‹ Correspondance inédite de Collé faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 40 sur 110 · LETTRE XXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVII

Ce 18 mars 1780.

Si QGU3S lettres, mon cher fiU» vousparaUs^fit aujourd'hui plus tendres qu'autrefois, ce n'e$t pas que je vous aimasse moins alors, mais je vous cachais, comme un grand politique quç je suis, une partie de mes sentiments : jç craignais de vqus gâter. Vous voilà devenu homme, ^t homg/actus ^$ : votre pédagogue voit à pn<- §ent que vous n'ave;; pas besoin de lui dire ; Jamque manumferiilse subdummufi, Il ravale sa morale et répand plus d'agrément dans ce qu'il vous écrit, parce qu'actuellement il juge qu'il est plus nécessaire de vous amuser que de vous instruire, Il ne serait pas juste que votre ancien pédant contrefit encore le Caton, lui qiri ne l'a été de sa vie qu'autant qu'il convient à un galant homme de l'être : Caton, s'entend. Je dois à présent vous cacher, autant que je le pourrai , les épines de la vieillesse, Je crois voir, et je sens qu'il n'est plus néct»saire de vous piquer de mes radotages moraux; il vaut mieux, s'il m'est possible, vous jeter quelques roses fanées du vieux Anacréon. Pour vous faire supporter mes lettres , je tâcherai , — sans^ y tâcher, — qu'elles vous soient agréables, puisqu'elles ne peuvent plus guère vous être utiles. J'aime à causer avec vous, et je ne voudrais pour rien que la sécheresse de mon commerce vous dégoûtât de m'écrire. Je n'ai plus le plaisir de vous voir.

je ne veux pas perdre du moins celui de m'entretenir avec vous, par le moyen et la complaisance du courrier, qui veut bien se prêter au besoin que mon amitié a de vous parler.

Ce n'est pas , mon cher enfant , que vous soyez parfait. Et que votre amour-propre ne s'ëchafaude pas sur tout ce que je vous dis là de gracieux : j'ai de quoi donner sur les doigts à votre perfection. Pour la rendre complète, si ce mfracle est possible à Thumanité, il y faudrait joindre encore bien des choses. Vous manquez, par oubli ou par distraction, d'égards et d'attentions dans la société ; en faisant vos compliments à mon frère et à ma sœur, ils se sont plaints à moi que vous ne leur ayez pas écrit au jour de l'an. Les femmes surtout ne pardonnent pas les péchés d'omission. Plus vous les connaîtrez, et plus vous sentirez la vérité de cet adage, •qu'elles appliquent surtout à l'amour et à l'amourpropre.

Je vous laisse sur la botine bouche de ma juste causticité, menu pécheur que vous êtes : ce sera votre pénitence. Dans ce saint temps , regardez-moi comme votre «oofesseor eaci cette partie, et attendez-vous à un refus net d'absolution si vous ne me montrez pas un peu plus que de l'attrition.

Le R. p. Charlbs,.

Ancien desscnraot de U maiflon polie des religieuf«» d'AinatLonte, ordre de Gythère.

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