‹ Correspondance inédite de ColléChapitre 66 sur 100 · A PRÉVILLE, DE LA COMÉDIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A PRÉVILLE, DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

(Choisy-le-Roy), ce 5 juillet 1778.

Je suis bien reconnaissant. Monsieur, de la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire le 3 du courant. Je suis aussi très-sensible au souvenir de madame Préville, que je croyais une amante oublieuse et ingrate '.

* Boileau,.^rf poétique, chap. m.

^ Né eu I72I et mort en 1800, Pi*éville est un des meilleurs acteurs que la Comédie française ait eus dans les rôles de financiers et de valets. D'après les Mémoires de BachaU" mont: u il était acteur jusqu'au bout des doi^; ses moindres n gestes faisaient épigramme; il chargeait avec tout Tesprit » possible : c'était le Callot du théâtre, n II fut d'ailleurs membre associé de l'Institut.

' Madeleine-Angélique-Michelle Drouin, excellente actrice du Théâtre-Frinçais; Préville en eut un fils et deux filles.

Je vous prie de l'assurer vous-même, Monsieur (cela est bien fort), de ma vieille fidélité, et de lui présenter mes amoureux et languissants hommages.

Quant à la Partie de chasse de Henri IV ' , Monsieur, mon intention est d'en laisser aller les représentations tant qu'elles pourront aller. Je ne serai pas fâché qu'elle tombe dans les règles ' et qu'elle appartienne à la Comédie. On la remise avec de si bonnes pièces et tant d'avantage pour moi, que je dois désirer qu'elle y trouve le sien.

Les reprises futures. Monsieur, ne peuvent guère me

' Comédie en trois actes et en prose, de Collé, jouée pour la première fois en 1766.

^ Aux termes des règlements, quand une comédie cessait d'atteindre deux fois de suite ou trois fois séparément un certain chiffre (500 francs pour les pièces en cinq actes, 300 francs pour celles en un acte), elle était déclarée tombée dans les régies. Dès lofs on cessait de la jouer, et Fauteur n'y pouvait plus rien prétendre. Comme on le pense, cette clause était un véritable nid à conflits, une cause incessante de récriminations entre les comédiens et les auteurs. Ceux-ci se plai* gnaient que les comédiens s'arrangeaient de manière à faire tomber leurs pièces, et les comédiens répondaient qu'elles étaient mauvaises , etc. Lettres historiques sur tous les spectacles de Paris. M, DCCXIX. Nous sommes redevable de la substance de cette note à l'obligeance personnelle de M. Hippolyte Lucas, écrivain aussi ingénieux que judicieux critique, et dont l'autorité sur la matière est depuis longtemps établie. Son Histoire philosophique et littéraire du ThéâtrC'Français , qui vient d'être réimprimée en Belgique, est sans contredit l'ouvrage le plus remarquable qui ait été publié dans l'objet, tant pour la méthode et la justesse des vues, que pour les rares qualités du style.

toucher. Je suis vieux , je passe la moitié de ma vie a la cstmpa^e, et je ne suis plus de ce monde. Je re{]^arde d'ailleurs ce que vous appelez ma gloire conune un enfantiUage dans lequel je n'ai jamais trop donné. Je ne ressemble point du tout au curé de village qui se flattait que le bruit que faisaient ses sermons était porté jusqu'au bout de l'univers. Je me suis toujours rendu la justice de croire que j'étais un point imperceptible dans la tittérature.

Je vous fais tous mes remercîments , Monsieur, et je suis, avec le plus véritable attachement, votre, etc.

Malgré votre avis, Monsieur, j'ai mieux aimé vous adresser ma lettre qu'à votre compagnie, où je ne connais presque plus personne. Je vous prie cependant de lui en faire part.

Et au dos : A Monsieur Préville, comédien ordinaire du roi, en sa maison, grande rue du faubourg Saint- Martin, près la barrière, à Paris. Cette suscription porte le timbre de Choisy^le-Roi. ,

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