‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 21 sur 88 · Gazette musicale, année 1848, p · texte numérisé non relu

Gazette musicale, année 1848, p

qui n'était pas dans la confidence, écrivait deux jours après : « Cette pastorale m'a paru assez jolie et modulée assez heureusement, pour un temys où l'on ne modulait jamais... n Une dame enthousiasmée disait à un journaliste : « Ce n'est pas votre Berlioz qui ferait cela ! »

Le faux Pierre Dacré ressentit quelque amertume de ce succès calomnieux pour ses œuvres antérieures. UEnfance du Christ, complétée et remaniée, fit recette à la salle Herz, pendant plusieurs soirées de suite i. Ce triomphe ne consola pas Berlioz du second échec que Benvenuto venait de subir à Londres, où les partisans de la musique italienne et de la vieille Société philharmonique dominaient encore. Le public de Weimar fut d'un avis contraire à celui du public anglais. Benvenuto, à Weimar, prit une revanche éclatante de ses autres déconvenues. Berlioz, étant venu à la représentation, on le célébra en langue allemande, en français, et même en latin. Nous avons découvert les paroles d'un toast, mis en musique par Rafif, et chanté en chœur par l'élite des Weimarquois : c'est à pouffer de rire :

Nostrum desiderium Tandem implevisti :

Venit nobis gaudiuui Quia tu venisti.

Sicuti coloribus Pingit nobis pictor; Pictor es eximius, Harmoniae victor.

Vives, crescas, floreas, Hospes Germanorum

1. Voici la distribution des personnages : la sainte Vierge, madame Meillet. — Saint Joseph, M. Meillet. — Hérode, Depassio. — Père de famille, Battaille. — Un récitant, Jourdan. — Un centenier, Chapron. — PolydorUs, M. Noir. — Le trio des flûtes était joué par MM. Brunot, Magnier et Prumier.

Et amicus maneas Neo-Wirnarorum ' .

Vives, crescas, floreas^ répétait le chœur des convives, en buvant du vin de Champagne : il n'y a que les Allemands pour s'amuser de la sorte. Berlioz, triste et préoccupé, ne retrouvait un peu de gaieté que hors de chez lui, au milieu de ces populations étrangères qui lui décernaient des honneurs dignes d'un proconsul mené au Capitole. Il venait de perdre sa femme, Henriette Smithson, et de se remarier avec mademoiselle Récio, Fex-cantatrice de Bruxelles, dont le talent n'était pas toujours à la hauteur de l'ambition, si nous en jugeons par ce fragment de correspondance : « Plaignez-moi, mon cher Morel; Marie a voulu chantera Mannheim et à Stuttgart et à Heckingen. Les deux premières fois, cela a paru supportable, mais la dernière!... et l'idée seule d'une autre cantatrice la révoltait 2,.. »

Indépendamment de ses ennuis privés, Berlioz ne manquait pas non plus de tracas officiels; ainsi, à l'Exposition de 1855, on lui infligeait la charge de membre du jury, sous prétexte qu'à l'Exposition de Londres il avait rempli le même office; on souffrait que, la veille de l'ouverture, il organisât un immense Te Deum à Saint-Eustache; mais, pour la fermeture, on lui commandait une cantate, l'Impériale :

Du peuple entier les âmes triomphantes Ont tressailli, comme au cri du destin, Quand des canons les voix retentissantes Ont amené le jour qui vient de luire enfin !. . .

Si V Impériale passa comme une étoile filante, le Te Deum marqua davantage; quand on grava ce gigantesque mor-

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