A M. WLADIMIR STASSOFF
Paris, dimanche l^' mars 1868.
Je ne vous ai pas écrit depuis mon retour, je souffrais horriblement. Aujourd'hui, je vais un peu mieux et je viens
1. C'est, ainsi que nous l'avons dit plus haut, à l'extrême complaisance de M. Stassofl' que nous devons toutes les lettres de ce recueil, adressées à des correspondants Russes,
3o0 CORRESPONDANCE INÉDITE
VOUS dire bonjour en vous annonçant mon départ pour Monaco. Je partirai ce soir à sept heures. Je ne sais pas pourquoi je ne meurs pas. Puisqu'il en est ainsi, je vais revoir ma chère côte de Nice et les rochers de Yillefranche et le soleil de Monaco. Hier, je me suis traîné à l'Académie, où j'ai vu mon statuaire et confrère Perraud*. 11 m'a appris que l'Américain Steinway l'avait enfin payé pour mon buste et qu'on était en ce moment occupé à en couler trois exemplaires^plus grands que nature pour New- York et Paris. Je crois bien que c'est vous qui m'avez témoigné le désir d'en avoir un pour le Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Si ce n'est pas vous, c'est Kologrivofif 2, ou Cui 3, ou Balakirefif ^. En tout cas, sachez et faites-leur savoir que M. Perraud m'a appris qu'on pourrait couler encore d'autres exemplaires de ce buste... Écrivez-moi rue de Calais, n° 4, à Paris. On m'enverra votre lettre à Nice ou à Monaco. Mais il serait mieux encore d'écrire à M. Perraud, statuaire, membre de V Académie des Beaux-Arts, à VInstitut, Paris. Vous lui direz ce que vous voulez et quand vous le voudrez. Et ce sera plus prompt. Oh! quand je pense que je vais m'étendre sur les gradins de marbre de Monaco, au soleil, au bord de la mer !!!...
Ne soyez pas trop juste, écrivez-moi malgré mon laconisme; songez que je suis malade, que votre lettre me fera du bien et ne me parlez pas de composer, ne me dites pas de bêtises...
1. Perrot, dans l'original; nous ne connaissons point de sculpteur de ce nom-là, à l'Institut.