‹ Correspondance inédite de ColléChapitre 36 sur 100 · LETTRE XXXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXV

A Paris, ce 22 janvier 1780.

Vous m'avez écrit, mon cher fils, une Jettre fort tendre ; et votre père les aime ^ à cette sauce-là. C'est aussi celle que ma femme préfère. Elle me charge de vous foire mille et mille amitiés; elle se regarde aussi comme un peu votre mère , et nous avons tous deux pour vous les sentiments affectueux de la paternité et de la maternité. Nous vous avons donné la meilleure éducation qu'il nous a été possible. Continuez de nous foire honneur. Con-> servez toujours votre probité, dans ce siècle où l'intérêt est devenu la loi unique de nos gredins de philosophes, loi qui est religieusement observée, surtout par les gens de votre métier. Faites vos efforts pour joindre à cela toutes les qualités aimables; vous le pouvez : on peut tout ce qu'on veut fortement. Voilà, mon petit parent, les exhortations de ceux qui voudraient être vos grands parents.

Vous devez avoir déjà reçu dans votre province l'arrêt de règlement du 9 janvier 1780, concernant les fermes et les régies du roi. Vous y verrez vos généraux réduits à un très-petit pied ; les grands officiers de la ferme et les soldats s'en ressentiront. C'est une matière à vos justes réflexions. Il vous fout, phis que jamais, avoir

* Collé avait pris ce titre depuis la mort du père du jeune homme.

recours à une sage économie. Je vous la recommande. G*est une vertu qui en engendre bien d'autres; c'est elle qui fait la tranquillité, la douceur et le bonheur de la vie. L'économie fait qu'on trouve tout en soi et que l'on s'épargne les intrigues, les courbettes et tout le menu fretin de bassesses qu'emploient ceux qui se font de grands besoins et qui ne jurent que par ces mots : Faire fortune! Vous êtes bien éloigné, par votre caractère, de cette vile ambition; je voudrais que vous le fussiez autant de la dépense. Je ne vous dis pas d'être avare. Un moraliste païen , auquel vous avez foi , vous a dit : a Est modus in rébus , etc. » Mettez en pratique l'adage de cet ancien prédicateur du bon sens.

Je vous ai prévenu , mon cher ami , et je vous préviendrai toujours sur les démarches qui dépendront de moi et qui pourraient vous être utiles. J'ai vu les Saint- Ami^nd, les Puissant, les Ladiant, et mon amitié pour vous m'a inspiré ce que j'avais à leur dire. J'ai vu avec plaisir qu'ils pensaient de vous tout le bien que je leur en disais. Que mon secret, que je vous confie ici, ne vous fasse pas devenir trop confiant, et vous arrête sur le travail. Ne cessez point d'acquérir de nouvelles connaissances. Je ne veux pas vous gâter, et que mes louanges vous amènent à n'être qu'un fat; entendezvous, mon petit maraud? Soyez toute la vie en garde contre l'amour-propre.

Si votre emploi n'est pas aussi fort que vous le pensiez d'abord, du moins en êtes-vous dédommagé par les agréments que vous me dites avoir trouvés dans votre

petite ville. Gela vaut mieux que de l'argent. Quoique vous soyez dans le chemin de la finance, je vous exhorte à ne faire toujours de l'or que le cas qu'il mérite. Gardez-vous curieusement que la soif ne vous en prenne en grandissant; jamais vous ne pourriez vous désaltérer. Faites nos compliments les phis tendres à M. du Mirât, et dites-lui notre satisfaction de le savoir dans une ville aussi ag^'éable que la sienne.

Je vous ai assez parlé de vous, mon ami; je crois qu'il faut à présent vous parler de moi : car vous savez aussi bien que moi qu'un égoïsme réciproque fait le fond de toutes les lettres passées, présentes et à venir. Cela posé, ou supposé, et ne sachant plus que faire de mon temps, je vais en perdre en vous disant que j'égaye encore, le plus que je peux, la fin de ma vie. J'ai barbouillé, en décembre, un vaudeville qui probablement sera le dernier que je barbouillerai. Il me passe par la tête de vous l'envoyer, et je cède a ce premier mouvement, qui a bien son côté ridicule. Au reste, pourquoi ne vous l'adresseraisje pas? Je l'ai bien adressé à Mgr le duc d'Orléans, qui était alors à la campagne, et que j'aime bien moins que vous, quoique je le respecte davantage. Je lui marquais que le fond de ce vaudeville ëtaît si abondant, que le produit net d'icelui devait rendre au moins cinq mille couplets; que je n'en avais fait que cinq, et que je suppliais Son Altesse Sérénissime de faire faire les autres par de plus jeunes gens que moi.

Ce vaudeville est sur l'air : Cela reviendra, ou : Ma

raison allait faire naufrage , qui se trouve dans un opëra de Lulli.

LES DIFFÉRENCES DES CARACTÈRES MIS Ear OPPOSITION.

ESSAI DE VALDEVILLE.

PBEMItS COUPLKT.

Rose est une bonne créature ;

Sans esprit , pleine de bonne foi , Bose s'ignore : elle a l'âme si pure Qu'elle a rempli le vora de la nature , Sans savoir pourquoi.

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