‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 22 sur 88 · Lettre a M. Auguste Morel, datée de Francfort · texte numérisé non relu

Lettre a M. Auguste Morel, datée de Francfort

ceau, les rois de Hanovre, de Saxe, de Prusse, l'empereur de Russie, le roi des Belges^ la reine d'Angleterre, s'empressèrent de prendre part à la souscription : Beethoven avait été moins heureux, lorsque, pour faire éditer sa Messe, il ne rencontra que trois souscripteurs; deux riches habitants devienne et... Louis XYIII. Au début du règne de Napoléon III, on ne jouait nulle part de la musique de Berlioz, c'est vrai; seulement, il faut bien le reconnaître, le compositeur était comblé d'honneurs. Il avait reçu une avalanche de décorations; l'Aigle rouge à Berlin, l'ordre de la maison Ernestine à Weimar, la croix de la Légion d'honneur; il était correspondant de plusieurs sociétés, membre honoraire du Conservatoire de Prague, que dis-je? il faisait partie de l'Académie... de Rio-de- Janeiro ^. L'Institut — le vrai, celui qui siège à l'extrémité du pont des Arts — ne pouvait manquer de s'attacher un homme si dédaigné par la vile multitude et si favorisé par les souverains. Un des intimes de Berlioz, l'intelligent facteur d'orgues M. Edouard Alexandre, s'employa à soutenir la candidature de son ami. Il s'agissait de conquérir la voix d'Adam; or, l'auteur du Chalet n'avait guère de points de contact avec l'auteur de la Stjmphonie fantastique et le rapprochement était difficile : « Voyons, voyons, dit M. Alexandre à Berlioz, qui ne voulait se résoudre à aucune démarche ; réconciliez-vous avec Adam; que diable! c'est un musicien; vous ne pouvez nier cela?... — Aussi, je ne le nie point, dit l'autre; mais pourquoi Adam, qui est un grand musicien, s'obstine-t-il à s'encanailler dans le genre de l'opéra-comique ; s'il voulait, parbleu ! il ferait de la musique comme j'en fais ! » M.. Alexandre ne se découragea pas, et, se rendant chez Adolphe Adam : ce Mon cher ami, vous donnerez votre voix

1, Gazette musicale, année 1857, p. 286.

à Berlioz, n'est-ce pas? Vous avez beau ne pas vous entendre avec lui, vous savez aussi bien que moi que c'est un musicien... — Un grand musicien certes (et le petit Adam rajusta ses lunettes sur son nez), un très grand, très grand... Seulement, il fait de la musique ennuyeuse; s'il voulait, il en ferait d'autre... il en ferait tout aussi bien que moi!... y>

Ce fut une scène digne de Molière*.

« Mais, parlant sérieusement, dit Adam, Berlioz est un homme d'une grande valeur. Je vous donne l'assurance, que, après Clapisson, auquel nous avons tous déjà promis, Berlioz aura le premier fauteuil vacant. »

L'institut nomma Clapisson.

Hélas ! bizarrerie du sort : Adam mourut. Le pays fit une grande perte. Le premier fauteuil vacant fut le sien et ce fut Berlioz qui l'occupa. Il fut élu par dix-neuf voix contre six données à Niedermeyer, six à Charles Gounod et deux à Panseron. MM. Leborne, Vogel et Félicien David s'étaient présentés aussi. Ce dernier échec de Félicien David contre Berlioz rendit Azevedo, ce critique de mauvais aloi, furieux contre Berlioz 2.

De 1856, année où nous sommes arrivés, à 1863, année des Troyens, nous ne distinguons pas dans la vie du compositeur un grand nombre d'événements importants. Il organise, chaque année, un festival à Bade; il y fait représenter son ravissant opéra de Béatrice et Bénédict ; la jeunesse de la ville de Gior (en allemand : Raab) lui envoie une adresse de félicitation ; les artistes du Conservatoire de Paris lui font une ovation, peu de temps après le Tannhaiiser ; le Grand -Théâtre de Bordeaux s'avise de jouer

1 , Renseignements communiqués par M. Edouard Alexandre.

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