‹ Correspondance inédite de Collé faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 89 sur 110 · DIMAS · texte numérisé non relu

DIMAS

Depuis la mort du roi. . .

PHILOCTÊTE.

Qu'entends-je? Quoi! Laïus...

et non les deux personnages qui parlent pour commencer, l'exposition du sujet.

M. de Voltaire a chicané Corneille sur les vers : on peut chicaner M. de Voltaire sur les siens. Quoique ce soit là sa grande partie, nous en trouverons cependant une assez hon-^ néte quantité de répréhensibles. Voyons.

En dix vers , on trouve deux fois le mot d^afjreux : afireax coup du sort... mes destins affreux; expressions vagues, d'ailleurs. Colère et téméraire, contagion et poison, satisfaire et sévère ne riment point ensemble.

Colère inhwamine, épithète oiseuse mise ici poUr riinei:. Serviteur fidèle , autre épithète pour la rime : car la pesée emporte les serviteurs ingrats comme les serviteurs fidèles.

DIHAS.

Seigneur, depuis quatre ans ce héros ne vit pluâ.

PHILOCTÈTE

Il ne vit plus ! Quel mot a frappe mon oreille ! Quel espoir séduisant * dans mon cœur se réveille ! Quoi ! Jocaste... Les dieux me seraient^-ils plus doux^t Quoi! Philoctète, enfin ^^ pourrait-il être à vous?,.. ÎLiïe vit plus l... Quel sort a terminé sa vie?

DI&IAS.

Quatre ans sont écoulés depuis qu*en Béotie Pour la dernière fois le sort guida vos pas. A peine vous quittiez le sein de vos États,, « A peine vous preniez le chemin de l'Asie, Lorsque d'un coup perfide une main ennemie Ravit à ses sujets ce prince infortuné.

PHILOCTÈTE

Quoi ! Dimas, votre maître est mort assassiné * !

> Rien de moins séduisant que le séduisant espoir de pouvoir séduire une grand' mère que Von s'est mis à adorer il y a plus de vingt-cinq ans.

^ Les dieux me seraîent-ils plus doux? c'est un petit vers d'opéra; c'est une imitation de la versification de Gampistron.

'^ Enfin "n'est point une cheville dans ce vers; enfin y est nécessaire : le prince béotien soupire après Jocaste depuis trente ans peut-être. On sait que les\Béotiens étaient les Cham-* penois de la Grèce. Au long amour de PhUocléte on eût deviné sa patrie, quand on n'en eût point parlé.

^ Assassiné. Il y a &ute dans le dialogue en cet endroit. Dimas doit répondre à Philoctète, demandant si Laïus a été

DIHAS.

Ce fut de nos malheurs la première origine.

Ce crime a de l'empire entraîné la ruine.

Du bruit de son trépas mortellement frappés,

A répandre des pleurs nous étions occupés,

Quand du courroux des dieux, ministre épouvantable,

Funeste à l'innocent, sans punir le coupable,

Un monstre, — loin de nous que faisiez-vous alors? —

Un monstre furieux vint ravager ces bords.

Le ciel industrieux, dans sa triste^ vengeance.

Avait à le former épuisé sa puissance.

Né parmi les^rochers, au pied du Cythëron'^^

Ce monstre à voix humaine, aigle, femme et /ion,

De la nature entière * exécrable assemblage.

Unissait contre nous l'artifice à la rage.

assassiné : « Non ! . ou Oui , ce fut de nos maux la première origine. » IJ empire ^ expression impropre. Bourges et sa banlieue ne peuvent être appelés un empire, non plus que Thèbes, qui n'avait pas autant d'étendue.

* Triste vengeance, épith'ète qui ne peint rien; et puis triste! On trouve peu de vengeances joyeuses; les femmes seules en ont le secret. ,

' Cythéron et lion ne riment point. On sait qu'il fout au moins que les dernières syllabes aient la même terminaison : lion, Sioh, Cythéron, Caron. Elle* est riche quand presque toutes les syllabes riment : lion, Ilion, Cythéron, Cicéron.

• Entière : vers hyperbolique et boursouflé. Ce monstre n'iest point u l'exécrable assemblage de la nature entière » . Il ne l'est que des natures de l'aigle, de la femme et du lion.

Il n'était qu'un moyen d'en préserver • ces lieux :

D'un sens embarrassé dans des mots captieux,

Le mopstre, chaque jour, dans Thèbe épouvantée

Proposait une énigme avec art concertée;

Et si quelque moitel voulait nous secourir,

Il devait voir le monstre, et l'entendre *®, ou périr.

COMMEN.ÏAIRES DE COLLÉ

• Préserver : terme*impropre et faible.

*• U entendre : il faut, je crois, comprendre; car l'on entend souvent sans comprendre. Nous ne comprendrions pas eeci, en V entendant.

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