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A J. CAMPE
Paris, le 23 août 1841.
Eh bien, cher Campe, que la quatrième édition du JAvre des chants fasse son entrée dans le monde sans préface ! Publiez tout de suite le volume, et faites imprimer en même temps dans les journaux une annonce écrite, si possible, par une bonne plume. Il est bien entendu que,. dans cette annonce, il n'y
COIIRESPONDANCE INÉDITE 405
aura rien que de liltéraire. Si Wienbarg n'est pas aussi mal disposé pour moi qu'on me le dit, c'est lui qui serait le mieux fait pour cela. Mais il ne faudrait pas de retards. Si Galhy est encore à Hambourg, priez-le de l'écrire. Si vous ne trouvez pas de plume propre à cet office, annoncez simplement
le livre sans ajouter un mot ; ce sera peut-être le mieux.
M. Straus ne veut toujours pas se battre; mercredi seulement, je saurai le résultat. M9is nous désirons d'autant plus le combat, et l'affaire ne se passera pas sans qu'on sente l'odeur de la poudre. Je suis prêt à tout, et, tandis que mes adversaires disent de gros mots et font du tapage, je procède avec calme et résolution. C'est ce qui impose le plus, et montre en même temps de quel côté est la vérité et le droit. Avez- vous lu l'article de la Gazette d'Augsbourg contre le noble trio*.? Cet article a fait pen-
1. Du 17 août 1841. Voici quelques passages de cet articlt^ : c Dans la seconde quinzaine de juin dernier, plusieurs journaux allemands annoncèrent, avec un empressement srjieine convenable, et d'un ton qui ne l'était pas davantage, que M Heine, le 1 ï dufiit mois, à l'angle des rues de Richelieu et Saint-Marc, à Paris, avait reçu d'un M. S. (que personne, hors de Francfort, n'aurait jamais connu sans l'auteur des Beisebilder) un soufflet, — et, làdessus, s'était enfui dans les Pyrénées. C^^tle r.ouv.-lle, que . M. Heine apprit à Cauterels, fut déclarée par lui calomnieuse;
cher la balance, et maintenant arrive encore la let-
mais son démenti fut bientôt relevé par MM. Kolloft, Hamberg et Schuster, qui vinrent donner à l'assertion de M. S. l'appui de leur tëmoigfiïige. Maintenant, quelle foi mérite le' fait lai-/nème, et quelle garantie offre le dire des témoins? M. Heine, assure- t-on, reçoit, en plein jour, dans lin des quartiers les plus populeui de Paris, un outrage sanglant; Tâffaire 'attire un grand concours de spectateurs^ et, le -lendemain, Paris (moins heureux que te village allemand) n'en sait pas un mot; dans la foule ameutée, il ne se trouve pas Tombre d'un garde munieipAl pour protéger l'offensé ; mais les gens > acfourent de toutes parts, pour se récréer à ce réjouissant spectacle t On a déjà suffisamment noirci les Français, il est à peine un peuple dont on ait dit autant de mal; mais ni Jabn, ni Aradt, ni Menzel ne leur ont jamais reproché d'avoir assisté avec indifférence, ou nième avec satisfaction, au spectacle d'un homme qtie Ton mji^ltraite, surtout s'il est étranger. Si le souiQet avait été donné réellement,— comme le prétend M. Straus, d'accord en ceci avec les journaux, dans une lettre qu'il vient d'écrire ces joursci à M. Heine, — sans aucune explication préalable, dans le premier accès d'une colère brutale et d'un emportement qui ne se connaît plus, la eolère de la ^ule accourue se fût infailliblement tournée contre l'agresseur, et lui aurait recommandé d'une façon un peu rude une conduite plus convenable. Et si même le soufflet en question eût été donm^ selon toutes les règles de l'idée d'honneur, le public aurait condamné, comme peu séant, cet acte, accompli en pleine rue. Mais que le peuple ait manifesté sa joie en voyant ce spectacle, ce n'est plus un mensonge, c'est une absurdité, qui donne à tout le récit le caractère de rinvenlion. Toutes les personnes sans parti pris reconnurent immédiatement tout cela, et, quand arriva des Pyrénées la déclaration de M. Heine, la plupart des Allemands à Paris s'accordèrent à mettre toute l'affaire dans la catégorie des fables mal imaginées. L'exemple des fausses lettres, disait-on, devait porter ses fruits, et les faux soufflets sont un article si curieux et si nouveau, qu'on peut se promeltre, en les xinnonçanl, dc^ faire grande sensation. Com-
tre de Sichel * f Peut-être mon triomphe sera-t-il
ment s*étODner que la haine d'un mari blesse, et sa soif de vengeance, aient etf recours à un moyen dont on pouvait se promettre tant de scandale? Mais M. S. ne se laissa pas désarçonner par de semblables commentaires; il se souvint des paroles pleines de sens de Méphistophélès à madame Schwertlein : • En tous lieux, 9 il suffit de deux témoins, pour que la vérité soit notoire. • -^ Il fut même asseï heureux pour en trouver un de plus qu^il n'était besoin. Maintenant, quelle valeur a le témoignage de oes messieurs? Ils déclarent confirmer sur leur honneur la vérité du fait en question... Est-ce à dire ïfu'ils auraient vu de leurs propres yeux le grand événement? Aucun artifice d'interprétation ne peut donner ce sens à la phrase citëe. Affirmer sur son honneur ia vérité d'un fait, n'est point la même chose que l'affirmer d'après le témoignage de ses yeux. Et môme, si c'était le cas, estoilà croire qu'ils l'eussent passé sous silence? Eux, à qui l'humiliation de Heine tenait tant à cœur, qu'ils n'ont pas reculé devant l'honneur étrange de servir d'instruments publics pour établir au thentiquement* l'histoire d'un souffi^t, — auraient-ils passé si facilement,- ie le demande, sur le fait de leur présence comme témoins oculaires? Encore une fois, cela n'est pas possible Est-il vraisemblable ensuite que M. S., qui, dans la lettre mentionnée plus haut, parle d'une rencontre fortuite avec M. Heine, ait conduit avec lui son trio de témoins (comme Louis XIV ses historiographes) à travers toutes les rues de Paris, pour transmettre sans délai ses exploits à ses contemporains et à la postérité? Et quoi enfint si l'on peut établir, de ia manière la plus authentique, que l'un au moins des trois témoins ne connaît tout<' l'histoire que par ouï dire, qu'advient-il, au tribunal de l'opiniun publique, de la créance que méritent les deux autres, qui consentent à faire figurer leurs'noms avoc celui d'un collègue qui a manifestement usurpé te caractère de lé* ihoiii?.';. Nous' laissons «ans inquiétude à la clitir\'o>-ance du public allemand le soin liu tirer la conclusion. •
I. La Gazette d^Augsbourg (24 août 1841) contenait THrlif^lc suivant : • La Gazette de Mayenee, la Gazette universelle d' A uji-
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plus grand encore, si le Straus se rétracte, ou bien, (le nouveau serré de près, ne veut pas se battre. En effet, je lui ai jeté à la tête de nouvelles invectives. — C'est votre infortuné compatriote, M. Gabriel
hourQf la Nouvelle Gazette de Hambourg, — et, après elles, plusieurs autres feuilles allemandes, ont annoncé récemment, dans une forme concordante, Tinsulte matérielle que M. Henri Hoine aurait reçue, le 1 4 juin^ dans la rue de Richelieu, à Paris, de M. Straus de Francfort. M. Heine déclara dans la Gazette d'Augtbourg (1 9 juillet) que cette petite histoire était un mensonge, une fanfaronnade de cet individu, qui ne pouvait invoquer d'autre témoignage que le sien propre. Là-dessus parut, dans ^ Gazette d*Aug»bourg et d'autres journaux allemands, une déclaration datée du 24 juillet, et signée par Ed. KoUofT, docteur Schuster, et A. Hamberg, dont voici la teneur littérale :
• M. Heine dément dans la Gazette d'Augsbourg la réalité du » fait survenu à Paris, le ! 4 juin, tel qu'il a été rapporté dans » beaucoup de journaux allemands. Les soussignés doivent donc » confirmer sur leur honneur la vérité de ce fait," dans la forme • où il a été rapporté par les journaux ci-dessus. >
» Nous supprimons toute réflexion douloureuse sur cette pièce, et nous publions pins bas une lettre que M. le docteur Sichel, le célèbre médecin, a écrite à M. H. Heine, en présence du docteur Schuster lui-même, qui s'était préalablement entendu avec ses amis Kolloff et Hamberg :
« Cher Heine,
> M. le docteur Schuster, que je connais, depuis dix ans, comme » un très-honorable collègue, à la question que je lui ai faite sur » le sens de la pièce signée par lui et MM. Kolloff et Hamberg, le » 24 juillet 1 841, — a répondu sans détours qu'aucun de ces mes- » s'eurs n^avait été témoin de Vincident mrvenu entre txms et » M. Straus. M. le docteur Schuster croit une explication écrite
Rîesser 4, qui joue le rôle le plus grotesque dans cette histoire : après s'être mêlé de Taft'aire sans nuHe raison, il a voulu à toute force que son nom fût prononcé ici, et il a atteint son but, mais vraiment
> d'autant moins nécessaire, que ni lui ni ses amis n'avaient ja- >'mais voulu dire qu'ils eussent éié témoins oculaires de Tévé- 9 nement, ne l'ayant appris que de 1 1 bouche de M. Straus.
» Vous pouvez faire de ma lettre, mon cher Heine, l'usage que • vous trouverez bon. •
> Paris, le 15 août 1841.
» SicHEL, D'-Méd. »
1. M. Riesser publia, dans les ^1 vu du Correspondant de Hambourg (23 juillet), la réplique suivante : « Une déclaration signée Henri Heine, et publiée aujourd'hui dans ce journal, m'impose le pénible devoir de prendre la parole. Si l'article de M. Heine avait été publié dans un endroit où les personnes outragées eussent été suffisamment connues, où la femme qu'il appelle artificieuse, et son mari qu'il nomme un Sigfiied cornu, unpauvre diable, un chevalier de la plus triste figure, sont honorés de tous ceux qui les connaissent, — jeTaurais lu avec indifférence, et je me tairais certainement. Mais, comme je suis peut-être ici le seul qui connaisse exactement les hommes et les choses dont il s'agit, comme je tiens à honneur d'ôtre lié avec les personnes outragées, c'est mon devoir de donner à tous ceux qui attachent quelque prix à ma parole, Tassurance que les turpitudes renfermées dans le livre de Heine sur Boerne (et qui sont la cause de tout ce qui vient de se passer) sont envisagées dans la contrée où Boerne a v^cu (Francfort), où vivent encore sa respectable amie, et le mari de celle-ci, non moins honorable, — sont envisagées, dis -je, par tous comme un tissu de misérables calomnies. Je ne sais pas si M. Heine a reçu en public les mauvais traitements que racontent les journaux : par le fait, cela importe peu. Mais
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pas à son avantage. Est-ce par don quicholtîsme, ou pour trancher de l'homme important, qu'il m'a lui-même envoyé son article par l'un de mes amis, s'oifrant de venir à Paris pour me donner satisfaction! Aussitôt que j'en aurai le temps, je vous enverrai copie de la lettre qui pourrait lui servir de réponse, et où je ne décline nullement son ofFre, mais me réserve, selon que je serai satisfait de l'issue de l'affaire Straus, d'avoir ou non affaire avec ce ridicule champion I Tout est calculé pour faire sensation
qu'il les ait mérités, q'est ce que fera voir le jugement de tous les hommes d'honnenr en Allemagne ; et c'est au fond tout ce qai importe. Au tribunal dQ l'honneur^une voie de fait gratuite, imméritée, ne flétrit que celui qui s'en rend coupable ; mais, si elle était justement' méritée, si la main de celui qui a frappé ne fait qu'accomplir la sentence de mort qu'a prononcée l'opinion publique sur l'honneur de l'offensé ; alors, — et seulement alors, »- elle flétrit celui-ci parce qu'il se l'était à bon droit attirée. . . — Qu'on dise maintenant jusqu'à quel point celui qui défigure et inyente des faits (lesquels, fussent-ils même vrais, ne devraient jamais être articulés quand il s'agit d'un mort), celui qui a voulu souiller, par de révoltantes calomnies, la mémoire d'un nobU caractère, l'honneur d'une femme excellente presque arrivée à la vieillesse, et celui de son estimable époux, — jusqu'à quel point un tel homme a le droit de parler des grossières insolences de la presse, de se plaindre d'odieuses fables répandues sur sa vie privée, et de vouloir introduire, parmi les écrivains allemands, les lois de l'honneur personnel!
» Hambourg^ le 17 Juillet 1844.
' «G. RlESSBB, D^ »
à mes flépens, et Ton dit déjà dans le public que M. Riesser, lui aussi, vient à Paris, etc!
Soyez tranquille, je laverai si bien la tête de ce fou-là, je l'accommoderai si bi^en avec son propre fouet, qu'il faudra rire à ses dépens. Que dites-vous de cette fleur de folie et de suffisance?...
Maintenant, adieu î... Il y a, de nouveau, dans la Gazette de Mayence^ une insinuation impudente au sujet de ma femme. D'ailleurs, je crois que toute la presse politique m'est favorable. — Votre ami.