OEDIPE, PHILOCTÈTE, ARASPE
(BDIPE.
Araspe, c'est donc là le prince Philoctète?
PHILOCTÈTE
Oui y c'est lui qu'en ces murs un sort aveugle jette ^^;
Et que le ciel encore, à sa perte animé,
A souffrir des affronts n'a point accoutumé.
Je sais de quels forfaits on veut noircir ma vie.
Seigneur, n'attendez pas que je me justifie.
J'ai pour vous trop d'estime, et je ne pense pas
Que vous puissiez descendre à des soupçons si bas.
Si, sur les mêmes pas nous marchons l'un et l'autre,
Ma gloire d'assez près est unie à la vôtre.
Thésée, Hercule et mot^^, nous vous avons montré
'* Oui, c'est lui qu'en ces murs un sort aveugle jette.
Si la dureté extrême de ce vers n'était point rachetée par la clarté extrême dont il est, et la beauté de l'idée qu'il renferme, on pouiTait en désirer un autre.
'* Thésée, Hercule et moi, etc.
Quand Philoctète se met de pair avec Hercule et Thésée,
Le chemin de la gloire, où vous êtes entré.
ŒDIPE
Être utile aux mortels et sauver cet empire **, Voilà, seigneur, voilà l'honneur seul où j'aspire. Et ce que m'ont appris, en ces extrémités, Les héros que j'admire et que vous imitez.
Ah ! je ne pense point qu'aux exploits consacrées, Vos mains par des forfaits se soient déshonorées, Seigneur; et si Làïus est tombé sous vos coups, Sans doute, avec honneur, il expira sous vous. Vous ne l'avez vaincu qu'en héros magnanime. Je vous rends trop justice. . .
je crois entendre M. de Voltaire qui dirait de lui : Moi , Corneille et Racine. Il irait plus loin que ce fanfaron de Philoctète. Il mettrait son mo£ d'abord, et M. de Saint-Lambert dirait qu'il a ce droit-là.
** Être utile aux mortels et sauver cet empire.
Encore une fois, sans plus, je ne m'accoutume point à entendre appeler Thèbes un empire. C'est l'empire des Percherons , par son étendue.
PHILOCTÈTE
Eh ! xjuel serait mon crime ** ?
Si ce fer. chez les morts eût fait tomber Laïus, Ce n'eût, été pour moi qu'un triomphe de plu3. Un roi pour ses sujets est un dieu qu'on révère ; Pour Hercule et pour moi '^, c'est un homme ordinaire* J'ai défendu des rois; et vous devez songer Que j'ai pu les combattre , ayant pu les venger.
ŒDIPE
Je connais Philoctète à ces illustres marques ;
Des, guerriers tels que vous sont égaux aux monarques.
Je le sais. Cependant, prince, n'en doutez pas :
Le vainqueur de Laïus est digne du trépas.
'* Eh! quel serait mon crime?
Au lieu de cette interruption, .n^ eût-il pas été mieux de dire : » Mais votre victoire, pour mon peuple et pour moi est » un crime ! »
*• Pour Hercule et pour moi, c'est un homme ordinaire.
Et qu'a fait de si grand ce Philoctète, pour s'assimiler sans cesse à Hercule? Philoctète est à peu près à Hercule ce que Thiriot était à Voltaire. Ce Gilles d'Âlcide est le plus sot petit fat que la Grèce ait porté.
PHILOCTÈTE
Du meurtre de Laïus ÔEdipe me soupçonne. Ah! ce n'est point à vous d'en accuser personne *^. Son sceptre et son épouse ont passé dans vos bras : C'est vous qui recueillez le fruit de son trépas. . Ce n'est pas moi surtout de qui l'heureuse audace Dispute sa dépouille et demande sa place. Le trône est un objet qui n'a pu me tenter. Hercule à ce haut rang dédaignait de monter. Toujours libre avec lui, sans sujets et sans maître, J'ai fait des souverains, et n'ai pas voulu l'être ^^.,.
'' Ah ! ce n'est point à vous d'en accuser personne.
C'est là un beau vers de situation, OEdipe étant le meurtrier de Laïus.
2* fat fait des souverains, et n'ai pas voulu Cêtre,
J'ose dire que dans ma tragédie amphigourîstîque, j'ai rendu ce vers fanfaron plus naturel en le parodiant :