FRAGMENS
Les droits respectifs de CÉtat et de tÉgUse^ rappelés à leurs prin^ cîpes , forment une brochure de cent vingt-deux pages , écrite avec une apparente modératioD en faveur des prétentions du clergé. L*auteur se propose de décider par la raison et la saine philosophie le procès entre les deux puissances qui ne dure que depuis mille et tant d'années. Les résultats que la raison et la philosophie lui suggèrent sont tous favorables aux prêtres. Voilà une étrange raison et une philosophie toute nouvelle! Suivant la mienne, les droits de rÉtat consistent à gouverner , et ceux de TÉglise à obéir. Voilà le vrai mieux possible que l'auteur prend à tâche de rechercher de bonne foi, à ce qu*il dit. La puissance de TÉglise doit réserver son exercice tout entier pour l'autre monde; celui-ci ne mérite pas son attention. Quant aux biens périssables dont l'Église s'est si charitablement approprié la plus grande partie possible, l'auteur prétend que le mieux possible exige qu'elle les garde , et qu'on ne pourrait attaquer sa propriété sans intéresser celle des autres citoyens. C'està-dire que le clergé consent d'être traité en citoyeU quant aux privilèges; quant aux charges et à la soumission , c'est autre chose. Mats je m'ennuie de réfuter de tels principes.
Les Variétés d'tm philosophe prowicial, par M. Ch^... le jeune, en deux parties iiï-i a, consistent en réflexions morales, en observations critiques, portraits, caractères, allégories, fables, etc. Ce phik>« sophe a tout varié dans ses deux petites parties , accepté la platitude et l'ennui qui sont partout les mêmes. Ses réflexions religieuses roé* ritent le bonnet carré de Sorbonne , et à, son ton oo juge (^*i\ a très-bien fait de se décorer du titre de provinciaL
4o8 CORKJBSPOICDANGE IN1SDITE
Jusùficadon de tappel comme d^ahus relevé par les religieux bénédictins . de la congrégation de Saint' Maur^ contre le régime actuel de cette même congrégation, par dom> Emanael Marie Limairac, religieux bénédictin: volume in-ia, de trois cents pages tendant à prouver la justice de cette réclamation qui a si mal réussi. La maturité des moines qui est, comme vous savez, le moment de la chute, sera beaucoup plus tardive que celle des jésuites; ceux-ci la hâtaient en se remuant sans cesse, au lieu que les moines n'en approchent que lentement par une végétation longue et immobile.
On a imprimé une lettre de Jeu M, tahbé Ladvocat, docteur et bibliothécaire de Sorbonne, dans laquelle il examine si les textes originaux de TEcriture sont corrompus, et si la Yulgate leur est préférable : brochure in-8<», de i35 pages. L'auteur se déclare pour la négative, malgré le respect que l'Église romaine ordonne de rendre à la Yulgate. La raison qui décide M. l'abbé L«advocat pour les textes originaux, c'est que dans ces textes il n'y a que des fautes de copiste, au lieu que dans la Yulgate il y a encore des fautes de traducteur. Il est curieux de voir des hommes sensés discuter gravement de pareilles questions. M. le proposant a certainement rafson. Si ce livre est divinement inspiré, il faut, pour mériter notre croyance, qu'il ait été aussi divinement copié : car s'il y a une seule faute de copiste, il peut y en avoir mille , et que devient le fondement de notre foi? Cependant saint Jérôme, saint Augustin et plusieurs Pères de l'Église , conviennent que ces textes sont corrompus. Moi , en ma qualité de fidèle, je soutiens que le Saint Esprit n'a pas seulement inspiré les auteurs des livres sacrés , mais qu'il a inspiré et inspire encore tous les jours tous les copistes et imprimeurs qui en multiplient les exemplaires, et que c'est bien le moindre miracle qu'il puisse faire en faveur d'un livre nécessaire au salut éternel du genre humain. M. l'abbë Ladvocat, qui, en sa qualité de docteur de Sorbonne , éuit athée, discute cette question en savant théologien. Je me souviens de l'avoir fait mourir de la poussière avalée dans la bibliothèque de la Sorbonne, mais cela n'est pas vrai, et il n'était pas assez malavisé pour cela; il est mort pour avoir négligé des hémorrhoîdes auxquelles se sont jointes une inflammation et la gangrène.
M. ChaDgeux vient de publier ud Traité des extrêmes , ou Elémens de la science de la réalité ^ en d,eux gros volumed in-x3.M. Cbangenx, dont j'ignorais jusqu'à la réalité de l'existence, nous apprend qu'il a entrepris ce Traité à l'occasion de l'article Réalité qu'il destinait pour Y Encyclopédie. Il nous apprend encore qu'il a distingué la réalité de la vérité , et que, en sa qualité de Descartes du dix-huitième siècle, il a voulu feire avec la première comme l'autre Descartes a fait avec la seconde, et par conséquent créer une science toute nouvelle qui est celle de la réalité ; science, suivant l'assertion de inventeur* plus utile que celle de la vérité y avec laquelle on ne pourra plus la confondre. Or, à force de se creuser la téte,M.Ghangeux atrouvé que sa science de la réalité porte sur un principe unique , et ce principe , c'est que les extrêmes se touchent sans se confondre , et que la réa * lité ne se trouve que dans le milieu entre ces extrêmes. C'est sur ce beau principe, si neuf qu'il est déjà devenu proverbe, que M. Ghangeux établit son superbe corps-de-logis de^ la réalité. Il s'imprime d'étranges sottises et d'insignes platitudes en ce dix-huitième siècle. Si vous avez le courage de lire un peu du Traité des extrêmes, vous y verrez que la vie et la mort ne sont pas des extrêmes; et dans le fait elles ne peuvent être que des milieux en vertu du principe* unique découvert par M. Cbangeux, sans quoi on ne naîtrait , ni ne mourrait plus réellement. Ce que je sais , c'est que si les extrêmes se touchent sans se confondre , M. Cbangeux doit se trouver nez à nez contre Leibnitz, Newton et Locke.
Discours sur t histoire des juifs, depuis le commencement du monde juS' qu^à la destruction de Jérusalem par les Romains, pour faciliter aux jeunes personnes de tun et de t autre sexe, t intelligence des figures de la Bible et de r Histoire-Sainte; par M. Perrin des ChaTanetteS; volume in-ia. Ne mettez pas entre les mains de la jeunesse les pauvretés de M. Perrin des Chavanèttes. Tenez-vous-en, quant à l'histoire des Juifs, au Discours de M. Bosstiet sur l'histoire universelle , car cette Histoire universelle n'est que cela , c'ëst-à-dire un précis de l'histoire juive. Mais du moins, en lisant Bossuet, vos jeunes gens liront un homme éloquent, dont le style noble et élevé peut servir de modèle , quoiqu'il ennoblisse souvent des pauvretés , parce qu'il est impossible à un prêtre qui veut faire l'historien -, et qui veut arranger l'arohitecture de l'univers sur l'architecture de sa sacristie, de s'en tirer au* trement.
4lO CORRESPONDANCE INÉDITE
Le Foynge de RobeHsonaux Teires Australes^ traduit sur le manuscrit anfglais, volume iu^ia de près de 5oo pages. C'est encore un présent qui nous vient de pays étranger. Cest un roman politique qui nous représente une espèce d'utopie ou de gouvernement idéal. Tout cela est à pleurer d'ennui. On a fait un assez plaisant carton à ce roman. Il y avait» dans la feuille qui commence page 145, une satire assez forte des parlemens qui embarrassent les vues du gouvernement par leurs continuelles remontrances. On a supprimé cette feuille, et6n lui en a substitué une autre qui contient une sortie contre les philosophes et contre ce qu'on appelle encyclopédistes en France. Il est vrai que cette philippique ne va plus avec le reste de l'ouvrage , où tout le bien qui arrive au peuple chimérique que l'auteur dépeint est opéré par les philosophes ; mais à la faveur de cette incartade, l'ouvrage à eu la permission de se débiter, et l'on s'est peu soucié de savoir si le reste tenait ou non. Je plains ceux qui profitent de la permission de lire ce Voyage imaginaire avec ou sans carton.
On vient de traduire de l'anglais les Mémoires de Jame^ Graham^ marquis de Montrose, contenant l'histoire de la rébellion de son temps. Deux volumes in- 12. L'auteur de ces Mémoires est le docteur Wizard qui les a d'abord composés en latin ; mais les derniers chapitres et le récit de la mort de Mon trose sont d'une autre main. Si l'éditeur n'avait pas eu soin de le remarquer , on ne s'en serait pas aperçu. Ce docteur Wizard est plat et ennuyeux, et c'est dommage; le marquis de Montrose méritait un meilleur historien. On Ut sans aucun intérêt une histoire qui en comportait un très-grand. Tout le premier volume est rempli de détails militaires ra]^rtés d'une manière insipide, et le second ."où l'on trouve les revers et la fiû tragique du héros, n'est pas plus intéressant que le premier» Montrose servit toute sa vie avec beaucoup de zèle la cause du malheureux Charles P^ roi d'Angleterre. Son sort fut pareil à celui de son maître. Il perdit la tête sur un échafaud, peu de temps api'ès le supplke du roi et après avoir couru inutilement dans le Nord , en Allemagne, en France et en Hollande , pour chercher des vengeurs à Charles I«f et des défenseurs à son fils Charles II. Montrose avait montré de grands talens pour la guerre en défendant la cause du roi en Ecosse contre les Covenantaires; mais si k cause qu'il défendait était bonne, il faut convenir qu'il avait épousé les intérêts d'un trop mauvais joueur. L'historien de Montrose s'étend souvent sur les vertus et sur
la bonté dje ce Charles I''^ mais c'est qu'il De sait pas qu'un bon homme et qu'un bon roi sont deux bonnes gens qui ne se ressemblent guère. Enfin , il est des causes justes que la faveur publique ne seconde jamais; c'est qu'il ne sufBt pas d'avoir raison , il faut encore autre chose. Tout le monde admire Cromwell ; on plaint Charles I " , mais d'une pitié bien froide. On n'a qu'à voir combien le sentiment qu'on éprouve au récit du supplice du roi d'Angleterre est difTérent dé celui que fait naître l'assassinat de Henri lY par Ravaillac. C'est que Henri était un grand et un excellent homme, et Charles était un pauvre homme. Montrose a souffert jusque dans sa réputation , qui aurait été bien autrement brillante s'il avait servi une cause soutenue par la faveur publique.
M. de Saint-Foîx, auteur des Essais historiques de Paris, de la petite comédie des Grâces , de celle de F Oracle et d'autres ouvrages moins conous, vient de publier une Histoire de tordre du Saint»Esprit\ en deux petites parties in-12 qui seront sans doute suivies de quelques autres. L'auteur prend le titre d'historiographe des ordres du Roi ; c'est apparemment une place que Ton a créée pour lui. L'histoire de Tordre du Saint-Esprit , ainsi que celle de tous les ordres d'honneur et de décoration, est fort courte; quand on a parlé de son institution , de ses statuts et de ses cérémonies , tout est dit. Aussi M. de Saint-Foix expédie tout cela dans la première partie* La seconde contient les principaux traits de la vie des chevaliers de la première promotion faite par Henri III. Les parties qui suivront serviront sans doute à parcourir la vie de tous les chevalieVs qui ont été successivement décorés de cet ordre. L'auteur ne se propose point de donner un précis de leur vie , il se borne d'en rapporter les traits les plus remarquables ; et il faut convenir que son choix est presque toujours bien fait. On lit cet ouvrage avec beaucoup de plaisir ; il est écrit d'une manière naturelle , concise et intéressante. Son plan plus étendq aurait pu fonner cette école militaire dont M. l'abbé Raynal n'a rempli l'idée que très-imparfaitement. J'avoue que je préfère de telles lectures à tous les BéUsaires du monde, et voilà les cours de morale que je voudrais mettre entre les mains de la jeunesse.
L'auteur y en parlant de la loi salique , tombe dans une erreur qu'il faut relever ici. Il prétend que ce qui distingue supérieurement nos princes du sang de France , c'est que la couronne leur appartient s6-
^17, CORRESPONDANCE INÉDITÏ!
lidairement, leur droit à cet égard étant transmis, répandu, certain dans toute la famille, au lieu qu'il n'en est pas ainsi dans les pays qui ne connabsent point la loi salique, et que le droit à la couronne est incertain dans les femitles royales où les filles peuvent hériter du trône. M. de Saînt-Foix ne sait ce qu'il dit. Il aurait dû savoir que dans les pays où les femmes ne sont point exclues du trône , elles ne succèdent cependant qu'au défaut de mâles , et que si à la mort de l'empereur Charles VI , il avait existé une branche cadette et apanagée de la maison d'Autriche, le rejeton mâle de cette branche aurait indubitablement recueilli la succession à l'exclusion de la fille de Charles VI. Cette loi de la succession des femmes n'a qu'un inconvénient, c'est qu'il faudrait que de droit, au défiiut de mâles, la succession appartint toujours à la femelle la plus proche du dernier mort , comme en pareil cas c'est toujours le descendant mâle le plus proche du défunt qui succède. Ce droit reconnu et établi en Europe anéantirait une foule de prétentions, semences élernelles de discorde et de guerres. Il paraît injuste dans le droit et presque toujours fort difficile dans le fait, de dépouiller une princesse de l'héritage de son père, en faveur de descendans étrangers d'un mariage fait il y a deux ou trois cents ans ; mais avec ce droit reconnu , je trouverais cet ordre de succession bien préférable à celui de la loi salique.
Au milieu de la sévérité avec laquelle la police cherche à empêcher le débit de tous ces livres dont le nombre grossit de jour en jour, on a vu vendre ici publiquement une brochure intitulée : Discussion intéres^ santé sur la prétention du cierge' d'être le premier ordre it un État Brochure în-iade 164 pages. Cet écrit est de M. le marquis de Puységur , cordon rouge et lieutenant-général des armées du roi. On s'aperçoit aisé* ment à un style lourd et pesamment entortillé, que l'auteur n'est pas du métier, et qu'il n'y est pas accoutumé. La brochure est formée d'une correspondance entre M.*** et M. l'abbé de ***, qui s'est aussi adjoint un prieur de Bénédictins pour défendre la cause du clergé. M. *** qui l'attaque, ne trouve aucune raison valable pour que le clergé forme un ordre dans l'État, encore moins le premier ordre. Cela est aisé à démontrer t il ne faut que du bon sen& pour cela. Les deux prêtres défendent leur cause comme ils peuvent etfinissent par des menaces suivant la règle , et M. *** cède le champ de bataille sans réplique , bien sûr d'avoir gagné sa cause dans l'es-
prit de tous ceux qui sont sur ce point sans prévention et sans intérêt. Il est yrai.que l'éditeur de cette correspondance, qui joue un troisijème rôle, a ajouté, principalement à la dernière lettre, beaucoup de notes qui ne sont pas ce qu'il y a de moins hardi dans cette brochure. Elle a étonné p|^ sa franchise et par sa hardiesse , et ce qui a encore plus surpris, c'est que l'auteur l'a avouée, qu'il en a fait les honneursàParisetà Versailles, et que le débit en est public et toléré , tandis que des brochures qui touchent le moins du monde aux prétentions du clergé , sont défendues avec une extrême sévérité. Il est vrai que l'embarras et la pesanteur du style n'ont pas permis au public d'abuser de la permission qu'on lui a accordée de s'empoisonner avec les principes de M. ***, M. le marquis de Puységur est aussi un peu entiché des principes de messieurs les économistes ruraux, qui sont faits pour réussir, même par leur creux, auprès d'un certain ordre de gens à qui on pourrait disputer ce que M. de Puységur dispute au clergé, s'ils en avaient par hasard la prétention. Au reste , c'est une belle chose que la justice. Si un de nos philosophes s'était avisé d'écrire une ligne de cette discussion intéressante , elle aurait eu sans doute plus de vogue ; mais bien loin d'être tolérée , je suis persuadé que Fauteur aurait joué gros jeu et risqué une persécution violente de la part du clergé, dont Dieu veuille préserver M. de Puységur et tout honnête penseur !
Dissertation phjrsique sur l'homme, dédiée au roi de Prusse, traduite du latin, composée et soutenue aux écoles de médecine de Montpellier, pour le grade de bachelier, par M. Lansel de Magny. Celte petite dissertation traite d'abord du mécanisme de la conception et de la génération. Ensuite l'auteur ébauche un traité des tempéramens, et enfin, dans la dernière partie, il fait l'histoire des impressions de l'ame sur le corps et du corps sur l'ame. M. Lansel de Magny n'a qu'à rendre grâce à la platitude de son style pédantesque, qui l'a garanti de la célébrité malgré l'hommage rendu au philosophe couronné. Sans cette heureuse obscurité, si ledit M. Lansel eût été éventé par un seul chien courant de la Sorbonne, toute la meute se serait mise à ses trousses à cause du fumet de matérialisme dont il est infecté.
Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie jusqu'au règne de Louis XV y à t usage des jeunes gens de qualité. Deux volumes grand in-S"^, chacun d'environ 400 pages. Le nom de ce nouveau compila-
4l4 CORRESPONDANCE INiJdITE
teunnous est incooDU. Le titre dit que son livre est imprimé à Francfonrt-sar^le-Mein , mais je le crois fabriqué et imprimé en France ; il est même assez platement fait pour mériter de paraître avec approbation et privilège. L'auteur se plaint de l'insuffisance des abrégés où Ton ne trouve que des dates, fion Histoire de France est par demandes et par réponses , mais il fait répondre à ses écoliers des choses bien plates et très-répréhensibles aux yeux d'un philosophe. Il insiste dans sa préface sur la nécessité d'avoir égard aux mœurs et aux lois plutôt qu'aux dates , il dit que Tétude de l'histoire doit surtout avoir pour but de nous rendre meilleurs ; mais il peut compter que la sienne ne fera pas cet effet-là, à moins qu'un maître éclairé et honnête , ne s'en serve pour montrer aux jeunes gens dans quel détestable esprit l'histoire moderne a été traitée jusqu'à présent , et combien les platitudes de nos lâches historiens sont ve-
De f autorité du Clergé » et du pouvoir du Magistrat politique sur tesercice des fonctions du Ministère ecclésiastique ; par M. **, avocat au parlement ; deux volumes in-i a. Un avocat au parlement qui entreprend de juger le procès qui subsiste depuis tant de siècles entie le clergéet le magistrat politique, ne peut décider qu'en faveur du magistrat; c'est ce qu'a fait le nôtre. Aussi le clergé a-t-il sollicité et obtenu à la cour un arrêt du conseil d'état du roi qui supprime l'ouvrage de l'avocat. On dit cet ouvrage bien fait; mais la doctrine des deux puissances dftns l'État est si absurde, si contradictoire, si remplie de subtilités et de sophismes , que je défie le meilleur esprit de s'en dépêtrer sans rejeter entièrement l'usurpation des prêtres et cette puissance prétendue spirituelle qu'ils s'arrogent. Je défie aussi tout gouvernement qui tolère et reconnaît chez lui une puissance ou juridiction spirituelle, de n'être pas continuellement harcelé par des disputes, et d'oser se promettre un instant de repos. Pour être tranquille alors, il faut, ou secouer le joug des prêtres et les subjuguer, ou se soumettre en silence à leur despotisme.
Exposition de la doctrine de l'Église gallicane par rapport aux prétentions de la cour de Rome, trois petits volumes. Voilà le titre d'un ouvrage posthume de M. Dumarsais, bon métaphysicien, profond grammairien , et d*ailleurs célèbre par son incrédulité. Vous voyez que son peu de foi ne Fempêchait pas de traiter des matières ecclé*
siastiqaes. M. de Voltaire a fait l'éloge de Dumarsais dans le dernier volume de son Histoire universelle. Il y a très-bien peint une sorte de philosophes dont Paris est rempli. J'ai ou! dire un jour à Dumarsais y que la résurrection de Lazare n'était pas une chose possible, par quinze raisons auxquelles il n'y avait point de réponse. La première, c'est que les morts ne ressuscitaient point. On lui dit qu'après celle-là, il pouvait se dispenser d'alléguer les quatorze qui restaient.
Je conseille à nos historiens modernes, grands faiseurs de portraits, qui savent si bien peindre des gens qu'ils n'ont jamais connus , je leur conseille de lire ce que M. de Voltaire dit à ce sujet , et de prendre pour modèle de leurs portraits celui qu'il a fait de Louis XL Ce morceau m'a paru admirable. M. de Voltaire oppose encore dans ce volume les principes sur le despotisme à ceux de M. de Montesquieu. On forait une dissertation assez intéressante pour concilier ces deux grands hommes. Le gouvernement despotique n'a point de principe dans la nature ni dans la raison ; mais il existe dans le fait. De ce qu'il ne devrait pas exister , M. de Voltaire conclut qu'il n'existe pas, et parce que le grand-seigneur ne peut pas tout, il nie que son pouvoir soit arbitraire. De ce que le despotisme ne peut pas tout, il faut seulement conclure que le gouvernement despotique est contraire à la nature de l'homme, et que les principes poussés à un certain point produisent nécessairement l'anarchie et la révolution. Il me semble que M. de Voltaire a tort dans le fond ; mais que M. de Montesquieu a laissé des nuages sur les principes que je crois vrais..... Je suis bien obligé à M. de Voltaire de tout le bien qu'il dit de mes Suisses ; ils parlèrent avec humilité , dit-il , et se défendirent avec courage. Je savais bien que ces grands hommes n'échapperaient point à l'admiration d'un écrivain qui ne s'est jamais mépris sur la véritable grandeur , ni sur le sentiment.
Le sort de tous les hommes dont l'existence est^onorable et utile pour l'humanité, sera toujours d'être persécuté. N'est-ce pas là une récompense bien douce de leurs travaux. U Encyclopédie s'avance au milieu des contradictions de toute sorte d'espèce. Celles des dévots sont les plus bétes , mais en même temps les plus redoutables en ce qu'elles compromettent le repos et la tranquillité des philosophes.
34^ CORRBSPOHTDAirCE INEDITE.
Jamais philosophe n*a causé aucun désordre dans l'État; cependant Facharnement de leurs ennemis consiste à les rendre odieux et suspects au gouvernement» et cette lâcheté réussit toujours plus ou moins. Un janséniste d'une bêtise peu commune , M. de Chaumeix , vient de publier deux volumes intitulés Préjugés légitimes contre t Encyclopédie^ qui seront suivis de plusieurs autres dans lesquels on compte aussi attaquer M. Helvétius auteur du livre de V Esprit, Il ne dépend pas de M* Chaumeix que tous les philosophes de notre siècle ne soient sur un bûcher. Il y mettrait le feu avec un grand plaisir» pour la plus grande gloire de Dieu et de la religion. Un autre écrivain de cette trempe, M. B... , a publié un recueil de pièce philosophiques et littéraires dans lequel M. de Voltaire , M. Diderot et d'autres philosophes sont mis en pièces.
On vient de réimprimer V Histoire du cfiristianisme dans les Indes ^ par La Grose , bibliothécaire du roi de Prusse ; deux volumes. On voit entre autres dans cet ouvrage toutes les menées des jésuites pour l'établissement du christianisme dans ces contrées éloignées. On y lit aussi avec grand plaisir la morale admirable de ces Indiens , tirée de leurs livres religieux. Quand on voit de tels morceaux, on s'étonne de la vanité que nous tirons de la beauté de la morale chrétienne. Il n'y a point de peuple au monde , quelque sauvage qu'il soit, qui ne pût prouver la divinité de son culte par les principes de sa morale si cette induction était d'une certaine validité. M. Mallel , professeur à Copenhague , nous a donné il y a quelques années une Histoire du Danemarck. Vous trouverez dans le second volume , des monumens des anciens Scandinaves qui sont autant de morceaux admirables de poésie et de morale. On dirait, à entendre nos théologiens, que la morale est une chose arbitraire parmi les hommes, et qu'elle a besoin d'une révélation pour leur être transmise; comme s'il pouvait jamais y avoir un peuple qui regardât le vice comme bon et la vertu comme mauvaise.