EXPLICATION PREALABLE
(( Vanité blessée, petite jalousie de métier, envie littéraire, fureur de parti politique, misères de toute espèce, ont souvent utilisé la presse quotidienne pour répandre, sur ma^vie privée, les plus odieuses fables, et j'ai toujours laissé au temps le soin d'en démontrer l'absurdité. Loin de mon pays, il m'aurait été, d'ailleurs, impossible de contrôler ces journaux qui ne me sont jamais parvenus qu'en petit nombre et très-tard, d'y courir après les mensonges anonymes, et de faire publiqiTement la chasse aux pucerons masqués. Si je donne aujourd'hui au public le spectacle divertissant d'une chasse semblable, c'est moins dans un sentiment de mauvaise humeur que bien plutôt dans le pieux désir de servir aussi, dans cette occasion, les intérêts du journalisme allemand. Je veux, en effet, exprimer aujourd'hui le vœu de voir s'établir en Allemagne l'habitude française qui permet au courage person-
1. Cette pièce fut publiée immédiatcmant dans plusieurs journaux; entre autres, le Correspondant de Hambourg et la Gazelle d'Augsbonrg.
nei,t^n face des grossières insolences de la presse, une intervention réglée parles lois de l'honneur. Tôt ou tard, en Allemagne, tous les esprits distingués reconnaîtront cette nécessité, et chercheront à brider ainsi la grossièreté des barbouilleurs de papier. Pour ce qui me concerne, je désire cordialement que les dieux m'accordent de donner ici le bon exemple ! Mais je fais remarquer en même temps quelles grands airs de la période de l'art ont pris fin, en même temps qu elle, dans notre littérature, et que le plus royal génie doit être tenu de donner satisfaction au cuistre le plus teigneux, du moment qu'il n'a pas parlé de la clique de celui-ci avec le respect voulu. Nous sommes maintenant — que Dieu ait pitié de nous ! — tous égaux. C'est la conséquence de ces principes démocratriques pour lesquels j'ai lutté toute ma vie. Il y a longtemps que je l'ai reconnu, et, pour chaque provocation, j'ai toujours tenu prête- une satisfaction suffisante. Il eût été facile à ceux qui en doutaient de s'en convaincre. Mais je n'ai jamais reçu de sommations en forme. Ce qu'affirme à cet égard la Gazette de Mayence^ dans un article anonyme, aussi bien que le récit, fait dans ce journal, d'une insulte à ma per-
sonne, est un pur ou, plutôt, un impur mensonge. Il n'y a pas là un mot de vérité I Ma personne n'a pas été le moins du monde insultée par n'importe qui dans les rues de Paris, et le héros, le Siegfried cornu, qui se vante de m'avoir terrassé en pleine rue, et qui appuie la vérité 4© son dire sur son propre et unique témoignage, sur sa véracité éprouvée, et vraisemblablement aussi sur sa parole d'honneur, est un pauvre diable, un chevalier de la plus triste des figures, aui, au service d'une femme astucieuse, s'est déjà permis à mon sujet, il y a un an, et avec la même impudence, toutes ces rodomontades. Il a cherché, cette fois, à rajeunir son invention en la faisant circuler dans la presse; il a forgé le susdit
article dans la Gazette de Mayence^ et le mensonge
eut ainsi plusieurs semaines d'avance, puisque ce
n'est que tard et par hasard, dans les Pyrénées, à la
frontière d'Espagne, que j'appris quelque chose de
cette belle trame, et pus démasquer la fourberie. On
avait cru peut-être que, cette fois encore, je n'op-
poserais au mensonge que le silence du mépris.
Nous connaissons assez notre monde pour ne pas
nous étonner de ce noble calcul. — Mais que dirais-
je d'un correspondant de la Gazette universelle de
€ORRESPOXnANCR INEDITE 403
IMpzig qui est venu si erédulement en aide à ces mauvais propos, et à qui le plus misérable garant a suflS quand il s*est agi de me nuire ? — C'est ailleurs que nous prononcerons un juste jugement. En attendant, nous prions courtoisement les rédacteurs des feuilles allemandes, qui ont prêté une publicité si prompte au mensonge, d'accueillir avec autant d'empressement la vérité tardive.
» Ganterets, le 7 juillet 1841. »