CCXXVIII
AU BfÉME *
Paris^ le 8 août 1840.
Je reçois à l'instant, cher Campe, votre lettre du 11 août. Le titre me contrarie beaucoup, -r- J'ai été quelques jours indisposé, préoccupé aussi par les bruits de guerre, si bien que je n'ai envoyé qu'hier le manuscrit, dont voici la fin... — Mardi, je partirai pour Gran ville ; si vous m'écrivez, adressez seulement votre lettre à H. H., àGranville (Manche). •^ Qu'a donc dit Gutzkow de moi dans le Télégra*
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phefJe ne vois pas ce journal. En général, mandez-moi tout de suite ce qu'on aura pu écrire et vociférer sur mon livre. D'ailleurs, je l'abandonne absolument à son sort. Qu'il se tire d'affaire tout seul : il est venu au monde avec des dents. En grande hâte. — Votre ami.
A AUG. LEWALD
Granville, le 31 août {810.
Je vous remercie des feuilles que vous m'avez envoyées; malheureusement, on ne les avait pas mises sous bande ^ de sorte que j'ai dû payer dix-sept francs six sous; j'ai failli en mourir de peur, et je suis encore malade, si bien que je dois prendre les bains de mer. Aujourd'hui, il est vrai, je suis heureux et bien portant : est-ce l'effet de ce beau jour d'été, ou. bien d'un noble sentiment d'orgueil, — mais je suis de la meilleure humeur du monde dans ce moment où je viens serrer la main d'un vieux ami, et lui demander un service. Je vous ai toujours trouvé si serviable et si bon pour moi dans les grandes crises de ma vie 1 — Aujourd'hui, l'horizon est moins
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sombre, mais j'ai pourtant besoin de vous. En même temps que vous me rendrez service dans uneaU'aire qui n'est pourtant pas d'une importance vitale, vous effacerez aussi mainte impression pénible que d'autres m'ont causée. — J'apprends maintenant que Gutzkow, à l'apparition de mon livre sur Boerne, a mis en mouvement tout l'arsenal de ses artifices pour me nuire dans l'opinion, et pousser, par contre-coup, l'ouvrage qu'il veut publier sur le même sujet. Si je voulais vous narrer tout au long comment il cherche à s'emparer de Campe, et à l'exploiter à mon préjudice, cela me mènerait trop loin et m'ôterait aussi ma bonne humeur.
Vous n'avez pas d'idée de tout le luxe d'infamies que j'aurais à vous raconter quand nous nous reverrons, car il me semble constamment que je vous attends au premier jour. Mais vous connaissez trop les cloaques littéraires de Hambourg, — et de toute l'Allemagne, — Ipour ne pas deviner le principal. Dans l'état d'anarchie de nos journaux, il sera facile au noble***, à l'aide de sa clique, d'introduire en contrebande, dans les gazettes allemandes, une foule de petits articles perfides contre nioi. Il vous faut réagir contre ce scandale, et je laisse à votre pru-
GOAABIPONDANaB IICBDITB lltt
dence le choix des moyens. Je vis à Tétranger, complètement isolé ; je ne suis en relations littéraires avec personne, et la presse anonyme a beau jeu pour massacrer mon nom. — Agissez-donc vite, tout retard est dangereux.
Mathilde est devenue une bonne maîtresse de maison, malgré son humeur folle, et notre ménage est aussi moral que le meilleur de KrâhwinkeP. Je resterai encore ici une huitaine, puis je courrai la Bretagne, et, dans quinze jours, je compte être à Paris. J'espère y trouver de vos lettres^ mais venez plutôt en personne.
CGXXX
A HENRI LÀUBB *
Très-cher Laube,
Ma letti'e n'est pas partie hier, et je me hâte d'y ajouter l'essentiel. Malheureusement, j'ai la tête abîmée, et puis à peine écrire. Hier au soir, en lisant le Journal des Débats, j'ai appris tout à fait par
1. Nom légendaire en Allemagne, pour désigner une pelite ville cancanière. — Proprement, le Coin des comeilles.
2. Sans date, -* de Grantille, commencement de septembre. Le reste do la lettre est perdu.
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hasard la mort d'Immejrmann. J'ai passé toute la nuit à pleurer. Quel malheur î Vous savez ce qu'était pour moi Immermann, ce vieux frère d'armes, avec qui j'étais entré en même temps dans la littérature, nos bras Tun dans l'autre 1 Quel grand poète nous venons de perdre, nous autres Allemands, sans l'avoir jamais bien connu! Nous, je veux dire l'Allemagne, la vieille marâtre I Et ce n'était pas seulement un grand poëte, mais il était brave et loyal, et c'est pourquoi je l'aimais. Je suis complètement abattu par le chagrin. Il y a douze jours, je me trouvais sur un rocher solitaire, en face du plus beau coucher de soleil, et je pensais à Immermann. Chose étrange!
Maintenant, adieu, et saluez très-amicalement votre femme de ma part. Je me recommande à sa compassion la plus intime. Bien qu'elle aime la cha$se, je dpute que la chasse aux p..., que je vais entreprendre, lui paraisse un agréable divertissement. Je voudrais la revoir bientôt à Paris, nous avons pris un nouvel appartement, et ma femme m'a admirablement installé.
(îhose singulière, je suis de très-bonne humeur, et je ne puis encore me décider à me fâcher. C'est
peut-être apathie, et non pas santé. — Demain ou après-demain, je pars pour Paris où j'arriverai jeudi; écrivez-moi donc bientôt (rue Bleue, 25).
Hallberger s'est plaint que la traduction de PArt des jardins de Puckler, par W..., ne fût pas bonne, et m'a envoyé une critique faite par le premier traducteur. La vérité est que le premier tiers du livre est excellemment traduit (je Tai moi-même revu avec soin pendant deux jours), et que le drôle m'a remis le reste, pour l'expédier, avant révision exacte. — Votre ami.
CCÎXXI
A J. CAMPE
Paris, le i4 septembre 1840.
Cher Campe,
Depuis avant-hier, je suis de retour à Paris, après un voyage agréable en Bretagne où j'ai recueilli les chants populaires les plus exquis. A Saint-Lô déjà, j'ai trouvé votre lettre, et mon étonnement ne disparut qu'après avoir reçu ici le Télégrapfie^ qui m'arrive à l'instant, — il y a une demi-heure; j'ai reçu aussi les autres journaux que vous aviez envoyés à Granville, et qui m'ont suivi ici,
Je vous avoue que je n*ai été atteint que peu, presqu'à fleur de peau, par les indignités que le grand intrigant, associé avec la canaille de Francfort, a dévidées contre moi ; le fond de mon âme est resté calme et gai ; car je suis accoutumé aux injures, et je sais que Tavenir m'appartient. Même si je mourais aujourd'hui, il resterait après moi quatre volumes de biographie, ou de mémoires, qui représeotent ma pensée et mes aspirations, et qui iront à la postérité, ne fût-ce qu'à cause de leur sujet historique, et de la description fidèle de la plus mystérieuse des crises de transition. La génération nouvelle verra ainsi les langes souillés qui ont été sa première enveloppe. — Mais ce qui m'afflige, très-cher Campe, c'est que vous voilà retombé dansées mains de mes ennemis, comme un jouet et une arme contre moi. Je sais déjà tout, et c'est pourquoi je ne me fâche pas. Et même, comme je crois que vous ne pourrez longtemps tenir avec l'intrigant et consorts, — car votre meilleur moi finira par ne plus se laisser tromper par de prétendues nécessités, — je ne veux pas faire à ces gens-là le plaisir de rompre avec eux, bien que tout ait été arrangé pour m'y pousser. — Vous avez parfaite-
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ment raison, personne ne croira que vous n'ayez pas lu Tarticle de monseigneur Gutzkow avant qu'il ait été imprimé, et imprimé dans un journal qui porte votre nom comme celui de rédacteur responsable.
Je ne sais encore ce que je ferai. En arrivant icii j'ai trouvé des affaires beaucoup plus pressantes. — Je suis patient, car je suis éternel, dit le Seigneur. . . — Votre ami .
A J. CAMPE
Paris, le 25 septembre 18i0.
Très-cher Campe,
J'ai reçu ce matin votre lettre, ainsi que les numéros de r Elégante et des Archives de Halle,,. Je vous prie de m' adresser toujours tout ce qui paraît contre moi; ne craignez pas que tout cela puisse me conlrister beaucoup. Toutes ces flèches s'émoussent sur mon armure d'or...
En attendant, lancez mon quatrième volume du
Salon^ et envoyez-en tout de suite des exemplaires
à tous ceux qui sont liés avec moi, comme Laube,
Varnhagen, etc., en y joignant un exemplaire du Boeme,.. Adressez-moi immédiatement le livre de Gutzkow sur Boerne : je veux voir si vous avez été aussi poltron, au point de vue politique, pour cet ouvrage que pour le mien; vous vous plaigniez alors que mon jacobinisme ferait votre ruine et
vous précipiterait dans les chaînes. J'ai été assez sot, préoccupé que j'étais de votre sécurité, pour exercer moi-même, au delà de toutes les limites, la censure sur mon livre. Je ne vous dis pas cela par mauvaise humeur, car je suis, au contraire, gai et plein de confiance, mais afin de vous faire sentir tout ce qu'il vous reste à faire pour moi, — Votre ami.
GGXXXIII
AU VâME
Paris, le 16 novembre 1840.
Très-cher Campe,
Je vous remercie de vos communications ; je li rais volontiers la brochure dont vous parlez, publiée chez Lauerlander \ et je vous prie de me Ten-