‹ Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot 1770-1779: publie?e avec des notes et uneChapitre 12 sur 29 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

Je vous ai déjà parlé, Monsieur, au mois de septembre dernier, d'un négociant de Dunkerque qui se proposait d'armer pour rinde mais qui ne s'y déterminait qu'au cas qu'il lui fût permis de désarmer à Dunkerque. Ce négociant est à présent à Paris et il doit y rester peu de temps ; il est venu me voir pour me parler de cette afiaire. Mandez-moi, je vous prie, s'il peut espérer d'obtenir cette liberté, à qui il doit s'adresser pour être en règle et si son projet a besoin d'être discuté, avec lequel des intendants des finances il doit traiter ; comme il ne peut rester encore ici que peu de jours, je désirerais qu'il vous fiit possible de me faire répondre promptement. M. de Vaines a eu la bonté de me donner de vos nouvelles. Si vous ne revenez pas à Paris, j'espère que M™® la duchesse voudra bien me mener à Versailles comme la semaine dernière, et que nous y verrons la lettre sur ces corvées, etc. M. D'Alembert et W^^ de L'E^pinasse vous demandent l'instruction sur les bestiaux. Le roi de Prusse a envoyé à M. d'Alembert un déjeuner de porcelaine de Berlin et son portrait en porcelaine. Ce portrait est d'une beauté supèrieuer.

Ce jeudi.

J'ai l'honneur. Monsieur, de vous adresser un mémoire qu^un bon gentilhomme Dauphinois m'a remis en qualité de compatriote. Vous êtes cause que plusieurs provinces me revendiquent comme Homère. Ce mémoire roule sur la manière de remplacer les corvées ; il renferme quelques bonnes vues et que vous connaissez il y a longtemps. Mais ce qu'il renferme de singulier, ce sont les faits qu'ils allèguent pour prouver les inconvénients

de faire faire les chemins par une taxe générale dont Tlntendant aurait la disposition. J'ai marqué cet endroit d'une étoile et vous trouverez, joints au mémoire, des détails appuyés sur des pièces authentiques de quatre faits très scandaleux.

Le même gentilhomme Dauphinois m'a assuré qu'il en coûtait 100.000 fr. par an à la province de Dauphiné pour fourniture de chariots et de chevaux aux troupes, et que cette fourniture n'était aflFermée que i5,ooo fr.

Il m'a dit encore que les secrétaires de l'Intendance de Grenoble avaient une part considérable dans les adjudications des Ponts et Chaussées, que M. de Chambine était à portée de procurer des éclaircissements sur ce dernier objet et que d'ailleurs on en aurait facilement la preuve en Dauphiné.

Il résulté de cela que le Dauphiné est un peu au pillage, que vous en êtes averti et que vous empêcherez que cela ne dure plus longtemps.

Si on ne m'avait porté que des plaintes en l'air, je ne vous en aurais point parlé ; mais les pièces que je vous envoie, sont de nature à mériter votre attention et je n'ai pas cru qu'en ma qualité de Dauphinois il me fût permis de garder ce silence.

Je vous renvoie le mémoire du médecin Gauthier, dont je vous ai déjà parlé.

Il doit vous être arrivé un brochet de l'Oise ; il sera très bon à ce que j'espère ; mais j'ai peur qu'il ne soit demeuré à Paris. J'en serais fâché : il ne vient pas trop souvent de bonnes choses de mon pays.

L'abbé de Véry vous verra jeudi, à ce que j'espère. Nous avons causé à fond de mon affaire ; il est de mon avis. Je vais tâcher d'avoir Quesnai à louer. Je suis presque sûr de m'en tirer à la satisfaction des économistes, sans être obligé de mentir.

23o OBSERVATIONS SUR LA MÉTHODE 1770

A propos d'économistes , il faut que le traité du paradoxe paraisse tout à Theure. Ce maraud s'enhardit par Timpunité et il ne se relèvera point du coup que lui portera Fauteur du paradoxe.

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