A FAVART
Vous avez ranime une pauvre malade, mon cher ami. J'ai lu votre pièce à ma femme, qui l'a trouvée charmante, et qui, de son lit où elle est gttée, me charge de vous en faire mille compliments, et des remerciments de votre complaisance.
Elle aura le plus grand succès. Nous voudrions pourtant que vous eussiez trouve le moyen d'établir et de fondre davantage le caractère de la marquise. Nous y avons aussi trouvé quelques longueurs dans des endroits différents, notamment dans celui de la Paix. Je sais bien que vous avez vos ordres là-dessus ; mais ceux qui vous les donnent ne porteront pas l'improbation pour vous.
Vous avez, d'un autre côté, fait, à notre avis, un retranchement qui est nécessaire à l'inteUigence du dénoûment; ce sont ces vers que Sudmer dit :
J'entends; en pareil cas
Cela ne se dit point , jamais ; cela se pense. Mon rhal doit, au fond, avoir la préférence.
Il est de toute nécessité de rétablir ce dernier vers ; sans quoi vous courrez risque de n'être point entendu, du moins à ce que je crois.
Recommandez bien , au reste, aux répétitions, à l'ac-
teur qui sera chargé du rôle de Milord, de Vadoucir le plus qu'il lui sera possible, bien loin de le pousser où il peut aller. Je pense qu'il serait d'une dureté insoutenable et révoltante. Qu'il ne manque pas de jouer en plaisanterie sérieuse tous les endroits qui en seront susceptibles.
Au surplus, c'est amitié, ce n'est point amonr-propre qui me fait vous donner ces conseils que je crois la vérité; mais ce ne l'est peut-être pas, ce n'est qu'à un maître comme vous et à un galant hoomie comme vous êtes que l'on peut parler franc ; et c'est là la plus grande marque d'estime que puisse vous donner un servileiu^ et im ami comme moi.
LETTRE LVL