DON GUSMAN, ALZIRE
GUSHÂN.
J'ai sujet de me plaindre Que l'on oppose encore à mes empressements * L'offensante lenteur de ces retardements. J'ai suspendu ma loi, prête à punir l'audace De tous ces ennemis dont vous vouliez la grâce. Ils sont en liberté; mais j'aurais à rougir Si ce faible service eût pu vous attendrir. J'attendais encor moins de mon pouvoir suprême; Je voulais vous devoir à ma flamme, à vous-même,
* Le début de Gusman avec Alzire est singulier. Cest Vamimt bourru. On ne saurait être plus dur, plus haut, plus grossier et moins Espagnol que Test Gusman. Il manque de civilité au point d'adresser la parole à Alzire sans l'appeler Princesse ou Madame. Je défie que dans aucune tragédie on puisse me montrer un seul exemple d'une telle impolitesse. Cela est d'autant pins étrange que le vers se trouve fait en àumt la cheville eneor et en y substituant Madame :
. . . • • . J*ai mjet de me plaindre, Madamty yu'on oppose k mes empressements ^ etc.
Et je ne pensais pas, dans mes vœux satisfaits, Que ma félicité vous coûtât des regrets.
ALZIRE
Que puisse seulement la colère céleste Ne pas rendre ce jour à tous les deux funeste ! . Vous voyez que l'effiroi me trouble et me confond. Il parie dans mes yeux, il est peint sur mon firont : Tel est mon caractère, et jamais mon visage N'a de mon cœur encor démenti le langage. Qui peut se déguiser pourrait trahir sa foi : C'est un art de l'Europe : il n'est pas fait pour moi.
GUSMAN
Je vois votre franchise, et je sais que Zamore Vit dans votre mémoire et vous est cher encore. Ce cacique obstiné, vaincu dans les combats. S'arme encor contre moi de la nuit du trépas. Vivant, je l'ai dompté; mort, doit-il être à craindre? Cessez de m'ofFenser et cessez de le plaindre : Votre devoir, mon nom, mon cœur, en sont blessés; Et ce cœur est jaloux des pleurs que vous versez.
ALZlRE.
Ayez moins de colère et moins de jalousie *. Un rival au tombeau doit causer peu d'envie.
' Ayez moins de colère et moins de jalousie.
Le caractère de Gusman , qui devrait êtxe dans le grand et dans l'extraordinaire, comme celui de Cortës, est dans une nature désagréable et odieuse. C'est un homme jaloux par
Je Faimaly je Favouey et tel fut mon devoir. De ce monde opprimé Zamore était l'espoir. Sa foi me fut promise; il eut pour moi des charmes l Il m'aima : son trépas me coûte encor des larmes. Vous, loin d'oser ici condamner ma douleur, Jugez de m'a constance et connaissez mon cœur, Et, quittant avec moi cette fierté cruelle. Méritez, s'il se peut, un cœur aussi fidèle.
{Elle sort.)
or(pieiI et non par amour. Son amour n'est point passionné : il n'est que dur et brutal. C'est une espèce de Sganarelle tragique. Aussi la parodie des Italiens ne manque-t-elle pas de faire dire à Âlzire :
Le contraste à mes yeux parait original : Le sauvage est galant et l'Espagnol brutal.