Roman de Berthold Auerbach
talent d'exposition, peu de poésie. — Écrive^-njoi bientôt/et force nouvelles. Depuis que le cabinet de lecture allemand est ouvert, j'apprends pourtant un peu plus de choses du pays qu'autrefois. — Saluez très-particulièrement madame ***. Elle serait étonnée de voir combien je suis devenu gras. — Ne savezvous aucune entreprise littéraire où je puisse, sans trop de peine, gagner quelques centimes? J'aimerais à entretenir décemment mon embonpoint.
A J. GAMPB
Paris, le 19 décembre 1837.
Très-cher Campe,
La nouvelle année est à la porte; recevez à l'avance mes souhaits. Que le ciel vous conserve, heureux et en parfait bien-être, vous et les vôtres, parmi lesquels je compte les auteurs que vous éditez. Le plus fâcheux des maux est la maladie; je l'ai bien remarqué dans les derniers temps, surtout à l'occasion de mes yeux, qui, depuis quelques jours, s'obscurcissent de nouveau. Je suis scrupu-
^7i£ OEOimKS.DE H£.Nja HEINE
leusement les prefioriptions du médecin, et je laisse le xeste.à la garde du dieu de la littérature allemande. — Ajpart.une sombre tristesse, je suis du jreste^bien j)OctaBt.et fictif. Je livre vaillamment le combat delà ^ie, mais sans joie. Beaucoup d'événements inattendus .fendent sur moi, et la lutte ÎBiGessaDte/me devii^t .enfin à xJxacge, horriblement à charge t
Ceiqae vous me dites de Gutzkow me fait plaisir. Le Télégraphe est, en tout cas, une acquisition utile. Vous avez maintenant votre journal, et pour rédacteur le meilleur des journalistes. Gutzkow est le plus grand talent qui se soit produit depuis la révolution de Juillet; il a toutes les qualités que réclame le jour actuel, et semble fait exprès pour notre temps; il me procurera encore bien des joies, mais indiventement, -.clest-àr-dire en ^faisant tout ie chagsin.px>ssible.à mes ennemis. Je voudrais faire aux diaux4unjBacriâj:^.d'actions^de.^râces px)ur avoir in- ^kîSDAÂ (&utdi0w. &i Hseulament il n'était j)asisi irré- •ligieiiK! !si«ettlement le frisafiui sacré que nous font éprouver Jes «grands ^onome^, Jes .représentants du fiaint-Ëspidt, (Be luiTûtait.^pasjoamplétement étrange 1 Il -n'a pas miâme de respect ^pour moil .Mais il
0Oll1iXSPONJ)At«'CB INÉDITE 275
iaat (qu'il fioit ainsi fait.; autrement, 11 ne pourrait «CGomplirson œuvre de chaque jour.
J!ai Jaien ri de «votre histoire de laiplume.d'or ^ C'en 08t fait de la ;poé8ie lyrique, et ce n'«st pas vous, cher Gampe^ qui la remettrez sur pied.
H est mort, Toiseau chanteur, £t tu ne le réveilleras p&st Tranquillement sur ton oreille Tu peux mettre la plume d'or.
(J'ai été souffrant plusieurs jours, et, aujourd'hui 23, je veux coudre encore quelques lignes .à ma lettre commencée.)
Si vous .êtes disposé à entreprendre l'édition complète, cela me sera fort agréable pour plusieurs motifs, par exemple, .pour le plus grand bien de ma gloire. Je ne répondrai pas une syllabe à vos remarques sur les prohibitions prussiennes.; je sais trop bieaque, si cela convenait à votre boutique, les interdictions de la Prusse ^n'empêcheraient pas J. Campe
1. Une plume d'or avait été proposée en -prix, dans le TeU- 9r<lpA<* iponr iA xneUleure poésie ijaigue. .Plus tard, ce journal publia une lettre par laquelle la librairie Hoffmann et Campe, «ind que MJGutzkow, annonçaient que le concours n'aurait pas lieu, et :(pour montrer qu'aucun intérêt d'argent n'était en jeu) qu'ils enverraient douze ducats au comité formé, à Brunswick^ four élever un momiBient à Lesaing.
276 OEUVRES DE HENRf HEINE
d'imprimer. On m'annonce de Berlin que c'est contre Campe seul que Ton est de mauvaise humeur, et que Ton n'attend de moi que le moindre signe pour me montrer combien Ton serait heureux de virer de bord. Vous trouverez très-politique de ma part que je ne me presse pas de faire ce signe, avant de savoir au juste quand vous imprimerez l'édition complète. Plus je tarderai, plus les autorités prussiennes seront maniables, et moins je puis être soupçonné de notifier mon modérantisme dans mon propre intévét. L'animosité politique s'est si fort calmée à mon endroit, depuis trois ans, que je n'ai vraiment nul besoin de faire des concessions, et qu'il s'agit seulement de me mettre à l'abri du soupçon d'avoir été converti du dehors, c'est-à-dire gagné par de l'argent ou- des flatteries : Dieu sait que je ne pourrais être amené là ni par l'un ni par les autres, et que je n'écrirai jamais une syllabe contre mes convictions. Il ne suffit pas d'être loyal, il faut encore se garer du soupçon de déloyauté.
Je suis dans les meilleurs termes avec Heideloif, et vous n'avez rien à craindre de sa part. Aussi je voudrais que, de votre côté, vous fussiez aimable pour lui. L'essentiel est qu'il ne porte pas préjudice
à VOS intérêts. — "Quant à ce qui regarde les intérêts d'autrui, sachons un peu fermer les yeux. Me comprenez-vous?
J*ai interrompu mon grand travail, et me suis mis à un joli petit livre intérimaire, que je compte vous envoyer fin février ; — mais je ne dis pas ce que c'est, ou bien je ne le dirai que fin janvier. Savoir se taire est un grand talent, et, après savoir parler le plus utile de tous. — A vous.
Je vois souvent ici Auersperg *; avez-vous quelque chose à lui dire ?
GXG
A AUG. LEWALD
Le !•' janvier 1838, à huit heures.
Pressé par quelques jeunes Allemands, voici deux mois déjà que je m'occupe d'un projet d'Atmanach
i. Le comte Auersperg, plus connu sous le nom d'Anastasius Grun, ne en 1.806, — le chef de Técole lyrique autrichienne, le chantre encensé d'abord des Promenades d*un poëte viennois, et de plusieurs autres recueils poétiques. Doué d'une imagination brillante et riche en symboles, il fut le premier poëte allemand qui chercha, dans les réalités du monde moderne et même de notre civilisation industrielle, les sources d'inspiration que la poésie s'obstinait à demander au passé. Ses aspirations libérales lui valurent une popularité qui, depuis longtemps déjà, n'est plus attachée à son nom.