‹ Correspondance inédite de Collé faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 39 sur 110 · DEUXIÈME COUPLET. DEUXIÈME COUPLET · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COUPLET. DEUXIÈME COUPLET

Lucinde a toute une autre tournure ; Mais Brigitte a toutes les croyances :

Son caprice est son unique loi : Il faudrait qu'on éclairât sa foi.

On lui voit prendre un fat , à l'aventure , Elle croit aux agnus , aux indtfigences ,

Un intendant ou quelque autre figure , A son pape infaillible , à ses dispenses , Sans savoir pourquoi. Sans savoir pourqsoi. .

DEBHIBl GOUPLRT.

Sait-on ce qu'on fait dans cette ville?

Non, ma foi!- Moi tout le premier, mot. J'essaye encore, et d'une main débile, A soixante et d^ ans un vaudeville, Sans savoir pourquoi.

Nota, Ces couplets accouplés font une forme nouvelle de vaudeville.

Comine, à votre âge, mon cher jeune homme, on n'a pas la main débile en matière de galanterie, vous n'avez pas dû être surpris que d'avance je vous aie fait une petite homélie sur le mariage. Assez souvent la galanterie y conduit, et c'est ce que l'intérêt que je prends à vous me fait craindre. Ce sont des frayeurs de précaution que m'inspire l'amitié que j'ai pour vous. Que le

Seigneur" rous maintienne dans \eê bonnes di^posîtiond où Toas été» à cet éQwrd, Vous ifte marqftiez que Totis n'y songe2 point du tout, et que vos nfFaires ne sont pas assez avancées pour y penser encore* Rien de pins raisonnable. Il tons faut une bonne direction ; je dis bonnes pour faire ce grand Saut-là. Quo circa iHvite fortes *

Je m'arrête là, et je vous donne, pour vos étrennes, ce mélange de raidon et de folie , de morale et de radotage ^ en désirant qu'au moins ce sahnigondis vous

amuse iT

Dixi.

LETTRE XXXVL

A Paris, ce 17 février 1780.

Vraiment, mon cher enfant, comme je n'di phis rien à vous qjpprwodre dans mes lettres, c'est bien raison qu'elles votis amusent un peu. Je vous ai assez bourré de morale depuis que je vous connais; il est jnste de voQs^ en dédommager par de» cboses moins sèches et plus agréables.

Si Vffns avez été content de ma defhière, je lie l'ai pas moms été de la vôtre. L'amitié qne vous nous marquez , à ma femme et à moi , nous satisfiadt pour notre vafde *. J'en suis content, par rapport à vous, parce que

' Terme de jeu, mise; intérêt que chacun a dans une affaire. »

je vois que vous avez tous ]es sentiments que je vous désirais. Ces sentiments feront votre bonheur, et consolideront à jamais votre probité. Votre modération dans le changement de votre fortune, tout ce que vous me marquez à ce sujet m'a fait le plus grand plaisir. Gela est pensé, senti et exprimé on ne peut mieux. Ce qui me pénètre de la joie la plus tendre dans l'expression de vos sentiments, c'est d'y voir l'assurance presque certaine de votre bonheur présent et futur. Vous avez les passions douces et de la raison ; elle sera de plus en plus éclairée par l'expérience et par les belles-lettres que vous n'abandonnerez pas, comme un Turcaret que vous n'êtes pas. Vous ferez votre félicité, si le diable ne s'en mêle. On doit craindre toujours ce monsieur-là. Les gens qui ont vécu longtemps disent qu'il est bien malin. En attendant, jouissez de la vie à votre façon; elle est bonne : celle des autres ne nous convient presque jamais; il faut être heureux à sa manière.

Vous l'êtes déjà, mon cher cousin, à un égard : je veux dire que vous avez laissé de vous ici et aux Fermes une très-bonne réputation. M. de la Hante me disait encore ces jours-ci qu'il lui revenait du bien de vous de tous côtés. Je ne sais si je ne vous ai pas déjà dit que vous êtes le seul jeune homme qui m'ait fait désirer d'être père , et je serais votre ami-père. Je suis fâché que vous ne soyez que mon petit-cpusin. Que le grand Monticourt ne vous ressemble-t-il ^ ! Cet énorme dadais ne veut pas apprendre son métier. Toujours content de lui et mécontent

* Probablement le fils de Monticourt l'épicurien.

des fermiers généraux, il clabaude contre eux, et il est de la dernière surprise qu'on ne lui rende pas justice, lorsqu'on la lui fait en le laissant pourrir dans son emploi de Quimper. C'est un aimable héritier, ainsi que sa sœur, que mon frère, ma sœur et moi avons là! Ils le seront cependant. J'ai en principe qu'il faut suivre les lois du pays où l'on est, et ne point faire tort à ses plus proches parents. La branche des Roussel a bien sa part dans notre succession d'avance, ainsi que dans la vôtre, s'ils étaient vos héritiers un jour. La banqueroute de Roussel les a remplis. Pour me venger de ce qu'ils recueilleront nos héritages, j'ai barbouillé, il y a quelques jours, la manière d'épigramme suivante :

J'ai des collatéraux ennuyeux à périr, Des issus de germain, des façons d'imbéciles; Quoiqu'à me succéder ils se disent habiles , De pareils héritiers dégoûtent de mourir.

Voilà des bavardages qui sentent le radotage et qui pourraient vous empêcher de m'écrire. C'est pourquoi je coupe courte et vous embrasse bien vite, en vous assurant de ma tendre amitié.

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