‹ Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot 1770-1779: publie?e avec des notes et uneChapitre 14 sur 29 · DE M. GAUTHIER POUR LES DESCENTES · texte numérisé non relu

DE M. GAUTHIER POUR LES DESCENTES

sible que Panneau cicatrisé par Topéradon soit en état de soutenir par lui-même Teffort des intestins.

ô"" La méthode ordinaire de tailler les descentes consiste à faire cicatriser Panneau après y avoir fait quelques scarifications ; dans celle-ci on le fait cicatriser après Tavoir cautérisé : il est possible qu'il y ait quelque avantage à prendre ce dernier parti. Les gens du peuple ont dans plusieurs provinces la manie de faire tailler leurs enfants. Ils aiment mieux les' exposer à une opération dangereuse que de s'assujettir aux soins qu'exigerait l'application d'un bandage. Les charlatans qui font cette opération emportent ordinairement le testicule du côté où est la descente et si l'enfant en a deux ils le rendent eunuque.

Il paraît donc que ce n'est pas ici le cas de former des établissements en grand, où M. Gauthier, etc., traitassent les soldats ou les ouvriers attaqués de descentes ; il vaudrait mieux en général leur distribuerdes bandages.

Mais il faut pas non plus trop décourager les partisans de cette méthode, tout charlatans qu'ils sont. On pourrait leur permettre de traiter sous les yeux de commissaires nommés par l'Académie un certain nombre de malades parmi ceux dont les hernies ne peuvent se contenir par des bandages. Le Gouvernement paierait les frais du traitement et, si, l'opération réussissait, on pourrait donner une gratification à M. Gauthier.

Nota B. — Les partisans de cette méthode sont sujets à voir mal ou à dire ce qui n'est pas. Ils y ont déjà été pris. Ainsi il iiaudrait, dans les cas où on leur accorderait de faire une nouvelle expérience, prendre des précautions qui ne leur laissassent aucun subterfuge.

Versailles, dimanche 21 (juin 1775.) Je voudrais vraiment bien avoir donné lieu aux compliments que vous me faites et ce n'est pas faute de bonne volonté; mais vous n'êtes point magistrat, vous confier un département pour travailler sous moi sans ce titre, c'eût été vous rabaisser à Tétatde premier commis. Il aurait fallu, pour éviter cette apparence, imaginer et créer quelque charge nouvelle, ce qui dans ce moment eût excité un clabaudage, que j'ai eu peut-être la sottise de craindre. Dans cette circonstance, je me suis borné à prendre sur ce que je gagne par la réunion du département de M. D'Albert à celui de M. Fargès de quoi vous faire jouir des appointements de votre place, dont vous ne deviez jouir qu'à la mort de M. de Forbonnais ou de M. Tillet. Je sens qu'il eût été nécessaire de faire parvenir partout une instruction pour les municipaux, commandants, intendants, etc. ; mais il m'a été impossible de la faire au milieu du premier brouhaha, et actuellement tout se calme.

Dupont a dû vous mander que nous n'étions pas contents de la sixième lettre (i). Je vous embrasse. Quand reviendrez-vous?

Ce Dimanche [août 1775.] Point de réponse sur l'abbé de Bruges (2). Savez-vous qu'il

(i) U s'agit de la sixième lettre sur le commerce des blés. Mademoiselle de l'Espinassc avait retardé l'impression de la quatrième et de la cinquième pour les faire paraître avec cette sixième lettre. (Lettres inédites de Mademoiselle de VEspinasse à Condorcet et à d'Alembert publiées par nous.)

(2) Cet abbé prétendait avoir le secret de fabriquer du salpêtre avec da sel marin et demandait pour quarante ans le privilège de vendre ce noa-

ne mange plus et qu'il serait mort si on neTavait envoyé recueillir une succession à Brives-la-Gaillarde.

Je vous montrerai jeudi la nouvelle jauge, et si vous voulez on fera Texpérience chez vousk En ma qualité de géomètre, j'aurais une petite requête à vous présenter. Ce serait de défendre aux fermiers généraux de se servir de mesures coniques pour mesurer le sel ; les cylindres sont un corps plus parfait, et dont la capacité se calcule mieux. D'ailleurs il est prouvé par l'observation et par la théorie que par l'usage des mesures coniques ils escamotent un cinquantième du sel qu'ils doivent fournir. Les regrattiers ne peuvent se tirer de cette fausse mesure qu'en imbibant leur sel d'eau ; ils le pèsent ensuite dans des balances de cuivre, et il en résulte que le pauvre peuple est volé et empoisonné. Un petit bout d'arrêt du Conseil, bien géométrique, bien clair, débarrasserait de cette vexation ; les fermiers généraux ne pourraient se plaindre sans avouer qu'ils sont des fripons.

M. de La Harpe a le prix (i). M. de Guibert sera loué, complimenté, etc. J'ai peur que le pubUc ne juge autrement que l'Académie (2).

Je vous dois des remercîments pour une petite place que vous avez donnée à M. Audiger, le cadet. Il faut espérer que quelque jour vous ferez quelque chose pour l'aîné. Quand vous verrez M. de Guibert, parlez-lui de ce que M. Bernard a établi en Prusse, afin d'aviser aux moyens de l'empêcher d'établir la

veau salpêtre à la ferme des poudres. Il assurait que l'épreuve de ce secret avait été faite en présence de MM. Lusignan et de Bory. Il est question des propositions de Tabbé dans une lettre de Turgot à Macquer datée d'octobre 1774, dans une lettre de Condorcet au même personnage (Bibliothèque Nationale) et dans la correspondance administrative de Turgot conservée aux Archives Nationales.

(i) Pour Péloge de Catinat : M. de Guibert eut le premier accessit et l'abbé d'Espagnac, le second.

(2) Voltaire désira qu'il y eut deux prix (lettre à Condorcet. t. i., p. 87). Fréron (Année littéraire 1775 t. vu., p. 76) et Linguet (Journal politique l. IV., p. 416) prirent parti pour Guibert.

même chose en France. On dit que rien n^est plus propre à dégoûter des voyages que les messageries du roi de Prusse.

On m*a assuré que je vous devrais bientôt des remercîmeots pour un bel appartement à la Monnaie. Il y aura de quoi loger M. Suard et moi ; mais il y a quatorze ans que Tabbé Arnaud loge avec M. Suard, et ils seraient très-afHigés tous les deux d'être obligés de se séparer. Ne pourriez-vous pas donner à M. Suard sans appointements un titre d'historiographe des monnaies et vous lui donneriez le petit appartement que j'ai à présent. Nous y logerions Fabbé Arnaud. Vous voyez qu'il n*y a rien de plus simple ; il vaut autant mettre dans cet appartement un homme de mérite qu'un autre. D'ailleurs M. Suard vous donnerait une petite histoire physique et politique des monnaies, qui serait bien tournée. Adieu, mais répondez-moi sur l'abbé de Bruges. J'ai aussi un secret pour faire du salpêtre; je vous le donnerai gratis si vous voulez proscrire les mesures coniques.

Comme M. Messier sera bientôt en état de faire les expériences du pendule, nécessaires pour se procurer une unité de mesure, je crois qu'il serait à propos de s'occuper en même temps de la partie politique de ce travail, afin que les opérations préliminaires se trouvassent faites lorsque, l'unité de mesure étant déterminée, il ne s'agira plus que des vérifications.

I. M. Tillet a fait un travail sur les poids et mesures ; il faudrait savoir où ce travail en est resté. Comme M. Tillet est mon confrère, en qualité d'inspecteur des monnaies, qu*il est exact et entendant bien raison, si vous le trouvez bon, nous nous arrangerons pour agir de concert, alors son travail ne sera point perdu et, comme il a des appointements ainsi que moi, vous n'aurez rien de plus à payer.

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