LETTRE XVIII
. Ce 4 août 1776.
J'ai reçu, mon cher fils, votre lettre tardive du 28 juillet. Je n'ai pas perdu pour attendre, et j'en suis très-content. Votre métaphysique sur la vertu- est spirituelle et sensée, mais ce que j'en estime le plus, c'est qu'elle est sentie et qu'elle respire les bonnes moeurs. Je ne m'étendrai pas beaucoup aujourd'hui sur cet objet, parce que je compte m'en entretenir avec vous bientôt. Autant que je puis m'en souvenir, MM. Puissant et de Saint-Amand m'ont dit que vous seriez à Paris cet automne. Je m'étonne que vous me parliez de cet hiver, et que vous n'ayez pas écrit pour presser à ce sujet M. Puissant, de qui cela dépend. Oserai-je, à cet égard, vous reprocher un peu de négligence, ou du moins d'indolence?
Mon amitié vous souhaite ici, mon cher enfant. Je suis vieux , et je n'ai que ce temps de votre résidence à Paris pour y voir un homme que j'estime et que j'aime plus que jamais. Je désirerais même que vous fussiez placé dans la grande ville au commencement d'octobre. Je vous tiendrais quelques jours , pendant des fêtes ^ , à
* C'est-à-dire pendant les jours de congé, que Collé appelle, dans la lettre suivante, \e% jours fériés du jeune homme. Du reste, ce projet ne se réalisa pas. M. de V** ne fut point appelé dans les bureaux de Paris; il continua de rester en province.
la maison de campagne de Grignon , que feu l'abbé de Gouffier a léguée à ma femme et à sa sœur, comme je vous l'ai dit ; du moins , je vous verrais à Paris tous les jours : car je compte bien que vous regarderiez ma maison comme la vôtre.
Le bien que j'ai dit de vous, mon ami, à monsieur votre oncle, ne doit que vous encourager au mieux* Dirigez votre amour-propre comme nous l'avons dit, et que mon encens ne vous eiitéte pas. Au reste, je me méprends : oe n'est point encens, c'est le pur sentiment qui m'a fait parler ainsi à monsi^ir votre oncle. Écrire longtemps me fatigue, depuis ma convalescence. Ainsi, ne m'en veuillez pas d'avoir aujourd'hui affaire à
Pépin le Bref.
C'est ainsi que je signe celle-ci.