LY
A M. FERDINAND HILLER
Paris, •I8b2.
Mon cher Hiller,
Vous allez me croire coupable, mais je ne le suis pas. Je rentre de la répétition, je déjeune, il faut que je ressorte aussitôt pour aller au concert où joue madame Kalergi, chez le prince Poniatowski ; chez Armand Bertin, au bureau de censure ; à l'imprimerie donner des instructions à mon
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copiste, pour insérer des réclames dans six journaux. Vous voyez qu'il m'est impossible de rester à la maison. Sans compter mon damné feuilleton que je ne puis faire la nuit car il faut absolument^ que je dorme. Le sommeil est le premier et le plus impérieux de mes besoins. J'aurais à être guillotiné à neuf heures du matin, que je voudrais encore dormir jusqu'à onze!
. Adieu ; tâchez de venir un instant ce soir à neuf heures voir si j'y suis.
LYl.
A JOSEPH D'oRTIGUE.
Londres, 5 mai [18S2].
Mon cher ami,
Je n'ai pas eu ces jours-ci une heure pour t'écrire; et je te réponds aujourd'hui au sortir d'une répétition de la symphonie avec chœurs de Beethoven, et au moment d'en aller commencer une autre pour la partie vocale du même ouvrage.
J'ai couru vainement tous les cabinets de lecture sans pouvoir trouver ton article. Je le lirai à Paris. Les comptes du caissier du Journal des Débats ne se règlent que de mois en mois et du lo au 18. Ainsi ne dis rien ; je ne puis supposer qu'on ait eu l'idée de ne te pas payer. Pour l'envoi du journal, c'est dilférent ; je sais qu'on ne l'envoie qu'aux rédacteurs sempiternels. Je n'ai pas écrit à M. Bertin. Maintenant fais l'article sur Coussemaker, et, de plus, je
d'hECTOR BERLIOZ. 191
te prie instamment d'aller de ma part chez Stephen de la Madeleine, n^* 19, rue Tronchet, lui dire que^ ne pouvant trouver ici le temps d'écrire quelque chose sur son excellente Théorie du chant^ je te charge de me remplacer. 11 te donnera son livre et tu feras entrer cette analyse dans le même numéro avec celle de l'ouvrage de Coussemaker. Si tu peux trouver le moyen de dire en une colonne et demie quelque chose d'important sur mes collections de chants, fais-le; sinon, laisse-les pour une autre occasion.
Je veux seulement qu'on sache qu'ils existent, que ce n'est point de la musique de pacotille, que je n'ai point en vue la vente et qu'il faut être musicien, et chanteur, et pianiste consommé, pour rendre fidèlement ces petites compositions; qu'elles n'ont rien de la forme ni du style de celles de Schubert.
Mademoiselle Moulin était au second concert. Je lui avais donné deux places; mais sa mère est, je crois, absente de Londres. L'effet, je te le répète, a été de beaucoup supérieur à celui du premier concert, et l'exécution beaucoup meilleure. J'ai conservé le tambour de basque i, parce que j'avais un habile artiste pour le jouer et qu'il a fait ces petits solos très délicatement et avec un excellent résultat de lointain, qui ne ressemblait pas à ce que nous entendions à Paris ; en outre, le pianissimo des timbales dans cette salle n'étant presque pas entendu, le contraste des rythmes eût été perdu en laissant la timbale seule. Non, c'est bien cela que j'ai voulu; mais, pour le tambourin comme pour le violon, il faut en savoir jouer quand on s'en sert.