DES OEUVRES POSTHUMES DE COLLÉ
» chaque pièce, à' examen de son plan et des caractères, » comme je Tai fait pour OEdipe et pour Zaïre. »
Grâce à cette détermination , Voltaire Ta échappé belle : car cet examen était, comme on le présume, une espèce d'aggravation, c'est-à-dire une critique nouvelle entée sur une première critique, celle des Commentaires. An surplus, en écrivant ceux-ci, Collé , suivant ses pro* près expressions, a eu « pour unique ohjet la vengeance 9 de Corneille. Je voudrais la voir en de meilleures mains » qne les miennes, ajoute-t-il. Je sais très-bien que je V n'ai pas les moyens suffisants pour rendre cette venm geance complète ; mais mon indignation violente 9 contre son inique commentateur me tiendra lieu de « verve et suppléera à ma fieithlesse. «
Nous nous rappelons bien que Juvénal a dit : Si natura negat, facit indignatio versum; mais il n'a pas dit que l'indignation enfantait la bonne prose, et surtout la bonne critiqiie. Or , la passion emporte Collé : il se montre trop prévenu contre Voltaire ; toutefois, on trouve quelques passages où il lui rend justice; mais, en général, ses appréciations respirent la colère ou le parti pris ; et si nous reprochons à Voltaire d'avoir osé porter la main sur les œurres immortelles du grand Corneille, nous refusons notre approbation à Collé pour s'être permis de vouloir venger celui qui n'avait pas besoin de défenseur.
En attaquant Corneille, Voltaire a conmiis une profanation; en attaquant Voltaire, Collé a fait acte despiéglerie.
Par ce motif, nous avons extrait du premier volume^ dont nous nous occupons, la Préface des Commeniaires, qui n'a jamais été imprimée, de même que deux Critiques également inédites, l'une sur Olympie^ tragédie de Toi» taire, l'autre sur sa comédie Le Droit du seigneur.
Quant au second volume, nous lui avons emprunté trois compositions de ton difierent, mais également intéressantes. Ce volume comprend, comme nous l'avons dit, les Parades et les Tragédies pour rire. Quelques-unes de ces pièces, qui sont en général d'une excessive liberté de situation et de langage, ont paru dans le Théâtre des Boulevards '. De son côté, M. F. Barrière a inséré dans son charmant volume intitulé La Cour et la Ville ^j une des parades qui étaient restées inédites, Les deux Gilles; mais il s'est arrêté à cette exhibition *. Nous imitons d'autant plus volontiers la discrétion de M. Barrière, qne
* Théâtre des Boulevards ^ ou Recueil de parades; liabon, de rimprimerie de Gilles Langlois, à l'enseigne de Y Etrillé, \1o6, 3 vol. in-12. — Voir p. 305 et 3ai, où Collé fournit des détails curieux sur la publication de ce Recueil , déjà cité.
' La Cour et la YiUe sous Louis XJY, ou révélations historiques tirées de manuscrits inédits <, par Barrière; Paris, 1830, 1 vol. in-8».
' Quand on pense que toutes ces gaietés hardies étaient jouées en présence des belles dames de Tancienne cour,, qui y prenaient goût et y applaudissaient! Il est vrai que, d'après Diielos, tt les femmes honnêtes peuvent tout entendre, v ce qui fit dire un jour à une petite comtesse devant laquelle il racontait, eu termes peu voilés, une anecdote des plus décolletées : « Ah! monsieur Duclos, vous nous prenez pour de trop honnêtes femmes. »