‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz-1819-1863Chapitre 50 sur 88 · Le Juif errant d'Halévy · texte numérisé non relu

Le Juif errant d'Halévy

d' HECTOR BERLIOZ. 187

encore entendu. Le morceau de la Fête^ qui m'avait moins satisfait le premier jour, a été rendu comme il ne le fut jamais ailleurs... et croirais-tu que dans l'Introduction le «olo du trombone a été interrompu, après sa troisième période, par des salves d'applaudissements!

Quant à ceux qui ont accueilli tout le reste, j'aurais voulu te voir là pour les entendre. Les journaux continuent à me chauffer (excepté le Daily News), qui est rédigé par M. Hogarth, un excellent vieillard qui fut, jusqu'à présent, fort de mes amis, mais qui, depuis quelques années, remplit les fonctions de secrétaire de la Société philharmonique. Jndè irœ. Il y a aussi X..., qui fait un peu le Scudo, parce qu'il n'a pas pu tirer de Beale les scudi qu'il demandait pour les traductions anglaises des œuvres nouvelles que nous exécutons... (confidentiel). Mais cela ne gâte rien; le succès est général et je suis au cœur de la place. Je monte, en ce moment, la symphonie avec chœurs de Beethoven qui, jusqu'à présent, n'a été qu'abîmée ici.

Croirais-tu que presque tous les critiques sont hostiles à la Vestale, dont nous avons, avant-hier, exécuté largement les plus beaux fragments?...

J'ai eu la faiblesse d'éprouver de ce lapsus judicii un crève-cœur inexprimable... comme si j'eusse ignoré qu'il n'y a rien de beau, ni de laid, ni de faux, ni de vrai pour tout le monde... comme si l'intelligence de certaines œuvres de génie n'était pas nécessairement refusée à des peuples entiers...

Je suis presque honteux de réussir à ce point... Tout cela entre nous.

LIY.

A LOUIS BERLIOZ

Londres, lundi 3 mai [-1802].

Tu me dis que tu deviens fou ! Tu l'es.

Il faut être fou ou imbécile pour m'écrire de pareilles lettres: il ne me manquait que cela au milieu des fatigues de jour et de nuit que j'ai à endurer ici. Dans ta dernière lettre de la Havane, lu m'annonces que tu arriveras avec cent francs et maintenant tu en dois quarante ! ! ! qui est-ce qui t'a dit de payer d5 francs pour l'entrée d'un paquet de cigares? ne pouvais-tu les jeter à la mer?

Voici /a moitié d'un billet de banque de cent francs; tu recevras l'autre moitié quand tu m'auras accusé réception de celle-ci. Tu les recolleras ensemble et chez un changeur on te donnera ton argent.

C'est une précaution usitée quand on met de l'argent à la poste. Maintenant j'écris à M. Cor et à M. Fouret pour savoir à quoi m'en tenir sur ton prochain ^départ. Tu penses ^ bien que je ne fais pas le moindre cas des folies et des bêtises que tu me dis. Tu as commencé une carrière choisie par toi; elle est très pénible, je le sais, mais le plus pénible est fait. Tu n'as plus qu'un voyage de cinq mois à achever, après quoi tu feras imidant six ton cours d'hydrographie dans un port français et tu pourras ensuite gagner ta vie.

Je travaille pour mettre de côté l'argent nécessaire pour ta dépense pendant ces six mois.

d'hECTOR BERLIOZ. 189

Je n'ai pas d'autre moyen de te tirer d'affaire.

Qu'est-ce que tu me dis de tes habits déchirés ? Pour un mois et demi passé à la Havane, tu as donc abîmé tes effets?... Tes chemises sont pourries... il faudra donc des douzaines de chemises tous les cinq mois? Est-ce que tu te moques de moi?

Je te recommande de mesurer tes termes quand tu m'écris; ce style-là ne me convient pas. Si tu croyais que la vie est semée de roses, tu dois commencer à voir le contraire. En tout cas et en trois mots, je ne pense pas te donner un autre état que celui que tu as choisi . Il est trop tard. A ton âge, on doit savoir assez le monde pour mener une conduite différente de celle que tu parais tenir.

Quand tu auras répondu une lettre raisonnable en m'accusant réception du demi-billet, tu recevras le reste et mes instructions. Jusque-là, reste au Havre.

Adieu.

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