CCXXXVIII
Paris, le 1" septembre 1841.
Cher Campe,
.J'ai bien reçu votre lettre, avec celle de Siebel dans la Correspondance de Hambourg, Les Trois tombent terriblement aujourd'hui sur le Siebel; ils sont perdus, comme Straus, dans l'opinion publique. Quant à ce dernier, je ne puis rien vous annoncer encore de définitif; ce ne sera que dans quelques jours seulement. Il était tout prêt déjà à se rétracter, et à confesser son mensonge; mais les
Trots le contraignent à mettre enfin le pistolet à la main, et' il ne demande plus qu'un délai de quelques jours pour mettre ordre à ses affaires en cas de mort; — il n'avait donc jamais cru à un duel sérieux *.
I. La Gazette de Bretlau (25 août 1841) s'exprime ainsi: « Paris, le 18 août. — Vous aurez déjà appris par les journaux allemands que Heine est arrivé ici depuis onze jours^ et a immédiatement envoyé, par MM. Théophile Gautier et Alphonse Royer, un cartel au héros francfortois à Paris. Je ne vous en ai rien dit jusqu'ici, parce que j'attendais la tournure que prendrait Faffaire. Mais le Thersite de Francfort met à une si rude épreuve la patience de son adversaire et la mienne, que je suis forcé de vous transmettre, sinon l'issue de l'affaire ou quelque incident décisif, du moins un jugement préalable, mais positif sur la conduite de M. Straus et de ses oi&cieux amis. En recevant le cartel, M. Straus dé.signa comme témoins M. Raspail, l'illustre chimiste, et M. Kolloff, liitérateur allemand. Ce dernier est l'un des trois personnages qui ont attesté, sur leur parole d'honneur, dans quelques journaux allemands, la vérité du récit qu'a publié la Gazette wtwereeUe de Leipzig, Que pouvait signifier cette allirmation sur parole d'honneur, sinon que MM. Kolloff, Schuster et Hamberg avaient été témoins oculaires de l'incident? Or, il est notoire, à Paris, par les assertions des amis du héros francfortois comme des ennemis les plus déclarés de Heine, et môme parcelle de ces trois messieurs eux-mêmes, que, dans le prétendu coup de main, il n'y avait, comme témoin oculaire, pas une seule personne de la connaissance de Heine ou de son héroïi|ue adversaire. Aussi ne fut-il pas difficile à Heine d'obtenir du docteur Schuster une déclaration d'après laquelle ce dernier reconnaît, au nom de ses collègues, qu'aucun d*eux n'a été témoin de l'affaire. Cette déclaration fut envoyée tout de suite aux journaux susnommés, et je laisse à ces derniers le soin de punir la
J'ai eu, ces jours-ci, beaucoup de dépenses à faire, à Toccasion d'une histoire domestique dont je ne veux rien dire encore; je suis donc forcé de tirer sur vous la somme dont je vous ai déjà donné avis. Je vous prie de faire bon accueil à ma traite, — et vous salue de cœur.
mystification dont ils ont été victimes, eux et leurs lecteurs. Mais quelle confiance peut avoir Heine dans un témoin (KollofT) qui engage aussi légèrement son honneur, tout en mystifiant le public allemand ? Aussi fit-il de justes objections, sur lesquelles il n'insista plus quand on lui fit remarquer que, dans les habitudes françaises, on ne pouvait refuser aucun témoin. Cette difficulté écartée, il s'en éleva une foule d'autres du côté de M. Straus, et de ses seconds. On agita la question de savoir qui était Toffensé, et à qui appartenait, en conséquence, le choix des armes. M. Straus revendiqua exclusivement et absolument ce droit, et voulut se bî^ttre au sabre. Heine, en échange, remarqua à bon droit qu'il s'agissait tout d'abord d'une insulte à lui faite, c'està-dire d'une calomnie et d'une offense grave, pour laquelle, selon la coutume française, le pistolet était la seule arme convenable ; qu'en outre il était beaucoup moins question maintenant d'une satisfaction à donner que de faire la preuve que lui (Heine) n'était pas lâche, ce qu'on avait voulu établir en répandant ce faux bruit; que, d'ailleurs, le pistolet était une arme qu'on ne pouvait refuser à aucun adversaire offenseur ou offensé; que, pour lui, bien que le droit de tirer le premier lui appartînt, il y renonçait, et laissait la décision au sort. Voilà neuf jours qu!on débat ces questions préliminaires et autres semblables. Dans l'impossibilité de concilier les deux parties, les témoins respectifs se sont retirés. Là-dessus^ Heine écrit à M. Straus une lettre où il qualifie, avec une juste énergie, la conduite de ce dernier . comme n'étant qu'une série de faux-fuyants, — et décore s'en
AU MÊME
Paris, le 5 septembre 1841.
Très-cher Campe,
Aujourd'hui, je vous annonce un événement (JonJ je ne vous disais rien depuis plusieurs jours déjà : mon mariage avec la pure et belle créature qui, depuis des années, vivait à mes côtés sous le nom
de madame Heine, qui a toujours été honorée et
tenir irrévocablement aux conditions posées. M. Straus répond par une lettre aussi sentimentale et éplorée que celle de Heine étaït décidée. Lui qui avait fait d*abord de l'acceptation de ses offres la condition sine qua noii de soil dnel aveb Heine, il cherche maintenant un mo\en terme par lequel (comme dans les fortifications, les ouvrages extérieurs avec le mur d*enceinte) le sabre devait être combiné avec le pistolet. L'arme blanche d'abord; puis — si le combat ainsi commencé n*aboutit à aucun résultat décisif — Tarm'e ai feu. Heine, que le départ de M. Royef aVail contraint à choisir deux autres -témoins, un riche prc^fiétaire vendéen, M. Tessier de*Malo, et lé liftéràleur allemand Henri Seuffert, Heine consentit bien à l'emploi des deux armes, mais à condition que le différend serait d'abord yîàé àtr pistolet; après quoi, M. Straus pourrait venger T honneur de soH' épouse avec 'e sabre de Damas. Voilà où en sont maintenant les chômes, et l'on voit que le Thersite de Francfort a une insurmontable aversion pour toute espèce de jeu dangereux, et qu'il ne s'agit pour lui que de sauver l'apparence de son cou raj^e,'^
considérée comme ma femme, et que quelques Allemands bavards de la clique de Francfort ont seuls éclaboussée d'épithètes grossières. J'ai sauvegardé ainsi son honneur au moyen de l'autorité civile et ecclésiastique, en même temps que je sauvegardais le mien, qui, atteint à peine par les dires d'un Straus, courait grand danger grâce à l'infâme témoignage du triumvirat. Il faut que je l'avoue, jamais mon âme n'a été aussi abattue que le jour où j'appris cette infâme déclaration, et, si je n'étais parvenu à démasquer et à désarmer ces c...., j'aurais recouru aux moyens les plus terribles et les plus désespérés. Maintenant, ils courent çà et là comme des chiens enragés, et veulent me pousser à des manifestations qui leur permettent de se subtituer à Straus lui-même. Mais je ne me laisse pas détourner de la droite voie; c'est lui que je veux avoir en face de moi sur le terrain, et, bien qu'il
chercjie toutes les échappatoires possibles, j'espère atteindre mon but. Déjà, il y a quelques jours,
j'étais sur le point de me battre, lorsque, dans la nuit, mon second m'apprit que l'un des témoins de Straus ne pouvait paraître, et que le duel qui devait avoir lieu le lendemain, de bonne heure, était
encore une fois ajourné *. Maintenant, Straus prétend que la police veut protéger sa précieuse personne, et qu'on Tobserve; mais ce n*est là qu'un délai in extremis; il faut qu'il vienne sur le terrain, dussé-je le traîner jusqu'à la grande muraille de la Chine. Celui qui veut, se battre peut franchir tous les obstacles. On veut me lasser, mais on n'y parviendra pas. Adieu. — Votre ami.
AU MÉME
Paris, le 9 septembre 1841.
Cher Campe,
Je vous annonce en deux mots la conclusion de l'histoire du faux soufflet, comme on l'appelle ve-
1. Nous lisons dans une correspondance de la Gazette de Bretlau : « Paris, le 4 septembre 1841. Dans une conférence qui a eu lieu hier, et n'a pas duré moins de huit heures, les témoins de MM. Heine et Straus ont décidé que le duel aurait lieu ce malin, au pistolet, à une distance de trente pas, avec barrière à vingt pas. Cette nuit, sous le prétexte que M. Straus avait à faire transmettre une rente ^u nom de sa femme, le duel a été ajourné à lundi. Heine a épousé en forme, le 31 du mois dernier, la femme avec laquelle il vit depuis plusieurs années, et, par son testament qu*il a fait avant-hier, il Ta instituée son unique hé* ritièré. *
lontiers. Avant-hier, à sept heures, j'ai eu enfin la satisfaction de voir M. Straus sur le terrain ^ U montra plus de courage qu'on ne lui en supposait, et le ha«ard le favorisa outre mesure. Sa balle effleura ma hanche, qui est. encore très-enflée et complètement noire; je suis au lit, et ne serai pas remis de sitôt. L'os n'a probablement pas souflert, mais il a éprouvé une secousse dont je me ressens encore. Ainsi l'afiaire n'a pas flni très-heureusement pour tnoi^ physiquement nu moins; — moralement, c'est autre chose. — Adieu. Votre ami.
GGXLI
AU MÊME
Paris, le 4 octobre 1841.
Cher Campe,
J'ai reçu votre lettre du 26 septembre, et vous remercie de l'intérêt que vous éprouvez pour mes aflaires personnelles. — Je répondrais bien cordialement à votre désir el à celui de ma mère de
1. Le duel eut lieu dans la vallée de Saint-Germain. Outre le docteur Schuster, qui s'y trouvait en sa qualité de médecin, MM. KoliofTet Hambcrg y assistaient comme témoins.
i\^ OEUVRES DE ilEiNRI llEINË
faire un séjour de quelque temps à Hambourg; mais, d'abord, l'état de ma caisse ne me permet pas de nouveaux déplacements, et puis mon départ pourrait être méchamment interprété. — D'ailleurs, le climat de Hambourg, en hiver, ne m'a jamais convenu, et je suis très-souttrant dans ce moment ; l'interruption de ma cure de bains a beaucoup nui à ma pauvre tête.
Je n'ai pas encore écrit une ligne sur le noble
trio, plus par dégoût que par crainte. Je n'ai vraiment à redouter ni ces gens ni leurs plumes. Je viens de recevoir la Gazette de Breslau^ où l'un de mes défenseurs discute l'affaire avec tant de justesse, que je vous prie de faire reproduire cet article dans quelque journal de Hambourg, et, si possible, dans ' le Correspondant, Je vous donne ma parole d'honneur que je n'ai inspiré ni directement, ni indirectement, cet article, et que je ne suppose nullement qui en est l'auteur. L'article n'en vaut que mieux; employez votre influence pour qu'il soit republié à Hambourg, avec une courte adjonction sur le duel lui-même, dont l'écrivain semble n'avoir rien su. Le . duel a été le meilleur argument. — Je désire beaucoup que vous donniez, cet hiver, l'édition
COhtlESPONDANCË INEDITE 449
complète ; je me mettrais sans retard, avec le glus grind soin, à cette besogne. Auparavant, j'avais envie de publier enfin le second volume du Livre des chants^ mais sous une tout autre forme que celle qui avait été projetée ; nouveau travail d'enfer pour moi qui ne copie pas volontiers. — J'ai changé d'appartement, et demeure faubourg Poissonnière^ 46. — Adieu ; saluez Wienbarg et sa femme. — Votre ami.
CGXLII
À ÀUG. LÊwÂlD
Paris, le 13 octobre 184i.
Si je ne réponds qu'aujourd'hui à votre amicale lettre, la faute en est toute à ma pstuvre tète, qui^ depuis que j'ai si tristement interrompu ma cure de bains dans les Pyrénées, me fait beaucoup souffrir de mon ancien mal ; et ce mal a si fort empiré, que mon médecin m'a interdit la plume et l'encre. Mes ennemis ne comptaient pas seulement sur mon absence, mais sur mon état maladif, lorsqu'ils machinèrent le honteux complot que je suis parvenu à dévoiler jusqu'au fond. Maintenant, je ne sais pas si la grande masse du public découvre aussi bien
itO OEUVRES DE HENRI HEINE
que les gens sensés toute cette friponnerie ; je ne le crois pas, et, à ce point de vue, il est certainenîent bon qu'il se fasse encore quelque chose pour jeter une dernière fois la lumière sur tout ce qu'a eu d'odieux l'abus dont la presse s'est rendue coupable envers moi.
A ma très-grande joie, j'ai re^ui, ces jours-ci, l'article ci-joint de la Gazette de Breslau. qui est écrit complètement selon mon cœur, bien que j'y sois tout à fait étranger, et n'eu connaisse pas l'auteur; malheureusement, ce journal n'est pas fort répandu dans le Sud, et vous me rendriez un vrai service en le faisant reproduire dans quelques journaux (je voudrais le voir surtout dans le Correspondant de Nurembevg), avec quelques mots sur le duel que l'auteur semble encore ignorer. Si même la réimpression dans le Correspondant de Nuremberg coûtait quelque chose, je désire qu'elle ait lieu... La friponnerie avec laquelle j'ai malheureusement affaire est telle, que je dois prier mes amis de se remuer pour moi, surtout maintenant^ dans la presse allemande.
Je suis isolé; mais une chose m'inspire de la confiance : je ne me suis jamais rendu coupable
d'une éqnivoque, et mes ennemis ont toujours dû recourir à des mensonges qui se détruisaient d'euxmêmes. — Je vous remercie de votre désir amical de me voir arriver près de vous en Allemagne : il n'en peut être question maintenant. — Vous aurez appris que, quelques joui*s avant le duel, pour assurer la position de Mathilde, j'ai dû transformer mon mariage libre en un mariage régulier. Ce duel conjugal^ qui ne doit cesser qu'à la mort de l'un des deux, est plus périlleux que la courte rencontre avec Salomon Straus de la rue des Juifs de Francfort! Quelle foule d'intrigues et de méchancetés me sont venues de ce côté-là ! Vous n'en avez pas d'idée î
Saluez cordialement de ma part madame K., que je voudrais bien revoir une fois — avant que mes yeux se ferment pour toujours.
J'ai déménagé ces jours-ci, et mon adresse est faubourg Poissonnière ^ 46 ; je suis très-élégamment logé, et à peine pourrait-on se croire chez un poëte allemand !
iti QEVVRES DE HENhl HËINE
A J. CAMPE
Paris, le {•' décembre i841.
Très-cher Campe,
Je vous écris fort à là hâte, quelques mifautes avant le départ dé la poste. Je viens de lire, dans le
Correspondant de Hambourg^ Tànnonce d'un journal intitulé le Méphistophélès^ qui doil paraître à Leipzig, et contient des Lettres de Jeunesse de Éenri Heine ^, Je voiis prie de ih'ënvoyer tôril dé suite ce journal, poiir que je voie ce que c'est qiie ces lettrés, dont la publication a pour but de mystifier le public, à moiiis qu'elle lie soil une trahison envers moi. Peut-être les deux suppositions sont-elles vraies, et me verrài-jé forcé de réclamer publiquement. Donc, pas de temps à perdre.
M. bingelstedt est ici; ihais je l'ai peu vu encore; c'est un homme excessivement aimable;
1. Il s^agit des trois lettres à Frédéric Steinmann, qui se trouvent au commencement du premier volume de cette correspondance, et furent publiées indiocrèlement, en i841, dans le Mé" phi$lophélé9»
un beau talent, beaucoup d'avenir, mais dans la prose *...
Je vis ici tranquille et assez gai. De temps en temps, j'écris quelques petites poésies, par exemple, sur le mariage. — Je ne vois presque pas Gathy. — Mes yeux sont très-faibles. — Votre ami.
GCXLIV
A GUSTAVE KUHNE
Paris, le 6 janvier 1841
En réponse au message que m'a fait Weill de votre part, je vous ai envoyé, cher collègue, mon obole pour r Elégante; je complète aujourd'hui mon envoi * ; puisse-t-il n'être pas aussi malheureux que mon pauvre livre, que certainement vous n'aviez pas lu quand vous l'avez condamné '. Vous n'êtes
i. Frantz Dingelstedt, le gai et spirituel auteur des Chants d'un crieurde nuit cosmopolite. En dépit du pronostic de Heine, Dingelstedt s'est montré vraiment poëte, — poëte douloureux et passionné, — dans le cycle de ballades intitulé un Roman.
2. C'était, entre autres, un petit nombre de poésies politiques, la plupart réunies sous le titre commun : Rouge, noir et or. Ce titre fut supprimé par la censure.
3. La Gazêltê du Monde élégant avait publié, en 1840, une série d'articles sut le Bœme de H. Heine, où se trouvaient des attaques, parfois Irès-vives, contre ce dernier.
pas le seul qui ait été trompé par les machinations des intrigants. Le mensonge du soufflet aura pu vous ouvrir les yeux : je lui suis redevable d*une réaction favorable chez beaucoup de nobles cœurs qu'on voulait détacher de moi. — Saluez Laube quand vous le verrez : je ne puis encore, comme il le voudrait, écrire les faits principaux de cette misérable histoire; on m'accuserait de passion, tandis qu'il n'y a dans mon âme que le plus plus froid mépris pour la cliqué qui voulait commettre sur mon honneur un meurtre sans exemple — une compassion amère pour cette portion du public qui s'est laissé tromper par les grossiers mensonges. — Adieu ; restez cette fois mon ami, et comptez sur mon estime et mon attachement.
Envoyez-moi, je vous prie, sous bandes, les épreuves de mes poésies.
CGXLV
A J. CAMPE
Paris, le 28 février 1842.
Très-cher Campe,
J'ai reçu, avant-hier, votre lettre du 28 courant (?). Dingelstedt m'a aussi remis la précédente,
CORRESPONDANCE INÉDITE 4Së
Que VOUS dirais-je? Je reste muet de dépit. L'injustice qu'on vous fait éprouver * dépasse toute idée, et la colère que j'en ressens ne vient pas seulement de ce que mes intérêts sont lésés. Vous voulez mon ' avis. Eh bien, écoutez : je vous conseille une guerre déclarée contre la Prusse, à la vie et à la mort ! Par la bonté, il n'y a rien à obtenir. J'ai poussé, vous le savez, la modération jusqu'aux plus extrêmes limites, et vous n'attribuerez pas mon conseil à un emportement de tête brûlée. Je méprise les démagogues vulgaires, et leurs menées me sont odieuses, parce que, d'abord, elles sont toujours hors de temps ; mais, maintenant qu'il s'agit de faire payer aux Prussiens leurs infâmes malices, et d'y mettre un terme, je suis prêt à tendre la main aux séditieux les plus râpés.
Si les libraires allemands ne vous appuient pas dans cette guerre, ce sont les plus grands ânes du
1. Deux ouvrages publiés à la librairie Hoffmann et Campe, les Chants d'un erieur de nuit cosmopolitef de Dingelstedt, et les LUder non politiques d'Hoffman de Faliersleben> avaient eu pour résultat l'interdiction, dans les États prussiens, de toutes les publications de cette librairie, de quelque nature qu*elles fussent. — Celte étrange mesure fut révoiuée, il est vrai, quelques mois après, à l'occasion de l'incenlie de Ha jj bourg.
monde. Quant à nos auteurs, je n'en ai pas grande idée ; je soupçonne même notre grand dramaturge d'entente secrète avec les employés du gouvernement prussien. — De mon côté, ce qui pourra se faire, se fera. Rien, ni dans le passé ni pour l'avenir, ne m'impose des ménagements ; en un mot, je n'ai jamais rien demandé à nos gouvernements, je n'en ai rien reçu, et mon cœur est net de toute espérance servile... Cherchez d'abord un éditeur sous le nom duquel on puisse tout imprimer, ou plutôt cherchez-en deux, l'un pour les écrits franchement politiques, l'autre pour ceux qui ne le sont pas. —
Les poésies d'Hoffmann de Fàllersîeben *, première
- • '• - ' t .[il.
cause de votre malheur, sont pitoyables, et, au
pomt de vue esthétique, le gouvernement prussien
avait toute raison de se fâcher : mauvaises petites
plaisanteries, bonnes pour amuser des philistins fu-
mant et buvant de la bière.
J'écris beaucoup : vous en saurez bientôt davan-
tage. Bien que fnal portant, je n'irai pas cette
i. H a eu son moment de popularité, moins bruyante cependant que elle irH<^rwo,,'h, et autres poètes libéraux du temps. « C'est du styre de gazette, mis en musique, > a dit, en parlant des poésies politiques d'Hoffmann de Fallersleben, un des historiens* de la liuéralure moderne en Allemagne.
année aux bains, — mais plutôt à la campagne, pour finir quelques ouvrages... Ne voulez-vous point commencer maintenant l'impression des œuvres complètes, ou comptez- vous Tajourner encore? Je suis en tout temps à. votre disposition. — Où en êtes-vous avec le Boeme? Aurai-je enfin la joie d'une deuxième édition? Répondez-moi nettement: ce n'est pas seulement affaire d'argent, mais parce que j'ai quelque chose d'important, et même beaucoup, à ajouter à ce livre, et que je voudrais m'y prendre à l'avance. Je ne publierai pas les poésies de si tôt : je suis en train de remplacer les morceaux faibles
par d'autres meilleurs; je veux donner un volume dont je puisse être sûr qu'il ne le cède pas au Livre des chants... C'est maintenant, j en suis convaincu, que je puis donner mes productions lyriques les plus importants. Il faut seulement que j'aie quelque tranquillité, et que je guérisse un peu de mes maux de tête. Mes contrariétés de l'an passé n*ont pas seulement ruiné mes finances, elles ont ajourné ma guérison. L'argent n'est pas l'essentiel, la santé est bipn davantage, mais l'honneur est tout...
Je ne vois pas seulement Dingelstedt ; malheureusement, car je l'aime beaucoup. — Que devient
la nouvelle édition du Livre des chants ? Dites-moi la vérité. — Je vis • très-tranquillement, et isolé comme toujours. — Je regrette beaucoup que votre femme n'aille pas mieux : chacun a sa croix...
Écrivez-moi bientôt, beaucoup de nouvelles; quand même il n'y aurait rien de bon, au moins quelque chose de nouveau. Le vieux m'ennuie terriblement. — Je vous salue gaiement et amicalement.
À J. KUHNB
Je VOUS remercie, très-cher collègue, de vos lignes amicales. — Ci-jointes encore quelques poésies. Quant aux honoraires de ces petits envois, je vous laisse bien volontiers libre d'en disposer pour quelque but qui le mérite. Ce n'est que pour des travaux plus importants et plus volumineux que je me réserverai des honoraires, et alors je vous le dirai, moi-même.
Cherchez donc à savoir, sous main, combien je pourrais obtenir de vos libraires pour un volume de poésies, précisément de l'étendue du Lm^e des chanU; mais cela doit rester tout à fait entre nous,
CORRESPONDANCE INÉDITE if9
car il est possible que je continue à me tourmenter quelque temps encore avec Campe de Hambourg.
Vous me rendrez un service d'ami. — Votre affectueusement dévoué.
Paris, le 16 avril i842.>
GGXLVII
A J. CAMPE
Paris, le 17 mai 18&2.
Très-cher Campe,
C'est à peine si Ton peut dire quelle profonde émotion le malheur qui vous a frappés * a produit à Paris, et quel véritable intérêt les Français montrent pour vous. Pour moi qui tiens de plus près à Hambourg, et qui savais ceux que j'aime dans la détresse, vous pouvez penser ce que j'éprouvai tant que je fus sans nouvelles des miens, et que je ne pouvais prévoir la fin de la catastrophe. C'était une stupéfaction dont je n'ai pu encore me rendre maître, et ma tête est comme vide et désolée.
Quelle épouvante ! J'espère avoir bientôt de