‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives-- (volume 2)Chapitre 30 sur 52 · H. Heine à Paris, par L. Wihl · texte numérisé non relu

H. Heine à Paris, par L. Wihl

f/raph€y j'accréditerais moi-même les sQttises^le Wihl. 11 ne manquerait plus que cela!

Vous pouvez dire tout ceci à Wihl. Le diable l'emporte, si ce qu'on m'écrit de Paris est exact!

Ce que vous me dites d'un projet d* Annales littéraires me plaît. J'y collaborerai volontiers, et peut- ^e^ehoisirai-Je nu sujet qui donnerait tout de suite a» livre la vague la phis extraordinaire. -^J'écrirai donain à Gutzkow; je Taime fort, mais que le diable l'emporte aussi, seulement plus doucement, et avec le respect convenable, car c'est un pécheur ée-gFande disiinctfcm. Il nargue le monde entier et ppQivsoqae'partout des inimitiés, là même où il au- Mit suffi d'un grain de patience pour gagner les amitiés at les alliances tes plus considérables. Je lai'écrirai demain; en tout cas, remerciez-le déjà SHqomri'bai en mon nom de l'intérêt qu'il me té* ntoigne.

Matatenanl, adieu, cher Campe, et comptez sur ma plus fi^ancbe amitié.

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CGII AU MÊME

Granvilie,' le 10 septembre 1838

Cher Campe,

J'arrive du mont Saint-Michel (le point le plus remarquable de la Bretagne), et je trouve ici votre lettre du 26 août; je compte repartir demain pour Paris, et vous écrire de là longuement; aujourd'hui, je me hâte de vous dire le plus important. Je vois qu'il y a urgence pour les Annales^ et qu'il serait trop tard pour se mettre à fabriquer un article : aussi je vous abandonnerai volontiers ma postface en échange de quelque chose de nouveau; seulement, ne la mettez pas tout de suite sous presse, puisque j'y ajouterai encore une ou deux feuilles, que je vous enverrai de Paris dans une dizaine de jours. — Je pense que les Annales ne paraîtront pas une seule fois, mais deux au moins par an. — J'ai lu l'article de Wihl : s'il sortait d'une plume ennemie, je dirais que c'est un chef-d'œuvre. — Saluez très -affectueusement Gutzkow; j'ai aussi trouvé sa lettre. — En hâte ! — Votre ami.

CORRBSPONDANCB INBDITB 347

• GCÏIÏ

Paris, le 18 septembre 1838.

Très-cher Caoïpe,

Encore brisé des fatigues du retour (qui n'a pas été des plus heureux), je me hâte de vous écrire. Mon livre : Femme$ et Jeunes Filles de Shcikspearey avec des annotcuions de H. Heine^ sera complètement im« primé dans les premiers jours de la semaine pro* chaîne, et Delloye n'attendait que mon retour et une conversation avec moi pour vous écrire. C'est ce qu'il fera aujourd'hui même, et je m'en réfère à sa lettre. — Il s'est trouvé, en effet, un négociant allemand qui s'engage à prendre à son compte quelques centaines d'exemplaires du livre, à condition qu'on lui donne le reste en commission ; et Delloye, qui a fait déjà de tristes expériences avec la librairie allemande (ainsi, il avait donné en commission cinq cents exemplaires d'un ouvrage, dont quatre cent cinquante lui sont revenus d'Allemagne fort longtemps après, et l'argent des cinquante exemplaires vendus, beaucoup plus tard encore), Delloye,

vous le comprenez bien, craint qu'il ne lui en arrive autant avec vous. Je l'ai détrompé là-dessus, en lui assurant qu'aveoiBOttfe activité et votre loyauté un débit moyen du livre était certain, et qu'il ne lui était point nécessaire de pouvoir compter à l'avance sur quelques centaines d'exemplaires pris à compte fiw; je^lftiai CMt'remaarquer encore qu'un libraire aUemand n'avait ^m à risquer à prendre ainsi à son coi»fito.«m'llfQr»4}ui roi^fermait de^moi plus de di& feuîUes^j^iiâ jnnysiaiio, et que des offres de ce gare Be^davaiettt iMtstîkiduire k môttre strr te ttvre le «MDb d'une iibfidrid ifai ne m'agréait pas, "d'stutaot plos t(i>'H {MUirmlt certainement attendre de veiis «im offre aamlbMile, si je<vous priais, tous, JulU» Gampe, 40<la tal : faire, il vous doif nera donc, ei^lmit0ionifian(»4«H«êi^in nombre ^^exemplaires en 4Miiiimiaaiaii, %t' H attend vos ordres pour le cbiffi^ 4e 4;esoa»efapkiir0s, le mode d'efxpéditron, eu. Je lui tii dit^aimi jcfu'il nTy avait pas de temps i petdf^ ear NoN «st proehe, et le livre eât surtout Sûipour tee4oflflée»'éli«im)es.

Toutd'abMd JB^^tfis^paskkmtéàDëlKy^ espoir f&av leéêbit; j'avais entrepris ce tfavail à eaRtmi^ceur, :et dans un temps de maladie, et je ne

emtptsAn d'abord écrire que peu de cltù^; mate, am iieu^de quelques feuilles, j'ai fini par en écrire ufie^dttaine, grand in-octavo, à plus de treille lignes la'>psi^,'et je trouve^ en fin de compte, que le tout a bdime ICNirnure, et qu'ainsi Touvrage sera certatnemeilt bien reçu du public. Aussi, lorsque, hi^r, DeHoiye m'a demandé en conscience sur quel débit je coniptais, j*ai cru pouvoir lui parler d'un millier d'exeiâpkires. ^-Be la part des gouvernements, je n*ai rien à craindre; Rocbow a dit à Tun de mes amî^ qu'on ne mf^innîommoderait aucunement pour celtes p«rt)lTcation, et il n'y a, en effet, dans le livre, rien ^i puisse mécontenter. — Il dépend donc de vous que mon ami Delloye trouve son compte à oelte^afFtire, 4>\x je ne suis intéressé qnemorakmêniy puisque dAs longtemps je suis en règle avec lui : il m'a payé quatre mille francs en recevant mon imlmiBciit. Vous verrez avec quel luxe il est imprimé.

117 a Imigt8i)q)9 que je suis réeondiié avec mon oncle, et je l'attends à Paris, ces jours*-ci, avec grande Joie. ••^ Gonmie je vous l'ai dit, \2LpoUfi1ce €ttt destinée au& Amuiles ; mais il faut absolument que j'y ajoute, sinon une longue note (il n'est peut-

320 CBUVRBS DE HENRI HEINB

être plus temps pour cela), du moins quelques mots d'avertissement. Quant au livre lui-même (le second volume du Livre des chants)^ il me semble que, si j'en retranche à peu près une douzaine de morceaux, en les remplaçant par autant de poésies nouvelles, et si même j'ajoute encore quelque chose, le volume pourrait encore être imprimé sans retard. Demandez donc à Gutzkow si je dois sacrifier plus d'une douzaine de morceaux ; — mais n'en parlez pas à Wihl, qui, ave(^ tout son bon vouloir, manque de tact. Il faut que je défende ici ce brave homme contre tout le monde (il méritait vraiment un meilleur sort). J'ai fini par rire, plutôt que de me plaindre, de son article. Hier, Wihl me disait que quelqu'un (qui m'est inconnu du reste) lui laverait la tête, et cela, dans le Télégraphe. Son ami, Bœhme (qui écrit dans la Gazette de Breslau^ — dites-le à Wihl) me parle d'un article de la Gazette dAngsbourg^ écrit par Savoye, et où celui-ci le menace, et moi aussi> d'un désaveu du côté d'Âuersperg. Je ne puis penser à Wihl sans rire...

La première fois que vous publierez quelque chose de moi, ne le faites pas imprimer, au nom du cieh à Darmstadt : là sont mes anciens ennemis de

CORHESPONDANCB INÉDITE 321

la Burschenschaft ^ ; et c'est ainsi que je m'explique

les tracas de la censure. — Et maintenant, adieu ;

saluez très-cordialement M. Gutzkow. — Votre

ami.

CGIV

AU MÊME

Paris, le dO septembre 1838,

Bien cher Campe, Ci-jointe une remarque qui doit être imprimée, en petits caractères, en tête de mon article. Je comptais écrire encore toute une longue adjonction ; mais la présence de ma famille, et l'histoire de mon cousin, me. troublent tellement la tête, qu'avec la meilleure volonté, je ne puis rien faire. — Je vous prie d'enjoindre à l'imprimeur des Annales de ne pas changer la moindre chose à la ponctuation. C'est affreux, l'absence de conscience avec laquelle on la maltraite, pour tout ce que je ne puis pas corriger moi-même, c'est-à-dire tout ce que vous avez Imprimé de moi depuis mon- départ 1 Et pourtant c'est chose si importante ! — Saluez Gatzkow* A bientôt davantage, — Votre ami.

i. Association d'étudiants, ramifiée dans tontes, les nniversiléi allemandes.

AU MÊME

Fsrk, le 19 décembre 1838.

Très-cher CampB,

Si jer ne voas écris qu'aujourd'hui, la faute en est à mes yeux; il faut que je dicte presque toujours, el^ la mauvaise homeitr dictée est bien plus âpre qÉ'atttographe. <M«is, aujourd'hui, il faut absolument que je iNXiS' éenve, car je viens de recevoir le Mmir d$» S^mie». I£e 'voîlà de nouveau trahi et vdndttfiOU'tottt'au moins mesf intérêts les phis chers âo&t safcriSés «ux iM»i^idérations les plus pitoya- Ues^ 8i ce n'est «lèine à rarb?traire individuel le plus léger. Vous avîeas déjà assez péché contre moi ea fwrmelta&t à mon insu la mutilation du second fthime du «SoMi, «t Aq V École romantique; — et ttuÛDteiiant, dans le ^morceau le plus innocent du monde eu paini ^éh^mB de la politique et de la censBiByet €Ù jld'agit-sôulement de mettre à la raison mes ennemis persemiels, dans ce petit travail même, onse permet les .mutiktions les |>kis. désagréables! — N'était-ce pas assez déjà que, par votre faute,

CORRESPONDANCE IN£J)|TB dtS

rimpression de cet écrit eût été retardée neuf mois^ et fallait-il encore qu'on me Yol&t la saiis&ctiw exquise qui n'avait tout sou prj;K*>que dans le iqOh ment même? Le refus de VmpmmttUir à GieaseBCMSt facile à comprendre^ Partout aUlfiucsvcelA-eiit.élé impossible ; en tout^as, vou$i.au£iesyu alors le lé^ sultat dans la huitaine. Tous las cbai^» d!affbiffeft m'assurent ici que je. n'ai xuUi mauvai^^ vouloirà craindre en Allemagne, ni ppiu* ma personQe« ni pour mes écrits. Comme vou9{ n'ay«£ pas vouki écrire à Delloye, malgré mea.soUioitatioos, eticfiie celui-ci s'est vu contraint do. rematti^/e le lijvm«flik • commission à Avenarius et BcocUbaus, oesdeiv^ niers, pour obtenir un. ceriifioat .comme éditeuf»*^ ont dû soumettre les feuillesiia^iméesàJacensave . de Leipzig, — et pas une ligne, pas un iota n'a été supprimé.

£t pourtant, comparé avec le Miroir des Souabes, ce livre était plein des passages les plus terribles au poiiit d€i vue politique et religieux.

Je vous écrirai bientôt ; aujouiid^biii, je suis trop furieux, trop profondément indigné. Et pourtant, j'avais été suflSsamment vexé j^ar votre dermtae lettre, où vous m'accusez de complicité aveoBûirM-

tedt au sujet du malheureux Wihl, votre chevalier de la vérité, dont l'humilité rare vous apparaît sans doute encore aujourd'hui dans toute sa gloire. Et, par-dessus le marché, vous me rendez attentif à des invectives de Beurmann qui ont été sans doute commandées à Hambourg, afin de mettre un lénitif sur la vanité blessée de Wihl t Comme Beurmann est une créature dévouée de Gutzkow, je ne comprends pas que ce dernier puisse autoriser de semblables choses. Un grand dégoût m'a pris en lisant votre lettre. — Et pourtant, j'aurais si fort besoin de vivre en parfait accord avec vous! Toutes ces querelles m'affectent douloureusement, et il est vraiment bien triste que je ne puisse pas même compter sur mes amis 1

CGVI

AU MEME

Paris, le 23 janvier 1839.

Très-cher Campe, .

Quelques lignes seulement en réponse à votre lettre du 10 janvier. Envoyez-moi, par le premier courrier, le manuscrit du second volume du Livre

CORRESPONDANCE INÉDITE 3to

tlis chants^ ainsi que {Épilogue, Afin que le premier volume de. mes poésies, ne soit pas compromis par le second, je veux éliminer de celui-ci tous les morceaux qui pourraient causer quelque scandale, c'est-à-dire tout au plus une feuille d'impression ; je remplirai cette lacune par une feuille de poésies nouvelles, exquises, et qui sont déjà écrites. Si j*écarte de ce second volume la malheureuse postface, il sera peut-être un peu mince, et je pourrais y ajouter la traduction de la première scène du Manfred de Byron, qui se trouve dans mon premier recueil de poésies. Je vous prie donc de m'envoyer ce dernier (publié autrefois chez Maurer, à Berlin).

Les feuilles censurées du Miroir des Souabes vous auront montré que j'avais toute raison d'être parfaitement vexé. — Dites au chevalier de la vérité (comme vous a^ez nommé un jour M. Wihi ; je crois aussi que vous vantiez alors son indifférence pour la gloire; aujourd'hui, vous chantez sur un autre air!), dites à M. Wihl que M. B. n'a pas payé les deux cents francs, il a laissé protester la traite, et enfin s'est éclipsé, de sorte que j'ai dû donner (et

argent de ma poche. — Votre ami.

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