire et le plus équitable.
DIXIÈME matinée.
De rhabillement.
Si mon grand-père avait vécu vingt ans de plus, nous étions pendus, parce que les jours de sa naissance auraient mangé le royaume. Je ne porte jamais que mon habit d’uniforme; lo militaire croit que c’est pour le cas que je fais do son état, je le laisse dans cette idée; mais dans le fait, c’est pour prêcher l’exemple. Mon père a très-bien imaginé l’habit bleu pour 1e gala. Quand on n’est pas riche, et qu’on veut se bien mettre, il faut éviter le demi-galon.
ONZIÈME MATINÉE Des plaisirs.
L’amour est un dieu qui ne pardonne à personne; quand on résiste aux traits qu’il lance de bonne guerre, il se retourne; ainsi, croyezmoi, n’ayez pas la vanité de lui faire tète, il vous attrapera toujours. Quoique je n’aie point à me plaindre des tours qu’il m’ait joués, je vous conseille cependant de ne pas suivre mon exemple, cela pourrait, par la suite, tirer à de grandes conséquences; car, peu à peu, tous vos gouverneurs et tous vos ofQciers vivraient plutôt pour leurs plaisirs que pour votre gloire, et bientôt votre armée ferait comme le régiment de votre oncle Henry.
J’aurais aimé la chasse ; mais le compte du grand veneur de votre aïeul m’en a corrigé. Mon père m’a dit cent fois qu’il n’y avait que deux rois en Europe assez riches pour forcer le cerf, parce qu’il est indécent de chasser en gentilhomme quand on a une couronne sur la tète.
La nature m’a donné des penchants assez doux. J'aime la bonne chère, le vin, le café et les liqueurs; ceiiendant mes sujets croient qne je suis le prince du monde le plus sobre. Quand je mange en public, mon cuisinier allemand fait le dîner, je bois de la bière et deux ou trois verres de vin. Quand je suis dans mon petit appartement, mon cuisinier français fait tout ce qu’il peut pour me contenter, et j’avoue que je suis un peu difficile. Je suis près de mou lit, ce qui me console sur tout ce que je bois.
Les philosophes ont beau dire : les sens méritent bien qu’on leur donne deux heures par jour ; et, dans le fait, que ferait notre existence
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sans eux? Je jouis des plaisirs, mais je u’ai jamais pu m'accoutumer à perdre ; le jeu est le miroir de l'âme, ce qui ne fait pas tout à fait mon compte, parce que je ne suis pas curieux qu’on lise dans la mienne.
Ainsi, mon cher neveu, examinez-vous bien, et si vous n’avez pas un penchant décidé pour le jeu, vous pouvez jouer.
J’aime beaucoup le spectacle, surtout la musique ; mais je trouve qu’un opéra est bien cher, et le plaisir que je goûte à entendre une belle voix, un bon violon, serait bien plus vif s’il ne m’en coûtait pas tant d’argent. Comme personne ne se fait illusion sur cette dépense, j’ai fait tous mes efforts pour persuader qu’elle était nécessaire ; mais les vieux généraux n’ont jamais pu concevoir qu’un charlatan ou un musicien doivent avoir les mêmes appointements qu’eux.
Je fais connaître ici, mon cher neveu, l’homme à mes dépens; croyez qu’il est toujours livré à sa passion ; que l’amour-propre fait sa gloire; et que toutes ses vertus ne sont appuyées que sur son intérêt et sur son ambition. Voulez-vous passer pour sage , sachez vous contrefaire avec art.
DOUZlÉtlE MATINÉE.
De la politique (TÉtat.
La politique d’État se réduit à trois principes ; Le premier, à se conserver, et, suivant les circonstances, à s’agrandir ; — le deuxième, à ne s’allier que pour ses avantages; — et le troisième, à se faire craindre et respecter dans les temps même les plus fâcheux.
Premier principe. — En montant sur le trône, je visitai les coffres de mon père ; sa grande économie me mit dans le cas de concevoir de grands projets. Quelque temps après, je fis la revue de mes troupes ; je les trouvai superbes. Après celte revue, je retournai à mes coffres et j’en tirai de quoi doubler mon militaire.'
Comme je venais de doubler ma puissance, il n’était pas naturel que je me bornasse à conserver ce que j’avais; ainsi, je fus bientôt décidé à profiter do la première occasion qui se présenterait ; en attendant, j’exerçai bien mes troupes, et je fis tous mes efforts pour que toute l’Europe eût les yeux sur mes mouvements. Je les renouvelai chaque année, afin do paraître plus savant, et, enfin, je parvins à mon but.
J’étonnai la terre; toutes les puissances, tout le monde se crut perdu si on ne savait pas remuer les bras , la tête et les jambes à la prussienne. Tous mes soldats et mes officiers parurent valoir deux fuis plus, quand ils virent qu’on les imitait partout. Lorsque mes troupes eurent
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acquis ainsi un réel avantage sur toutes les autres, je ne fus plus occu^ qu'à examiner les prétentions que j'avais à former sur diverses provinces.
Quatre points principaux s'offrirent à mes yeux, la Silésie, la Prusse polonaise, la Gueldre hollandaise, et la Poméranie suédoise. Je me fixai à la Silésie, parce que cet objot méritait plus que tout autre mon attention, et que les circonstances' m’étaient plus favorables. Je laissai au temps le soin d'exécuter mes projets sur les autres parties.
Je no vous démontrerai point la validité do mes prétentions sur cette province ; je les ai fait établir par mes orateurs, la Reine les a fait combattre par les siens, et nous avons fini le procès à coups de sabre et de fusil.
Mais, pour revenir aux circonstances, voici comme elles se présentèrent : la Franco voulait ôter l'empire à la maison d'Autriche, je ne demandais pas mieux. La France voulait faire l'électeur de Bavière empereur, j’en étais charmé, parce qu’on ne pouvait le faire qu'aux dépens de la Reine. La France enfin conçut le noble projet d’aller aux portes de Vienne ; c’est où je les attendais pour m’emparer de la Silésie.
Ayez donc, mon cher neveu, do l’argent; donnez un air de supériorité à vos troupes, attendez les circonstances, et vous serez assuré, non pas de conserver vos États, mais de les agrandir.
Il y a de mauvais politiques qui prétendent qu’un État qui est arrivé à un certain point, ne doit plus penser à s’agrandir, parce que le système de l'équilibre a presque fixé à chaque puissance son coin. Je conviens que l'ambition de Louis XIV a failli coûter fort cher à la France, et je sais toute l’inquiétude que la mienne m'a donnée; mais je sais aussi que, dans les plus grands malheurs, la France donna une couronne et conserva les provinces conquises ; et vous venez de voir qu'au milieu de cette tempête furieuse qui me menaçait, je n’ai rien perdu: ainsi tout dépend de la circonstance et du courage de celui qui prend.
Vous ne sauriez croire en outre, mon cher neveu, combien il est important à un roi et à un État de s’écarter souvent des roules ordinaires. Ce n'est que par le merveilleux qu’on en impose et qu’on se fait un nom. L’équilibre est un mot qui a subjugué le monde entier, parce qu’on croyait qu’il offrait une possession constante ; mais dans le vrai, ce n’est qu’un mot.
L’Europe est une famille, où il y a trop de mauvais frères et de mauvais parents. Je dis plus, mon cher neveu; c’est en méprisant ce système que l’on voit en grand.
Voyez les Anglais, ils ont enchaîné la mer ; ce fier élément n’ose plus porter de vaisseaux qu’avec leur permission.
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Il résulte donc de tout ceci qu'il faut toujours tenter, et être bien persuadé que tout nous convient ; mais il faut seulement prendre garde de ne )>as afDcher avec vanité ses prétentions, et surtout nourrissez deux ou trois éloquents à votre cour, et laissez-leur le soin do vous justifier.
Dtuxi'eme principe. — S’allier pour son avantage. C’est une maxime d’État. 11 n'y a pas de puissance qui soit autorisée à la négliger; delà suit cette conséquence qu'il faut la rompre lorsqu'elle est préjudiciable.
Dans ma première guerre avec la Reine, j’abandonnai les Français à Prague, parce que j’y gagnais au marché la Silésie. Quand je les aurais conduits jusqu’à Paris, ils ne m’en auraient jamais donné autant. Quelques années après, je m’unis avec eux, parce que j’avais envie de tenter la conquête de la Bohème et que je voulais me ménager le succès. J’ai négligé celte nation pour m’approcher de celle qui m’offrait le plus de chance de réussite.
Quand la Prusse, mon cher neveu, aura fait fortune, elle pourra se donner un air de constance et de bonne foi, qui ne convient tout au plus qu'aux plus grands États et aux petits souverains.
Je vous ai dit, mon cher neveu, que prononcer le mol politique, dit presque cof/uinerie, et cela est vrai. Cependant vous trouverez sur cela des gens do bonne fui qui se sont fait de certains systèmes de probité. Ainsi vous pouvez tout hasarder avec vos ambassadeurs. J’en ai trouvé qui m’ont servi sur les toits, et qui, pour découvrir un mystère, auraient fouillé dans la poche d'un roi.
Attachez-vous surtout ceux qui ont le talent do s’exprimer en termes susceptibles d’un sens double et renversé. Vous ne ferez pas même mal d’avoir des serruriers et des médecins politiques ; ils pourront vous être quelquefois d'une grande utilité. Je connais par expérience tous les avantages qu’on peut en tirer.
Troisième principe. — Se faire craindre et respecter par ses voisins, c’est le comble de la grande politique. L’on peut parvenir à son but par deux moyens : le premier est d'avoir une force réelle; le second est de savoir bien employer celle qu'on a. Nous ne sommes point dans le premier cas ; voilà pourquoi je n’ai rien négligé pour être dans le second.
Il y a des puissances qui s’imaginent qu’une ambassade doit se faire toujours avec éclat. M. de Richelieu, à Vienne, ne servit cependant qu’à donner des travers aux Français, parce que les Autrichiens crurent toute la nation aussi musquée que celui qui la représentait.
Moi, je soutiens que c'est plus dans les façons nobles dont un ambassadeur fait parler son maître, que dans l’étalage de quelques équi-
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pages qu'on trouve la véritable considération. Cest pour cela que je na veux plus avoir d'ambassadeurs, mais bien des envoyés. D’ailleurs, le premier poste est trop difficile à remplir, parce qu’il faut un homme de très-grande condition, très-riche, et qui entende parfaitement la politique; au lieu que pour celui d'envoyé, le dernier avantage suffit.
En adoptant ce système, vous épargnerez chaque année des sommes considérables, et vous n’en ferez pss moins vos affaires.
Il y a cependant des occasions, mon cher neveu, où il faut représenter avec magnificence, comme lorsqu’il est question de rompre avec une cour, de faire une alliance, ou de s’unir par le sang. Mais les ambassades doivent toujours être regardées comme extraordinaires.
Pour en imposer à vos voisins , jetez dans vos actes le plus d’éclat que vous pourrez, et surtout que personne n’écrive dansvotre royaume que pour louer ce que vous ferez.
No demandez jamais faiblement, mais paraissez plutôt exiger. Si l’on vous manque, réservez votre vengeance jusqu’au moment où voua pourrez avoir une satisfaction complète, et surtout ne craignez pas que votre gloire en souffre; tant pis pour vos sujets sur qui cela tombera.
Mais voici le vrai point : il faut que tous vos voisins soient entièrement persuadés que vous ne doutsz do rien, et que rien ne peut vous étonner. Tâchez surtout de passer dans leur esprit pour une tête dangereuse, qui ne connaît d’autre principe que celui qui conduit à la gloire. Faites aussi en sorte qu’ils soient bien convaincus que vous aimeriez mieux perdre deux royaumes que de ne pas jouer on rôle dans la postérité.
Comme ces sentiments demandent des èmes peu communes , ils frappent, ils étourdissent la plupart des hommes, et c’est une idée qui constitue, dans le monde, le grand monarque. Quand un étranger vient à votre cour, combicz-le d’honnêtetés, et surtout tâchez de l’avoir auprès de vous; c’est le moyen sùr de bien cacher les vices de votre gouvernement. Si c’est un militaire, faites manœuvrer devant lui le régiment des Gardes, et quo ce soit vous qui le commandiez. Si c’est un bel esprit qui ait composé un ouvrage, qu’il l’aperçoive sur votre table. Si c’est un commerçant, écoutez-le avec bonté, caressez-le, et tâchez do le fixer chez vous.
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Note 1, p. 136. — Le 27 mai, le comte-el la comtesse du Nord assistèrent à une séance de l’Académie française. i M. de La Harpe lut
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une pièce de vers adressée à M. le comte du Nord, où il le compare assez gauchement au czar, avec lequel il n’a rien de commun que ses voyages. M. l’abbé Arnaud lut ensuite un portrait de Jules-César, où le comte du Nord se reconnut encore moins. EnGn, M. de La Harpe reprit la parole et débita son épltre à M. le comte de ScbowalofT sur la poésie descriptive, pièce déjà connue, mais changée et améliorée, qu'on trouva un peu pédanleeque pour la circonstance. Les deux voyaeeurs prirent plus de plaisir à contempler les divers portraits des Académiciens. L’Académie proGta de l’à-propos pour leur demander le leur, ce qu’ils ont bien voulu promettre. Il sera joint à ceux de la reine Christine , du roi de Suède et du roi de Danemark, possédés par cette compagnie.... » (Grimm, Corrtspondanc* littéraire.)
Après la séance, d’Alembert présenta au grand-duc et à la grandeduchesse les académiciens présents. Quand arriva le tour de .Valesherbes , depuis plusieurs années retiré des affaires, le comte du Nord lui tendit la main en disant : t C’est apparemment ici que monsieur s’est retiré. »
La Harpe, en rendant compte de cette séance, s’exprime ainsi : c Ils parlent notre langue avec facilité et avec grâce; vous pourrez en juger par celle phrase de la comtesse du Nord, que je rapporte sans y changer un seul mot. Le jour qu'elle nous a fait l'honneur de venir à une séance de l’Académie, elle a demandé si M. deBuffon était à Paris, et sur ce qu’on lui ditqu'il était dans ses terres : c J’irai donc, « a-l-elledit, faire la cour à son Cabinet, ne pouvant pas la faire à luic même. » Une femme d'esprit de la cour de France ne s’exprimerait pas plus ingénieusement, s (Correspondance fit/éroire.) La Harpe, en sa qualité de correspondant littéraire du prince, crut de son devoir, durant son séjour à Paris, do se présenter presque chaque matin à sa porte, a M. de La Harpe, disait le comte du Nord, est déjà venu me voir cinq fois, et je l’ai reçu trois; j’espère qu’il ne sera pas mécontent. *
Un jour, comme on lui proposait de le faire assister à une lecture du Mariage de Figaro : t Je n’ose cependant pas accepter, dit-il fort gaiement, sans avoir entendu celle que doit me faire M. de La Harpe ; il ne faut pas risquer de se brouiller avec les grandes puissances. » Diderot, qui n’avait pu le voir, alla l'attendre à la messe, t Vous ici I lui dit le grand-duc en sortant. — Oui, monsieur le comte, répondit le philosophe, on a bien vu quelquefois Épicure au pied des autels. >
Note 2, p. 136. — Necker avait acheté du prince de Soubise le château de Saint-Ouen, qu’il aimait à habiter pour se reposer des agitations de la vie publique. Mme de Staël , sa fille, s’y i-elira dans le
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temps de sa disgrâce. BiiGTod, pendant le court séjour qu’il faisait chaque année au Jardin du Roi , y allait dîner une ou deux fois par semaine. Au mois de juillet 1782, Necker, qui venait de quitter le contrôle général, y vivait dans une retraite absolue, entre sa femme et sa fille. comte et la comtesse du Nord, sans avoir prévenu do leur visite, vinrent surprendre un jour le ministre disgracié. La veille ils avaient visité l'hospice de la Charité, fondé par Mme Necker sur la paroisse Sainl- Sulpice. Le grand-duc et la grande-duchesse furent remplis des attentions les plus délicates pour leurs hôtes, à ce point que Mlle Necker, attendrie par le spectacle des bontés dont elle voyait combler son père et sa mère par ces nobles visiteurs, se mit à fondre en larmes, c Ma fille, dit alors Mme Necker, ose seule exprimer toute la sensibilité que nous inspirent les bontés de M. le comte et de Mme la comtesse. — Les boitlés, madame ! reprit le comte du Nord ; ah I ce n'est pas le mot ; dites, je vous prie, ma vénération pour M. Necker. «
Note 1, p. 137. — Le comte de Barruel, capitaine de dragons, avait signé de son nom une critique du poème des Jardins de l'abbé.Delille, publiée au mois d’aoôt 1782, sous ce titre : Lettre de AI. le président de.... à M. le comte de.... Le véritable auteur de cette critique était Rivarol.
< De toutes les critiques du poème des Jardin.*, la plus amère, la plus injuste peut-être, mais aussi la plus piquante, dit Grimm dans sa Correspondance littéraire, est une Lettre de M. le président de.... à Af. le comte de.... Elle est d'un jeune homme qui s’est fait appeler longtemps M. de Parcieux, etqui, n’ayant pu prouver le droit qu’il avait de porter ce nom, s’en est vengé fort noblement, en prenant celui du chevalier de Rivarol, lequel, dit-on, ne lui appartient pas mieux, mais dont il faut espérer qu’il voudra bien se contenter, tant qu’on ne l'obligera pas à en chercher un autre. »
On fit sur le comte de Barruel l'épigramme suivante :
Débonnaire en champ clos, brave sur l’Hélicon,
Quand Virgile est abbé, Hævius est dragon.
Quelques années après cette première critique du poème des Jardins, une pièce deM. Landrin ayant pour titre : Ésopeà la foire, \oaée sur le théâtre des Variétés amusantes, et dans laquelle le poème est loué outre mesure, inspira de nouveau la verve de l’auteur de la Lettre d’un présidenlà un comte. Cette seconde critique piqua vivement l'abbé
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Delille, qui dit en pleine Académie qu’il n’avait tenu qu’à lui d’avoir une lettre de cachet contre l'auteur. Rivarol, auquel le propos fut rapporté, écrivit à l’abbé, pour le remercier de sa clémence, et lui envoya en même temps une nouvelle satire. Elle fut imprimée sous ce titre: Dialogue du chou tt du navel ■ La censure y fit de nombreux retranchements, et le Courrier de l'Europe (n° XII, vol. 12) est la seule feuille qui l’ait reproduite sans y rien changer.
Note 2, p. 137. — L’abbé Delille, sur lequel on trouvera ci-après quelques détails. (Yoy . la note 8 de la lettre ccxciii, p. 448.)
Note 1, p. 138. — € M. de Buffon, dit Mme Necker, pense mieux et plus facilement dans la grande élévation de sa tour à Montbard, où l’air est plus pur; c’est une observation qu’il a faite souvent, t {Mélanges, t. III, p. 100.)
Note 2, p. 138. — Le cabinet d’étude de Buffon était placé au sommet de la dernière terrasse de ses jardins. Il était construit sur une ancienne tour, dernier vestige de l’enceinte fortifiée du château. C’était un cabinet bien simple, en effet, et dont la grande simplicité fait un étrange contraste avec les belles pages qui y furent écrites. L’inventaire dressé à Montbard , par les soins de Mlle Blesseau , lors de la mort de son maître , et dont nous avons précédemment donné un extrait, nous a conservé le détail de l’ameublement intérieur de cette modeste retraite dans laquelle Buffon composa tous ses écrits, et qui fut saluée par le prince Henri do Prusse du nom de berceau de VHistoire naturelle.