CORRESPONDANCE* INÉDITE 2TO
m* absente plusieurs heures pour faire visite à Mathilde, qui a été dernièrement si malade, et si entêtée contre les prescciptiona du. médecin, que j'ai dû
l'enfermer dans une maison de santé^ à la barrière Saint-Jacques. Ce qu'il faut supporter t Je lui ai fait vos salutations, et elle se réjouit* comme un/ enfant de .vouâ> revoir, à Pairi&i. Ella aété atteinte d'une inflammation: de» inlestinSvet). si j,6 n'avais, pris des. mfiâuieS' énei^iquesv elle me serait morte dans le& bras, et il' m'aurait, fidlu écrire. un. nouveau volume d'él^esck — Chose singulière t L'amour heuneux ne fait pas de vers^ L peine uaa-t^il de la. prose en écnvant k ^otq^t mné..
IL Bi s-'est permis envers moi. une infamie sans, pareille;,— maispatiencel. Ces petita roqiiets qui se.dâiiiient.l!air de mei lécher la main,, et pourtant me mordent les^mollets,, recevront les cûups de pied qulila méritent*.
GXGI A VARNHAGEN
Paris, le ii février 1838.
Cher Varnhagen,
11 s'est passé tant d'événements intellectuels qui nous touchaient tous deux, qu'une correspondance à ce sujet était impossible, à supposer même qu'elle n'eût pas été imprudente. Aujourd'hui, l'occasion de ma lettre est de la nature la plus positive et ne concerne que des intérêts matériels.
Je vous prie de lire l'incluse, de la cacheter, et de la faire tenir au baron de Werther *. — Si vous le voulez, vous pouve» faire davantage encore, et c'est pour cela que je vous ai envoyé la lettre ouverte, afin que vous en preniez connaissance.
Lorsque je lui fis visite il y a cinq ans et demi (comme vous le verrez par ma lettre), pour lui donner l'assurance que je n'avais pas, à l'endroit de la Prusse des desseins aussi hostiles qu'on me le prêtait, le baron de Werther me conseilla, cher Warn-
i. Ministre de Prasse, à Paris.
hagen, de vous écrire une lettre à cœur ouvert, ajoutant qu'il vous serait facile de ménager une loyale entente entre moi et le gouvernement prussien. Il s'exprima très-avantageusement sur vous à' cette occasion et me donna l'assurance qu'une intervention de ce genre, avec la confiance qu'on avait en vous, ne pouvait nullement vous compromettre. Pour moi, cher Varnhagen, je craignais le contraire, et, comme presque toujours, j'observai la règle du silence. — - Ce système a son bon côté, et j'y gagnai de ne pas être compromis en bas; mais, en haut lieu, il me fut préjudiciable, et le décret de la Diète contre la Jeune Allemagne me causa bien des ennuis, et paralysa beaucoup d'entreprises littéraires que j'avais projetées. Entre plusieurs exemples, je mentionne seulement que je fus contraint de vendre à mon libraire le droit de publier une édition complète de mes écrits, pour une somme dérisoire, et qui n'était pas le quart de ce que j'eusse reçu dans un temps où Pinterdiction prussienne n'aurait pas pesé sur moi. Ce n'est là qu!îin exemple. Vous n'avez aucune idée de tous les dégoûts qu'il me fallut subir.
Si tous les symptômes ne me trompent, il semble
t^ OEUVR'E'S DET HBWIfl H"EINE
que lemoment soit venu où les malentendus peu**veait disparaître, et où le gouvernement prussien ne* mettra nul obstacle^ à ce que j'exécute- un vieux^ projet, c'est-à-dire rétablissement d^ùn journal- a!* lèraand à Paris. Si vous étiez disposé, cher Vàrnh^-gen, à faire quelque^ chose dfe plus que (Fenvoyer ma lettre au baron' de Werther; et s'il pouvait vousconvenir encore de parler dans cette* affaire, v&qS" pouvez* lui' donner^en mon nom toutes' fes garantie»^ possibles (compatible» avec rhonneur, cela va sansdire); Jfe souscris — vous le savez* depuis longtemps» — à'toutce que' me' dicte votre- clairvoyance; Wàiw il'fimt agir sans rctetrd; car d'autres; â- ce que j'apprends, poursuivent? un projet* semblable; ifestvraique lès noms dé ces gens-là sont tels, que degouver»nemeiit prussien bafencera Ibngtemps» apvanrdeser commettre avec eux. Car; aujourd'hui, dès^ orgawssr servilès, et reconnus pour tels, peuvent nuire pltptôt qu'être utiles au gouvernement prussien. — Pàîterqueje reçoive bientôt une réponse:
SH le baron de Werther reftisaît dte»répondi«> d!*rectementou indirectement, à* ma'questfon, en Aimât peut-être (ce serait une échappatoire à bon iwai**ché) queTaffiire'coTîWBrneexicrhrsivenaentlfe'miHi^
CORRESPONDANCE INÉDITE f9B
iT& de rintérieup, — je ne m^àdi"esserai peinte àt celui-ci, mais je prendrai cette réponse* pour un re*fiis, et me tournerai peut-être vers le- gouvernement autrichien, pour en obtenir rentrée de mon jburnaV dans Tempire; je n'ai pas Fe temps de parlémenterf longuement avec fe ministre prussien de* rîhtérièur; précisément parce qu'il' y a perimlUm' m mora; etf puis, si le baron Werther ne s'intéresse pas pour moi, il ne me reste aucun espoir de succès.
Maintenant, adieu. — J'éprouve une^ singulière émotion en vous écrivant de nouveau. Gïi !' comme je serais, heureux de vous revoir un jourf
L'échange de nos idées par Ifettres ne nous estpas nécessaire. Nos esprits se trouvent dans Te» mêmes courants de pensées, et, tôt ou tard, nous finissons toujours par nous rencontrer dans les mêmes eaux. — Votre ami.
CTCTI
AU MEME
Paris» iB^tô fénier 183&.
Bien cherVamhagen^i
J^àvais à peine, hier, mis ma lettre à la poste; quand je m'aperçus que je ne vous avais rien dit du
journal en lui-même. L'idée du journal, celle qui préside à sa fondation, est celle-ci : Paris et Londres étant les centres de tout le mouvement politique, les'correspondances de ces deux villes sont, pour les journaux allemands, la chose essentielle; au lieu de donner^comme maintenant, de rares correspondances, fabriquées quelquefois en Allemagne, je pourrais en donner facilement le triple, avec cet avantage que leur authenticité ne pourrait être mise en doute. C'est là-dessus que se fonde mon espoir d'un grand débit en Allemagne, débit assuré, mais faible si la Prusse et TAutriche étaient fermées au nouveau journal. Quant aux garanties que je puis donner au gouvernement prussien en échange de cette faveur, je remarque seulement ceci :
Comme je l'ai toujours fait depuis la révolution de Juillet, et avec conviction, je resterai fidèle à t'avenir au principe monarchique, et, cela, sans toutes les clauses équivoques derrière lesquelles se retranchent les constitutionnels du midi de T Allemagne ; — car, vous l'aurez remarque, cher Varnhagen , je ne suis point enthousiaste du système représentatif allemand, et, si je ne me suis pas pro« nonce de tout cœur contre la singerie constitution-
nelle, ce n'était que pour ne pas compromettre ma popularité auprès d'une foule libérale qui n'aurait pas manqué de voir en moi un mercenaire servile. Toutefois, en écrivant récemment une série d'articles que vous trouverez dans la Remie théâtrale de Lewald, je n'ai pu cacher absolument mes antipathies. Vous ne trouverez pas non plus, dans lesdits articles, une idolâtrie par trop grande des Français.
Je n'emprunterai les nouvelles de Prusse qu'à des journaux qui auront passé par la censure prussienne ; mais, si l'on m'autorisait à publier de3 correspondances privées de ce pays, je ne risquerais jamais, dans le choix des correspondants, de déplaire au gouvernement. Les intérêts des provinces * de Tancienne Prusse me sont aussi inconnus qu'indifférents, et, sur ce point, il m'en coûtera peu de me taire, ou de ne rapporter que les opinions des autres. Il en est autrement pour les provinces du Rhin. Ici, l'oiseau est chez lui, ce sol ne m'est pas indifférent, et c'ésl pour moi un besoin comme un devoir de m'expliquer sur ce qui se passe dans mon pays. Sur ce point, il faut qu'on me laisse la parole absolument libre. Mais le gouvernement prussien
peut être sûr que^ dan» la situation actuelle des choses pour ce qui concerne- le pays du Rhin, toutes mes sympathies sont du côté de Ik Prusse;- que je ne méconnaîtrai' jamais tout ce qu-dlè a fkit pour ce pays bâtard qui n'a été regagné pour l'Allemagne queparellé, et qu'elle seule a rameaié aux mœurs et* k l'esprit allemands; car à vous,jmon compatriote *, je puis le dire sans crainte, nos compatriotes n'oiit jamais possédé de caractère, n'ont jamais été un* peuple ;' c'est seulement une foule que le premier mauvais avocat venu peut gouverner, dont Tèffronterie n'est surpassée que par sa souplesse, et devient rampante et muette quand on s'y prend' sévèrement tvec ellfe ; — ce ne sont ni des Allemands ni dfes Français; ils n'ont que les défauts des premiers, c'èst-à'-dire Ta brutalité, sans avoir lès vertus des* seconde, et, moins que toute autre vertu, l'humanité française; en un mot, ce sont des Belges. Ce que sont ceux-ci vis-à-vis dès Hollandais, mes compatriotes lé sont vis-à-vis des Pi^ussiens ; je n'aime pas les Hollandais, mais j'ai pour eux du respect; ils ont du caractère, de là dignité nationale; ils ont
l; Varnûftgen; commr Bbinr, était* né à Dbssddoirf (17SCQ.
CORRESPONDANCE .INÉDIT^B 8ft7
accompli la dévolution que les Belges n'ont pu gbe commencer, et, comme autrefois Jeurr^publiqjie, ils savent aujourd'hui défendre «leur roi.
Je pense que, dans 1! affaire de rarchevêque, .hi Prusse iprend des rmesures beaucoup tï'op douoes ; ici, les palliatif6 ne servent à rien, il faut une opérar lion radicale qui^ pour un moment, mettra peut^tre le mal dans tout son jour, mais le .guérira pour Tavenir. Il est bien plutôt heureux que ce mal se soit produit maintenant, dans un temps tranquille où la Prusse peut tout oser; plus tard, dans des temps agités, il y aurait plus de danger à craindre, et les pays du Rhin pourraient être perdus pour la Prusse. — Le docteur Kolb a raconté un jour, dans \a,Gazette d'Augsbowg^ avec quelle netteté je m'étais .ei^primé sur ce point, contre les révolutionnaires allemands, en 1832, c'est-à-dire par ces .mots : m Vous autres gueux, vous n'avez rien à perdre si les Français prennent les pays rhénans ; mais, moi, je perds trois millions de lecteurs. »
Je vous écris aujourd'hui dans la plus grande hâte, parce que je. ne veux rien négliger dans cette affaire, €t m'expliquer aussi nettement que possible pour le cas où vous vous y intéresseriez. Ce .qui
vaudrait encore le mieux, serait d'obtenir une réponse directe, aussi prompte que possible. Si le gouvernement accorde à mon journal l'entrée en Prusse, et que j'en sois informé, tout le reste, ira fort vite. Je n'attends qu'une réponse ^que je puisse faire voir aux gens qui doivent me fournir les moyens matériels de Tentreprise, c'est-à-dire de l'argent, — Adieu. Votre ami.
CXGIII
A AUG. LEWALD
Paris, le 1«' mars 1838.
Quel bonheur d'avoir un ami auquel nous pouvons révéler nos intérêts les plus matériels, sans craindre qu'il puisse méconnaître l'élément spiri-f tuel, l'idéal, qui s'y cache! Gomme il est agréable en même temps de n'avoir pas besoin de vous dire tant de choses, de n'avoir à traiter que des détails, parce que nous nous comprenons sans rien dire pour l'essentiel.
En entendant dire que je publiais ici une Gazette de Paris^ vous aurez deviné (ce qui est très-juste) qu'il s'agissait pour moi, d'un côté de gagner beau-
coup d'argent, afin de pouvoir continuer la guerre, et, de l'autre, d'élever pour cette guerre un formidable bastion, d'où je pusse pour le mieux faire jouer mon artillerie. J'ai fait la paix avec les gouvernements (il faut baiser la main qu'on ne peut couper), et ce n'est plus maintenant sur le. terrain politique, mais bien littéraire, que je mettrai flamberge auvent.
Je vais vous dire franchement le point où nous en sommes pour cette gazette allemande qu'il s'agit de fonder à Paris.
Il y a beau temps que j'ai ce projet dans la tête ; mais le$- malentendus avec les gouvernements allemands en rendaient l'exécution impossible. Je ne voulais pas faire parvenir d'humbles suppliques à Berlin; ma dignité ne le permettait à aucun prix. Il fallait attendre l'heure où c^ gouvernement reviendrait de ses préjugés, et où il me serait possible de m'adresser à lui. Ce moment est venu.
Il y a quinze jours, je me suis adressé avec franchise à l'un dés personnages les plus haut placés du gouvernement prussien, pour demander si Ton accorderait l'entrée en Prusse à un journal allemand que je voulais fonder à Paris, Dans la huitaine, II. * 17
j'aurai une réponse que je vous communiquerai, et le ton de cette réponse à, ma demande préalable m'apprendra ce que j'ai à attendre de ce côté-là. J*ai profuis.une entière impartialité ; û les gens sont avisés, iU comprendront que je ne; pouvais promettre, mais q^'il m'était possible de tenir davantage. Car, en ce qui touche les questions politiques les plus inportantes, je n'ai qu'à suivre mes propres inclinations poui» me trouver d'accord avec le gouvernement prussien; et, pour peu que la Prusse persiste ou progresse dans sa ligne actuelle, elle aura en moi un allié, et s'apercevra qu'il y a pjour elle avantage à soutenir mon journal.
Pour ce qui concerne la valeur de ce dernier, je puis me flatter d'avoir trouvé une combinaison qui lui permettra de surpasser toutes les feuilles actuelles» et d'obtenjr le succès le plus grandiose. Voilà dix ans q^e j'étudie l'organisme de la presse en toutpajfs^ et j'ose prétendre que personne n'est iaUié plus profondément h ses secrets. Je connais si ç^tactement le' personnel et les ressources de la pj^sse quotidienne,, que j^ suis capable, par les arrangements que je prendrai, dlarriv^r aux résultats las plus étonnants. Vous n'avez pas d'idée de
CORRESPONDANCE INÉDITE t^i
ce que j'ai appris sur ce sujet. — Comme Paris sera longtemps encore, esseatitllament par . luîmâmdv nuii^ ^uis$i à cause de. sa situation eiitre Londres et Madrid, le quartier général de tous les faits et raisonoemenis. politiques, une gazette allemande arrivant djLrectemeat de.Paris en. AUemagjoe aura, plus d'importance pour le. publie allemand qoa- 1^ journaux dont les correspondsoices parisiennes sont suspectées d'être écrites dans les bureaux, de la rédaction, et souvent émanent des correspondants les plus mal choisis.. Gomment âera&t-il passible de contrôler en Allemagne un correspondant de Paris? Des moîs se passent avant que Tan. s'aper<?piye.chez vous.que le correspondant de Paris reçoit poujr son travaiU de la police d*ici^ deft. bonocaires extra, ou bien qu'il est en voyage, et se fait remplacer dans> l'intervalle par quelque pauvre diable d'écrivailleur, ou bien, qu'il est deveim fou, comme *** de la Gazette d!Aug9bQvrg. Tandisque. ceuxoi» dans, leurs corr^pondances parisiennes,, obéissent. & tous les hasards de leur caprice' et. de leur intérêt . privé, je donnerai un beaucoup. plus grand njombre de cornespondances, 4e.trQiaÀvAix.,par exemple pour chaque mméro du
t92 GEDVRES DE HENRI MEINB
journal, et ces correspondances seront sûres, bien choisies et contrôlées.
Avant tout, je pourvoirai avec soin à ce que la correspondance française de la Gazette d*Augsbourg non-seulement soit débordée avec éclat, mais encore démasquée dans sa bavarde nullité.
Je compte beaucoup, énormément même, sur le fait que le nouveau journal inscrira mon nom comme celui de son rédacteur en chef. Chacun m'assure que ce nom sera à lui seul, non-seulement une annonce et des plus brillantes, mais un gage de confiance, et de succès au point de vue des abonnements. Vous n'avez aucune idée de la jubilation de nos compatriotes ici, à la première nouvelle que j'allais publier un journal, de Tempressement de chacun \ se ranger sous mon drapeau, et combien Ton m'envisage comme le chef légitime d'une telle entreprise.
Mais plus encore que sur le talisman de mon nom, et les ressources de mon talent, je compte sur celles que me procureront les annonces, et ma connaissance de ce domaine mystérieux du journalisme. Depuis que l'un de mes meilleurs amis a fondé un bureau d'annonces, et que je vis beaucoup avec
d'autres Français qui s'occupent de ce genre d'affaires, je connais les combinaisons à Taide desquelles un journal peut couvrir, avec ses annonces, la plus grande partie et presque la totalité de ses frais, et comment il est possible, même à un nouveau journal, d'arriver tout de suite à ce résultat. En un mot, je suis dans la ligue des courtiers d'annonces. Hier epcore... (Je suis précisément interrompu par mon barbier!) Hier ^ matin encore, quelqu'un voulait m'affermcr, pour cinquante mille francs par an, .l'espace du journal réservé aux annonces. Je ne sais si vous me comprenez ; cette matière est fort embrouillée, et le journalisme allemand qui connaît, il est vrai, les grands bénéfices que retirent des an» nonces les anciens journaux, ignore pourtant tout à fait les raffinements qui se sont produits depuis quelques années dans ce genre d'affaires. On fonde ici des journaux dont les frais dépassent de beaucoup le prix d'abonnement, et où les pertes augmenteraient avec chaque abonnement de plus, si l'on ne pouvait compter précisément sur le bénéfice des annonces; ainsi, par exemple, la Presse y h laquelle ses annonces rapportent déjà cent mille francs par an.
294 «AUTRES t>E ÛBNRI fifilTTfi
Le seul'potnt dëiicat pour la fondation dtrmittv^it journal, est le timbre^ qui en augmente si effroyablement le prix (c'est-à-dire de dix-huit francs par an, par numéro), que j'ai la peur dans mes culottes rien que d*y penser, que j'en perds la confiance nécessaire au succès, et que la seule possibilité d'un écliec, qui compromettrait la pureté», de mon nom, me fait trembler jusqu'au fond àeVêimeé Ici, en efet, mon honneur est en jeu ; quelque innocent que je pusse en être, Bi îes capitaux qui me sont confiés venaient à péricliter, me voilà compromis, dans l'opinion publique. Bref, j'ai une extrême répugnance à gérer des capitaux étrangers, sans être positivement sûr du succès, -^ et c'est cet embarras qui me pousse à vous écrire aujourd'hui.
J'ai trouvé, en effet, une combinaison dans làqueHe, d'un eôté, le prix du joumaï ne serait plus aussi élevé, et où, de l'autre, ma responsabilité ne serait nullement engagée.
D'après mes premiers calculs, je ne pourrais donner au public allemand une gazette imprimée ici (à cause du timbre et de Taffranchissement) audessous de cinquante francs par an. Moi-même, comme rédacteur en chef, je n'aurais qu'un traite-
ment de mille francs par mois ; mes bénéfices comme éditeur, déduction faite de tous frais, seraient peu de chose ; il n'y aurait de profit net que sur les insertions, c'est-à-dire les annonces. Mais le public allemand peut-îl payer un prix si élevé? Avec un prix semblable peut-on compter sur beaucoup d'abonnés ? Je ne sais trop I Et, dans cette incertitude, pour procéder avec toute sûreté, voici mon projet. La Gazette de PuHs est écrite à Paris, rédigée à Paris; c'est à Paris qu'est son bureau de rédaction, mais c'est à la frontière allemande qu'elle est imprimée et expédiée. L'exécution de ce projet n'est pas isujette à de grandes difficultés, mais entraine beaucoup de détails; quant à 'ceux-ci, j'y reviendrai plus tard, et je ne saurais encore en parler bien exactement,
puisque je ne puis préciser l'endroit de la frontière où le journal serait imprimé. Toutefois, pour vous donner une idée de l'exécution de mon plan, je suppose que le journal est imprimé à Kehl. Là serait expédié tout ce qui concerne la partie étrangère du journal, les faits du jour ^ les correspondances et lettres quotidiennes de Londres et d'Occident; le paquet partirait d'ici pour Strasbourg, par la poste, à six heures du soir (quelle heure fâvcfrable 1) ; I
Strasbourg, quelqu'un retirerait immédiatement le paquet à la poste, et le porterait à l'imprimerie à Kebl ; le journal, déjà commencé et rempli en partie des nouvelles d'Allemagne et d'autres articles, serait immédiatement complété, et pourrait être imprimé et expédié en Allemagne à l'heure du départ de la poste de Kehl (heure tardive, car il y a sûrement un arrêt assez long à Strasbourg). De la sorte, mon journal allemand aurait toujours l'avance sur les journaux français (qui sont publiés à Paris si longtemps avant le départ de la malle-poste). Et, comme la malle s'arrête partout quelques instants, si l'on
veut payer chaque jour un courrier intermédiaire qui prendrait les devants sur elle, on aurait trèssuffisamment de temps pour imprimer le journal... Il faudra du temps avant que le public sache que le journal est imprimé à la frontière; l'essentiel pour les abonnés est le lieu de la rédaction, et de recevoir un journal écrit à Paris; et, quand on apprendra qu'il est imprimé à Kehl, les gens les plus avisés comprendront facilement que cela a lieu pour expédier plus vite les nouvelles; on dira ensuite qu'elles arrivent à Kehl par estafette^ ce qui pourra se faire en réalité, dans les cas extraordinaires ; on
CORRESPONDANCE IN-EDITE 297
pourra aussi prétexter que le journal doit être imprimé à la frontière allemande, afin qu'il ne soit ^ pas mis de difficultés à son entrée dans les États allemands; — et, en effet, ces difficultés^seront par là, en partie du moins, aplanies.
Vraiment, dans Texécution de ce projet, il y a peu de chose à risquer, et énormément à gagner.
Ce n'est pas le moment de parlementer par écrit, et, en général, il n'y a pas de temps à perdre; car il se trouve ici des gens qui s'occupent aussi d'un projet semblable, et, s'ils nous prévenaient, ils pourraient faire tort au nôtre, sans avancer beaucoup le leur. C'est le misérable B. qui intrigue afin d'obtenir l'appui de la police française pour un journal allemand; il traîne partout avec. lui, comme rédacteur en chef, le malheureux P., qui s'est distingué dans 2^ J/on(]?e,.aujourd'huî en faillite, et a mis dans ses intérêts, ou prétend y avoir mis, comme principal actionnaire, un joueur de bourse trop bien connu.
Mathilde est en convalescence. Hier, elle, a fait sa ^ première sortie, pour venir avec moi à TOpéra- Comique. Après l'avoir reconduite à sa maison de
santé, je suis allé au bal masqué, où je suis resté jus-
SI9S CÉtrTRiffd DE'mswRi hein«
qali cinq heures, à demi-mort de ftltigne, si ktett qu'aujmird'bui je puis à peine écrire. En général, toirte cette semaine, je me sms voué aw earnaval. C'est aussi la faute du carnaval si je n'ai pas lu encore complètement Tarticle de Pfixer contre moî. Que voulez-vous f j-en ai lu le "commencement, et je ne l'ai pas trquvé venimeux, tnais simplement mal écrit * ,
CXGIV
AU MÊME
Paria, Ie-6tiinr8ld38.
Relativement à ma lettre de mercredi dernier, j'ai à vous annoncer aujourd'hui, 1* que la réponse la plus satisfaisante m'est arrivée de Beriin, 2* qu'il n'y aura pas non plus de difficultés pour obtenir rentrée de mon journal dans les Ëtats autrichiens. — Chose surprenante ! même de ce côté, je trouve les facilités les plus grandes.
Déjà dans sa forme première, c'est-à-dire le j*(mrnal paraissant ici, à Paris, le projet se présenterait
à. Lt pi6iiiière tivtaigon éw -Ànnalêa inméttridUt mllemanéai (Stuttgart) contenait un article fort hoslile de 6. Pfizer, sur hi ÉeriU et la Tendanôe de ffeine.
SOUS les plus brillants auspices ; après dfe mtsvtlM combinaisons, fài découvert que, dans ce cas, ^les frais seraient moindres que je neî'avais'Cfu 'd^àbo^fl.
A J. CAMPE
Tf ès-(*ef Campe^
Enfin, enfin nous voilà sortis de ce maudît Mvôr, catarrheux et désolant ! J'ai souffert, dans ces trois derniers mois, d'une tristesse et d'un abattement întérieur que je ne connaissais paB encore. Cette circonstance, et une affaire qui m'a absorbé plus que de raison, vous expliqueront mon silence. VôUs vous tromperiez toutefois, en croyant que j*aî négligé vos intérêts ; bien que l'affaire en question ne doive pas se réaliser^ la peine qu'elle m*a donnée aura pour vous les meilleurs résultais. Ce n'ètaît pus moins que la fondation, ici, à Pari?, dtin nouVeèfa journal pour lequel j'avais à ma disposition des ressources intellectuelles et matérielles qui dépafssent tout ce qu'on peut rêver en ce genre ; il s' agis- . sait seulement d'obtenir de la Prusse la promesse
aOO CEUVRES DE HENRI HEINE
positive qu'elle autoriserait l'entrée du journal dans les États prussiens; car, vu la somme énorme d'argent d'autrui que je hasardais, il me fallait au moins quelques garanties contre l'arbitraire prussien, et j'avais de sérieux motifs d'espérer que l'on m'accorderait aujourd'hui tout ce que je demanderais d'équitable. — Mais, à ma grande surprise, la mauvaise humeur d'autrefois n'est pas encore complètement éteinte, et l'on ne répondit point à mes demandes aussi favorablement que je l'espérais. On ne veut m'accorder encore aucune autorisation positive, et mon projet de journal échouera probablement. Hais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. J'ai seulement à vous dire que ces négociations ont eu pour résultat sinon d'aplanir entièrement les malentendus avec la Prusse, du moins de les mitiger de telle sorte, qu'ils finiront par disparaître tout à fait. C'est tout particulièrement (mais absolument entre nous) le ministre Werther qui s'intéresse en ma faveur, et cherche à obtenir pour moi la sympathie des autres. De fait, pour la publication' complète de mes écrits, vous n'avez maintenant rien i craindre du gouvernement prussien, même quand il ne révoquerait pas le texte de ses décrets.
CORRESPONDANCE INEDITE 30i
J'espérais vous envoyer, le mois prochain, le manuscrit d'un nouveau livre; — mais, hélas!
rhomme propose, et Dieu dispose; — ces maudites négociations à propos de journal sont cause que mon travail, à peine commencé, a dû être interrompu ; ce qui est très-fâcheux pour moi , puisque les honoraires étaient déjà inscrits à mon budget. Mais ne craignez rien, je regagnerai bientôt le temps perdu. Je pars dans quinze jours pour la campagne, — la solitude la plus profonde.
Vous m'avez annoncé très-pompeusement une apologie de mes écrits, contre Pfizer, dans le Télé-graphe. Je Fai lue. Dieu vous conserve] la santé! Mais il faut que ce soit moi-même qui me charge d'en finir avec mes ennemis.
Aujourd'hui, j'ai une proposition à vous faire, mais je vous prie, et vous demande votre parole, de n'en dire mot à personne. Je n'ai pas mal envie (soit pour avoir un organe à moi, soit pour exploiter à mon avantage, comme d'autres, le goût pour les publications périodiques) de publier une Revue sous ce titre : « Paris et Londres^ » ou « Londres et Paris ^ Revue mensuelle allemande, par Henri Heine. » Chaque mois, il paraîtrait six ou huit feuil-
30S «strtitcis fifi tftfKRf Htfti^ie
les ébet vous, à Hambourg. Je publierais cette Revue à mon compte, et vaudrais savoir à quoi se monteraient les frais, et quelle commission vous prendriez. Gomme il ne s'agit àtijourd'hui pour tîsoi que de connaître ces chfffres, je ne vous dis ïfen du contenu et de la tendance. — Je crois pouvoir tous envoyer d'ici ou de Londres les gravures et illustra* tions destinées à chaque volume; mais je voudrais pourtam savoir si des lithographies coloriées, ûihes à Hamboni^, ne s«nt pas plus chères qu'tdlteurs... — Totre ami.
CXGVI
â V^^:]tN-BA«-irK
Paris, l9 3i mau 4838.
J'ai encore à vous renrerder de toute la peine que vous vous étés amicalement donnée pour mon pauvre journal, étouffé en naissant.
Vous avez raison, ces négociations avortées ne sont pourtant pas sans profit;' maïs, pour moi, le profit immédiat est le plus précieux. C'est que f ai pu mettre une fois de plus votre amitié à l'épreuve.
et rafr&icbir vivemetft tiMm flouvemr dans Totre âme. Quant an gouvernement prusâea, je me v^nge de lui -— par mon silence. Je me proposais de lavmr d'impcH^nce laj iête à mon oompati»io>te Qànes % et de le montra*, lui et ses auppdts, «éitts la «iittf té la plus -hideuse, ^-^ mms je me tais.
Hais muê^ je ne puis comprendre pourquoi inous vous taisez ; vous, le vicaire ée Gœtliesur la terre, qui av«E en main la torche (pn pourrait en môme temps éclairer et mettre en cendres les nMs 4e hit>oux.
J'espère que ces Kgnes vous trouveront flriM» portant. •— - Je vous demande très^nstamvnent de profiter de la belle saison pour faire un voyage qui vous récrée, et d'aller plus tard prendre des bains fortifiants. Au nom du ciel, n'y manques pasi
Pour ce qui concerne les tettres que m'a écrites Rahel, vous semblez Ignorer le grand, rfrréparable malheur qui m'est advenu ; c^étaat unpaquetde plus
I. Joseph GOrres, né en 1 775, — d'abord, rnn des partisans les phiaaTADOés de la RévoluiionifraDçaiBe; — plus tard^ pr<MD«<* (eur ardeDt du mouvement national contre la France et Napoléon ; — enfin, Toné exehisivement ani idées ultramontaines et au mysticisme catholique. Sa Hyitique chrétienne a été traduite en français (Paris, 1854) — Gôrres est mort en 1848.
de vingt lettres (bien que je n'écrivisse pas directement à Rahel, elle ajoutait toujours aux vôtres une lettre plus ou moins longue] ; et, dans un incendie qui a mis en cendres la maison où demeurait ma mère à Hambourg, ce paquet a été brûlé avec tous les autres papiers que j'y avais laissés. — Il est étrange que le temps ne soit point venu encore, et certainement ne viendra pas de sitôt, où je^pourrai dire sans détours tout ce que Rahel m'a confié, du plus profond de Tâme, dans des heures émues.
Aussitôt que j'eus reçu votrelettre, j'ai abandonné, conmie je vous l'ai dit, mon projet de journal; car, avec une position aussi peu assurée vis-à-vis du gou»vernement prussien, je n'aurais pu risquer un capital de cent cinquante mille francs, qu'un ami mettait à ma disposition pour cette entreprise. Même avec l'autorisation accordée d'avance d'entrer en Prusse, il y aurait eu, la première année, un déficit de plus de quatre-vingts mille francs; la seconde année même, je n'aurais pas été entièrement couvert, et c'est dans les suivantes seulement qu'un excédant, mais un excédant magnifique il est vrai, eût été assuré. Efi tout cas, le bénéfice moral l'aurait emporté sur l'autre. — Je n'ai pu encore chasser complètement- ce
GORRESPONDÂNGB INÉDITE 305
projet de ma tête, et je m'occupe à le transformer des plus ingénieusement. Je vous en écrirai bientôt.
Je vous souhaite santé et bonheur; gardez-moi votre attachement. — Votre ami.
Je vous prie d'envoyer Tincluse à Laube, dont je n'ai pas l'adresse.
A AUG. LEWALD
Paris, le 2 avril 1838.
J'ai été malade, doublement malade, puisque Ma* thilde, encore souffrante, se trouvait dans sa maison de santé ; en outre, j'attendais de jour en jour une réponse précise de Berlin ; puis une personne qui aurait certainement réglé mon affaire prus* sienne, devait partir il y a une dizaine de jours pour Berlin, et, par une singulière mésaventure, n'a pu encore se mettre en route; enfin votre avant-dernière lettre ne réclamait pas positivement de réponse; voilà pourquoi je suis resté silencieux jusqu'à aujourd'hui, ce que vous voudrez bien ne pas attribuer à de l'indifférence, ou même à un complet abandon de mes projets de journal. J'estime que mon idée, telle que je vous l'ai exposée, est la plus ingénieuse
300 oeirriiBé de henui tiKii^E
des comWnafeons : — je veux dite la piiblic^ôn d*un journal allemand, rédigé à Paris, imprimé à la frontière, n'ayant ainsi à payer ni timbre ni port considérable, tout en jouissant de Tautorité d'une feuille parisienne, et pouvant, au moyen de ressources plus considérables, déborder tous les autres journaux allemands.
La chose essentielle n'est pas que mon nom figure sur le journal comme celui de rédacteur en chef; ce n'est là qu'une chose accessoire, et, même dans le cas où mon nom serait l'objet de chicanes de laipart des gouvernements aQemands, je sais le moyen de tourner eeile difficulté.
Soy^ sans inquiétude au sujet de M. de.B. Lui«t ce^eux de ***^ qui n'ose se montrer au public depuis la buiqlieroute du Monde^ se sont associés ensemble et prétendent qu'un certain M« de M. leur a assuré ies fonds nécessaires pour l'établissement d'un journal (tout eda est faux). Le gouvernement prussien leur aurait accordé un privilège pour l'en* trée en 'Prusse (ce qui est aussi un grossier mmsonge). — Et tout cela pom pouvoir emprunter çà et là de l'argent sur le compte du futur journal et soutenir leur misérable existence.
Vans connaissez cet hemime là ; chassé de Berim à cause âe mauvais tours, on lai a arraché f^ttbli^ qoeoient ses épaulettes à Alger; ici, le docteur S. prétend qu*il lui a volé une montre ; la police parisienne Ta employé comme agent provocateur auprès des ouvriers allemands:; bref, I-homme le phis mé~ prisable et le plus dangereuT^i : delà, ma circonspection.
€XGVIII
A r CAMPE
Paris, le 16 juin 1838.
Très-cher Campe,
Voici les premières ligues que j'ai écrites depuis un mois ; mon mal d'yeux a reparu très-aggravé, et le médecin m'a défendu de lire et d'écrire. Aujourd'hui eocore. écrire m'est fort difficile, et )e ne puis que v4>us griffonner le plus indispensable.
Je suis très- vexé que vous ne m'ayez accusé réception ni despoésies, ni de \h postface % et que ma dernière lettre soit restée sans réponse» Hier, j'apprends qu'il se trouve dans le Télégraphe un article
i. Publiée plus tard sous le titre de Miroir de$ Souàbes,
qui me cause autant de surprise que de chagrin. Pourquoi donc annoncer ainsi à l'avance aux Souabes les coups de canne qui les attendent? Cela peut me nuire de plus d'une manière. Que signifie ce bavardage absurde, que je n'insérerai pas dans mon Recueil les poésies que j'ai publiées dans V Europe deLewald? Ëcrivez-moi tout de suite ce que cela veut dire; autrement, je serai forcé de prendre les mesures que la dignité m'impose : ne pourrait-on pas croire, en effet, que je dépends de quelque décision étrangère pour le recueil de mes poésies?
M. Wihl, à qui j'ai promis une recommandation peur vous, vous aura été présenté par M. Gutzkow, et je suis sûr que vous avez déjà conçu une haute estime pour ses qualités^ et particulièrement pour son très-remarquable talent poétique. Je vous recommande très-chaudement ce jeune poète, et je serai charmé que vous puissiez lui rendre service. — Ayez la bonté de lui dire que mon mal d'yeux m'a empêché d'écrire les lettres promises, et que je ne manquerai pas de le faire aussitôt que cela ne sera plus dangereux pour moi.
Adieu, trèsK^her ami ; ne m'oubliez pas.
AU MÊME
Paris, le 7 juillet 1838.
Très-cher Campe,
Moa mal d*yeux ne me permet pas encore d'écrire beaucoup, et je n'aime pas à dicter des lettres. £n général, dicter est une fâcheuse besogne; j'en ai fait Tessai récemment (quelques feuilles sur Shakspeare que Ton m'a extorquées) ; mais la plénitude et la clarté colorée du style disparaissent. D'ailleurs, je me trouve bien, — mais fort mécontent des lenteurs que -souffre l'impression de mon nouveau recueil de poésies.
Si Gutzkow venait ici, ce serait un des plus grands bonheurs de ma vie.
Je ne savais vraiment rien de l'intention de M. Wihl d'écrire une étude, et même une étude considérable sur moi; c'est un bon et brave homme, et je lui pardonne d'avance de me compromettre; avec son manque de connaissance des hommes, et son exubérance de vanité poétique, cela ne peut manquer d'avoir lieu. — Votre ami.
340 OlUVftES DE HENRI HEINE
ce
AU MÊME
Pvifi^ k fta juiUet <838.
ramaift beaucoup de cho$e»à vous*diieVjtrèfi^er Gampe^ mai» mon mal d'yeax m'ea raipéebe. Aujourdliui, je vous écris en oourant pour une affaira au sujet de laquelle le libraire Delloye, d'id, vous écrira aussi. Delloye est un des hommes les {dus respectaUes et les plus honnêtes que îe oonnaifise, pwit-étte le seul libraire tout à fait honnête' qu'il y ait entre Cadix et Harbourg (je dis jfibrtetit^^ parce que, beaucoup plus à Test, il y a Hamboui^ et la Bobnensirasie *), U est à la tête de plusieurs antreprises par association; entre antres^ eellna de la publication des gravui^ pour &s F^mme&de Shutspâore, qui ont déjà para en Angleterre^ et.dont.il s^eat fait ici une double édition; Delleye venit les publier ausai en Allemagne. Pour donner un Mttdt partioulÎMrà Tédition aUsmandev il a vouhi y joia<-
C0flll£&P02«IDANGE IN£IHTE 344
are quelques feuiilea de texte d'un auteur considérable. J'ai consenti à écrire ces feuilles» pour des motifs importants ; entre autres, parce que, sur mon refus, on se serait adressé à Louis Tieck. Le travail ' est terminé, et, comme je Tai dicté d'un seul jet, il se trouve que le manuscrit est plus considérable (sept feuilles) que je n'avais pensé (entre nous, ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais toujours assez bon pour le but proposé). J'ai engagé Delloye à s'entendra avec vous pour que votre nom soit nus sur le titre de l'ouvrage, et que vous soye^ chargé de le vendre en Allemagne. J'espère que^ dans ce cas, vous pousserez activement à la vente, et que vous répandrez le livre (bien que ce soit moins un livre qu'une collection de gravures) avec votre activité ordinaire. Il va sans dire que le texte est tout à. faix innocent, et qu'il n'y a rien à craindre de la canr sure; d'ailleu£$, vous pouvez m'ea croire, jp suis oaaintenant dans les meilleurs termes avec la Prusse, et puis compter que, de oe côté-l&, il ne mi arrivera plus aucune frasque nouvelle* — Je vous salue affectueusement. Votre ami, fort souffrant aujourdOmi.
S'il y a. dan» le Télégra^e quelq(ie chose q}M
puisse m*intéresser, envoyez-moi le numéro sous bande, rue des Martyrs^ 23. — J'ai déménagé.
AU MÊME
Granyille, 1^18 août 1838.
Très-cher Campe,
Je reçois à l'instant votre lettre, qui m'arrive ma Paris, avec Tincluse de Gutzkow. La poste part dans une heure, et j'ai tout juste le temps de vous écrire, ainsi qu'à Delloye. Votre silence au sujet de ce dernier, me mettait fort dans l'embarras. Avant mon départ (quand j'avais déjà mis le manuscrit tout entier à sa disposition), Ilelloye m'apprit qu'il ne pouvait attendre davantage, et qu'il devait confier la vente à un autre libraire d'Allemagne; je vois que, dans sa lettre, il vous avait parlé d'un achat d'exemplaires, bien qu'il ne s'agît que d'un dépôt en commission ; mais les Français sont ainsi, ils ne connaissent rien à nos us et coutumes allemands. Je vais l'engager à vous annoncer son intention pour la vente des Femmes de Shaks-
peare^ qu'il vous remet en commission, — et j'espère que ma lettre n'arrivera pas trop tard.
La lettre de Gutzkow me met dans le plus extrême embarras ^ Que dois- je faire? Je lui répondrai demain. Je ne puis maintenant imprimer ces poésies, si je ne veux désormais me mettre avec Gutzkow dans les plus désagréables malentendus. S'il faut vous dire, mais à vous seul, toute ma pensée, je le ferai avec toute la bonne foi et la naïveté possible : le livre tout entier ne m'importe en rien ; il m'est indifférent qu'il ne paraisse que plus tard dans la collection complète, et cet ajournement n'est point un sacrifice pour moi, mais bien pour mon éditeur Julius Campe. C'est naïf, n'est-ce pas? Mais comment faire pour que vous soyez un peu dédommagé de ce sacrifice? Voici : vous imprimeriez la postface en brochure, et, dans ma prochaine, je vous dirai de quelle introduction nouvelle il faut la faire précéder. Si vous voulez imprimer cette postface en même temps dans le Télégraphe^ le jour où vous la publierez à part, vous êtes libre; seu-
1. Gutzkow avait conseillé à Heine, avec de très-vives in- «tances, de ne pas réimprimer une i^rande partie de ses Poétim nouvdlei,
lemeiU, il faudra dire en note que cette reproduction dans le journal a. été autorisée par Téditeur,
En effet, je ne puis aujourd'hui rien donner directemerU au Télégraphe. L'article qu'il vient de publier ^ doit être horriblement compromettant ppur mol. Je vous avais prié de me l'envoyer squs baade; et Wa prévision que Wihl ferait de moi le piédestal de sa manie, d'être un grand homme, semble s^ vérifier. Lev\^ald m'écrit que cette lecture Ta. confondu. Un ami me marque de Paris qu'on débite dans cet article, de l'air le plus nigaud et le pjlu^ honnête du monde^ les insinuations les plus^ perr fides sur ma maîtresse, sur ma situation à Paris, ->et qu'ain$i les indignités de Beurmann se trouvent confirmées; bref, on est hors de soi. Envoyez-moi donc les feuilles sous bande^ aussi vite que possible, ici, à Granville [département de la. Manche,) Wihl a de bonnes intentions; mais la rage insupportable de satisfaire sa vanité lui met le diable au corps; — je le lui ai déjà dit, mais il est incurable. — Tput cela,' à vrai dire, m'est fort indifférent; mais, «î avouant, dans ce moment^ ma collaboration au Télé-