LETTRE XXVIII
A Paris, le 25 mai 1779.
La convalesoeuce de ma femme, monsieur et cher cousin, a été et est enoore contredite et chicanée par des mouvements et des crispations de nerfs qui commencent pourtant à se re^cher un peu. L'air de la campagne achèvera le reste. Nous comptons y être dans quelques jours. Elle me charge, mon jeune monsieur, de vous faire miUe amitiés et des compliments pour monsieur votre père, le mondain, et votre saint homme d'oncle, surnommé le téméraire. Vous ne me parlez ni de l'un ni de l'autre dans votre lettre écourtée : ce qui ne vous fait pas honneur.
Je vois, mon petit docteur, que vous faites une consultation pour votre papa , et que vous vous adressez à ma femme et à moi comme à deux médecins. Il y a du bon dans cette démarche ; mais vous auriez pu l'accom-
paginer de quelque souvenir de nous un peu plus tendre que des détails d'une consultation toute simple. Quoi qu'il en soit, préoccupé comme vous Tètes de craintes peu fondées sur la santé de monsieur votre père, laquelle vous cause de l'inquiétude comme à lui, vous devez oublier les autres. Ne prenez point ceci, mon ami, pour des reproches sérieux, mais badins; et vous ferez bien.
Quant aux douleurs de côté que votre papa éprouve depuis quatre mois, le conseil soussigné, d'après l'exposé que vous nous en avez fait, et sur ce que vous assurez que le médecin (qui l'a probablement tâté) prononce qu'il n'y a point d'engorgement au foie; que, de plus, le malade est sans fièvre, a bon appétit et bon sommeil, DÉGIDE que cette douleur est une affection rhumatismale qui doit se dissiper petit à petit par un régime suivi et des choses rafraîchissantes qui détendent les nerfs. C'est k cette curation, déjà bien avancée, que ma femme tra* vaille encore actuellement pour elle. Mais il faut de la patience ; et je crains que le papa ne soit de ces gens auxquels la patience donne de l'impatience.
Après la lecture de cette ordonnance , mon ami , embrassez-moi bien cordialement votre père et votre oncle pour moi. Dites-leur que je les aime, ainsi que leur fil^ et neveu.