‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives-- (volume 2)Chapitre 33 sur 52 · Un dos premiers romans de Gatzkow · texte numérisé non relu

Un dos premiers romans de Gatzkow

aux leurs. Mais ce n'est pas même au niveau d'un Louis Wihl que je puis me placer; car je ne suis qu'un chien dans le sens réel du mot, c'est-à-dire le successeur calomnié de ce barbet loyal, fidèle et vertueux, qui détestait sans doute l'immoralité de M. Heine, mais n'a point donné lieu à une accusation d'aboiements haineux. M. Heine n'a pas rougi, dans sa lettre à M. Julius Campe, d'écrire les obscénités suivantes : a Qui donc a mutilé mon Miroir des Souabes dans l'intérêt des Souabes, ou, pour parler plus exactement, dans l'intérêt de quelques-uns des rédacteurs des journaux de Cotta? Si Sarras, votre camarade de chasse à longs poils, était encore en vie, c'est sur lui que tomberaient mes soupçons, car il se jetait souvent dans mes jambes quand j'entrais dans votre magasin, et aboyait toujours méchamment lorsqu'on demandait un exemplaire des Reiseàilder, Mais Sarras — vous me l'avez annoncé — est mort depuis longtemps, et vous vous êtes procuré, depuis lors, de tout autres chiens que je ne connais pas personnellement, et qui sans doute apportent tout droit aux Souabes ce qu'ils ont happé chez vous, afin d'attraper en échange une miette d'éloge dans le Jtfor-

354 «BVVRBS DE HENRI HBIME

§eièUjMl » — Je méprise profondément un hottuiie qui ne respecte p^s même le repos des morts, qui fouille les tombeaux d'une main sacrilège, «t s'avilit par la publicati(m illicite de feits privés; — i^, bien que je ne sois qu'un chii^, un diien tout à, fiiit ordtoaire, J'ose cependant donner un dàneoti à ^ui qui £aU de moi un manœuvre de la censure, et me croit capable, par préférence pour les poites souabes (que je place, en effet, infiniment plus faâ«t que M. Heine) de défigurer, ne fât*ce qu'une ligne, 4ans ses manuscrits. -^ Je vous prie d'imprimer le plus tôt possible cette déclaration; car, lorsque Campe reviendra de la foire de Leipzig, il faudra q«e jfO ine couche à plat v^itre. £n éout oas, j'tturti àm eoups de péed.

Chien courant chez Hoffmann et Campe^ à Hambourg.

CORRESPONDANCE IN-fiftlTE 355

CGXI A HENRI LAUBE

Granyille (Manche), le 24 juin 1839.

Très-cher Laube,

Je vous prie de saluer madame votre femme. -»- J'espère que vous commencez tous deux à vous sentir un peu agréablement dans ce Paris désert. Pour moi, je suis comme un poisson dians l'eau,* — et dans le vrai sens du mot, car jo me baigne déjà, et, si je ne nage pas précisément dans la mer, je flâne pourtant sur le rivage, contemplant les nuages, écoutant le bruit des vagues, et faisant des projets.

J'espère que vous avez déjà dépêché votre Gutzkowiade; quant à la mienne, il me reste encore à la transcrire, ennuyeux et désolant travail, et pé^ nible aussi à cause de l'état de mes yeux qui me font mal de nouveau depuis huit jours ^..

Mon épouse et déesse est tout à fait bien, et m'a chargé, quand je vous écrirais, de saluer amicale-

i. Cet article de Heine, sur Gutzkow, n'a pas été publié.

ment M. Laube et sa dame, — Elle vient tout à l'heure de sortir pour la messe... très-parée!

Comme aucun journal allemand n'arrive ici, vous le pensez bien, et qu'on ne m'écrit rien d'Allemagne sur les affaires de Gutzkow, il faut, si les journaux en disaient quelque chose, que vous m'en informiez tout de suite. Si vous ne les lisez pas, dites-le à M. Weill, qui les lit, et donnez-lui mon adresse pour qu'il me communique ce qu'il apprend d'Allemagne. Je lui écrirai peut-être ces jours-ci.

Mon banquier n'a encore reçu aucun manuscrit

d'Allemagne. J'espère que la traduction avance à

grands pas...

. Je vis ici très-agréablement, et fort heureux, et

j'espère que ce séjour fournira aussi son butin littéraire. — Donnez-moi bientôt de vos nouvelles. — Votre ami.

Faites donc bientôt visite au rédacteur de \2l Revue des Deux Mondes, et donnez-lui les lignes incluses.

CORRESPONDANCE INKDITE 3o7

GGXII A GUSTAVE KUHNE

Salutations cordiales, mon très-cher collègue, en même temps que je vous envoie ces quelques poésies, qui appartiennent à un recueil qu'on ne publiera peut-être pas de si tôt, bien que ma note dise le contraire. — S'il y a, dans le cinquième morceau, quelque chose qui vous choque, laissez alors le tout de côté, car mon envoi, sans ce dernier Lied^ serait par trop pauvre. En général, je n*ai plus guère de confiance dans ma poésie, — je parle de ma poésie versifiée. Mon âge (et peut-être notre temps) n est plus favorable aux vers, et veut de la prose. — La vôtre, cher Kuhne, soit dit en passant, me plaît au plus haut degré; vous avez un style tout à fait original, ce qui n'est pas le cas pour tous nos amis. Tout y est doucement fondu, et les pensées semblent parfois regarder timidement comme à travers une gaze d'argent. — Votre bien dévoué.

Paris, le 11 octobre 1839.

A AUG. LEWALD

Paris, le 16 novembre IS39.

Notre aimable ami Beurmann m'a remis, il y a quinze jours, votre chère lettre du 9 octobre, et je puis vous assurer que chaque ligne qui m'arrive de vous me fait du bien. Si je ne vous ai pas répondu régulièrement jusqu'ici, la raison en est simple : je suis assez vain pour croire que nous nous comprenons, même sans correspondre. Je n'ai jamais douté de votre amitié; mais, soit dit avec franchise, j'ai dû parfois, dans ces derniers temps, lever les épaules à propos de la faiblesse qui vous a fait rechercher, en vue de votre position extérieure, Talliance d'hommes toujours prêts à ronger comme des rats toutes relations amicales, et à les empoisonner, — d'hommes qui, de tout temps, m'ont porté de la haine à cause de mon amitié pour vous. — Et, vous qui connaissez les hommes, vous avez pu vous lier avec un***, ce ver de terre jaune comme l'envie, qui, de prime abord vous en a voulu à cause des quel

ques cuillers d'argent que le public vous attribue! —Campe imprime maintenant la quatrième édition des Reisehilder^ qu'il publie, nous le savons, à plusieurs milliers d'exemplaires; et la troisième édition du Livre des chants^ où se trouvent les mêmes poésies que dans les Reisehilder^ s'enlève follement.

Je mentionne ceci pour vous laisser voir le dessous des cartes* — Vous comprendrez, comment je. puis répondre par le silence, et même par une ms^ligne joie, à toutes les attaques de mes ennemis. -^ Ils sont libres de croire que je les crains; -^un quintal d'arsenic, craindre une demi-once de vertde-gris I

Suffit. Aujourd'hui, je voulais seulement vous dire que je me réjouis de votre arrivée à Paris. Ah t ne laissez pas ce projet tomber dans l'eau t

Quand vous viendrez ici, vous recevrez aussi un croquis de ma personne, mais pas auparavant. Si vous arrivez bientôt, vous trouverez encore Laube» un brave homme, et plus sûr que les alliés que vous vous êtes mis sur le dos. — Adieu. Mathilde, l'ange folâtre vous salue cordialement.

GCXIV A HENRI LAUBE *

Voulez-vous venir, vous et madame Laube, oc soir, avec ma femme et moi, aux Français? Je viens de recevoir un coupon de loge, et je compte sur vous. Donnez-moi une réponse. Nous dînerions alors ensemble, et irions ensuite au théâtre. Voulez-vous nous prendre, ou devons-nous monter chez

vous ?

GGXV

AU MEME

Je reçois à l'instant votre billet, cher Laube. Je ne puis aller chez vous à l'heure indiquée, et ne vous verrai que demain. Soyez, si possible, entre une heure et deux, à la maison. — J'ai parlé avec Tessier^ le libraire, mais sans résultat; dans ce rude mois de décembre, où chacun est en peine d'argent, il n'y a rien à faire avec les libraires parisiens. J'ai été chez Delloye, mais je n'ai pu le voir;

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