‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 18 sur 45 · I. Le bromlloo de cette lettre est autographe · texte numérisé non relu

I. Le bromlloo de cette lettre est autographe

Iîi4 CORRESPONDANCE INEDITE

toutes les Russies, digne de connsdtre la raison, et qui promet un règne de justice et de vérité pour la consolation des fidèles , lorsque son trône sera affermi.

Mais vous n'ignorez pas, homme de Dieu, que le saint des Délices est l>ien un autre saint que celui d'Etrepigny. Les fidèles ont appris qu'il existe un Dictionnaire philosophique, un précieux Vade mecum que tout élu doit porter dans sa poché, et versais diurnây nocturndque manu. Dieu me fasse la grâce d'eu accrocher un assez grand nombre pour satisfaire tous ceux qui de ma connaissance ont faim et soif du verbe qui vivifie! Cela n'est pas possible par la poste; mais il y a d'honnêtes voyageurs qui sauraient bien trouver la rue Neui^e de Luxembourg à Paris. M. Tupretin, ce. digne frère, fils d'un célèbre prêtre, doit nous revenir bientôt. Je ne puis refuser cet évangile salutaire, ni à cette autocratrice des Russies, ni à cette grande et aimable reine de Suède, digne de l'hommage de tous les philosophes, ni à une certaine princesse héréditaire de Hesse-Darmsfadt dont l'esprit, plein de force et d'élévation , demande une nourriture solide, ni à une certaine princesse de Nassau-Saarbruck, remplie de goût pour la vérité et pour la philosophie. Quant à madame la duchesse de Saxe-Gotha, que tous les cœurs adorent, elle me mande (fxeXe prinoeps philosophqrUm a eu l'attention de lui en fenvoyer un; qu'elle en a fait le profit de son ame, et l'édification de tous ceux qui , autour d'elle, sont dignes de connaître la vérité.

Mon très-cher, très-grand et illustre maître, il faut pourtant que nous autres hérétiques ayons un avantage

DE GRIMM ET DIDEIlOt. 1^5

réel sur vous autres du giron de FÉglise ; car , sans parler du philosophe couronné, voilà un assez grand nombre de princesses que je vous nomme qui cultivent toutes la raison y qui se moquent toutes des préjugés; et vous seriez assez embarrassé de me nommer un nombre égal de princes de votre sainte communion qui puissent lire le divin Dictionnaire sans se scandaliser; je n'en excepte pas même votre électeur Palatin, que vous avez élevé à la brochette. Cest que votre sainte religion n'est propre qu'à sauver les gens. Ah ! si Dieu , dans son courroux , avait voulu donner les Français à tous les diables, et que votre héros Henri eût réussi à pervertir son royaume , vous seriez aujourd'hui le premier comme le plus aimable peuple de l'Europe; mais pour entrer dans le royaume des cieux, je crains bien que vous ne soyez encore long-temps pédans et jansénistes, malgré cette foule de bons travailleurs que le Seigneur a envoyés .dans sa vigne en ces derniers temps.

Qu'il nous conserve dans sa bonté celui qui nous est le plus nécessaire, qui nous instruit, qui nous amuse, qui nous console , qui , à ce que préteiid madame la duchesse de Çaxe-Gotha, nous enchante lors même qu'il nous dit que nous sommes des ignorans et des imbéciles.

Je vous prie. Monsieur, d'agréer mon respect pour vous et pour madame Denis. Madame votre philosof^e vous supplie de recevoir ses hommages. Le digne frère Gabriel se prépare à nous quitter; mais ce n'est pas encore pour retourner auprès de vous. Que le diable emporte le Belzébuth caché qui a voulu semer la ziza-

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nie; ce n'est paig être l'ami des frères Cramer : j'ai dit dans le temps à fifère Vingtième ^ ce que j'en pensais.

LETTIUBS d'un omCIER GlÊN^RAL DB LA RÉSERVE DE M. LE PRINCE DE CONDÉ \

A Liège, ce 7 mai.

Oserais'je vous demander pourquoi je n'ai point encore reçu de vos nouvelles ? Pensez-vous qu'un temps mort pour la philosophie j et le séjour de Liège, soient un moment propice pour hasarder de vous écrire ; rien ici ne plaît à l'imagination ; je suis dans la houille , et non sous le chaume : je ne sais donc que vous mander^ car je pense peu , et n'agis point.

Il y avait ici un petit Rousseau^ qui , fier du nom qu'il porte, avait orné ses copies du titre brillant de Journal encyclopédique. Sur l'étiquette du livre, il a été brûlé. L'auteur s'est sauvé à Bouillon, où je lui conseille de s'appliquer au Journal chrétien pour être sauvé dans l'autre monde , et être de l'académie dans celui-ci.

J'ai ajouté ce être là à cause de la grammaire.

Je suis logé dans un couvent. Si vous aviez jamais habité avec dix Génovéfins , vous sauriez combien cela est désagréable : ce sont des animaux pies qui, n'étant ni moines ni gens du monde , ont les inconvéniens des deux états. Ils ont un abbé. Grand dietf! quel abbé! On

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