‹ Correspondance inédite de Collé faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 65 sur 110 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Ce samedi , 29 juillet.

Je réponds sur-le-champ, Monsieur, à la lettre que vous m'ayez fait l'honneur de m'écrire hier; mais je ne sais quand la mienne vous parviendra. Je n'ai point de poste où je suis; il faut une occasion.

Vous me demandez. Monsieur, une décision générale sur votre joli ouvrage, et je ne suis pas encore trop en état de vous la donner, quoique je Taie relu deux fois. Il fout que j'en fasse un plus grand examen , et que j'y réfléchisse davantage. Voici pourtant ce qui m'a d'abord frappé : votre versification me paraît aisée, noble et pleine d'esprit et de sentiment ; mais , au premier coup d'oeil, elle me semble un peu verbeuse; il y aurait quelques retranchements à faire, et ce ne serait pas là le plus difficile.

Ce qui le serait davantage, Monsiçur, c est Y invention. Vous n'avez rien ajouté au conte de La Fontaine pour le fond, et je désirerais que vous imaginassiez quelque incident qui rendît ce sujet encore plus touchant. Ne pourrait-on pas , par exemple , établir que Clitie n'a montré antérieurement tant de rigueurs à Fédéric que parce qu'elle l'aimait et qu'elle avait de la vertu? Elle s'est crue obligée, du vivant de son mari, à le maltraiter, par

la crainte qu'elle aurait pu avoir de le trop bien traiter. Peut-être ne faudrait-il fonder ceci d'abord que trèslégèrement, de peur de nuire au dénoûment; se réduire, je suppose, à dire qu'il est d'autant plus singulier qu'elle n'ait point cédé à la passion de Fédéric, que ce n'est que par vertu qu'elle soufFrait son défunt mari, pour lequel elle a toujours eu un éloignement dont elle se rendait maîtresse le plus qu'elle le pouvait, etc., etc. Enfin , réserver à prononcer cet amour avec chaleur et impétuosité dans la scène du dénoûment.

Je ne prétends point, Monsieur, vous faire adopter cette idée, mais seulement vous inviter à créer quelques circonstances qui augmentent l'intérêt et qui enchérissent sur le conte de La Fontaine, qui me paraît trop nu en le suivant si exactement et en n'y ajoutant rien.

Je crois nécessaire aussi , Monsieur, qu'ils se mettent à table, qu'elle ne mange point à cause de sa tristesse, ce qui nous facilitera la brièveté de cette scène. L'on ne sait pourquoi Mélisse vient apporter le plat, et dit surle-champ que c'est le faucon qu'elle sert, etc. Vous faites sortir Fédéric pour aller à la chasse ; le motif de cette sortie est dans la nature; ne pourriez-vous pas donner une cause à la sortie de Glitie? Mélisse, occupée du soin du ménage intérieur, à mettre le couvert,* à faire la cuisine, etc. , pourrait inviter les dames à aller cueillir ellesmêmes des fruits dans le verger. Au lieu de Mélisse, je donnerais à Fédéric pour compagnon d'infortune un vieux valet de chambre qui l'aurait élevé. Je puis me tromper, mais je ne trouve pas qu'un personnage de

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