CCXLVIII
, . A AUGirSTB tBWALD
Paris, le 17 octobre i842.
Meyerbeer entre chez moi, et, tout en se rappelant vivement à vous, se plaint d'être si mal-
~ traité dans certains journaux allemands. J'espi&re qu'on lui a fait des rapports exagérés, car je ne puis comprendre que de semblables choses se passent. Il ne les mérite certainement pas, il est si
' bon et brave ! Je Taime beaucoup, et cette affection pour un ami me pousse à écrire à un autre anii.
Ma femme vous fait saluer. Elle gouverne aujourd'hui son ménage à grand bruit. Dans ce moment, elle se querelle avec sa bonne. Ce n'est vraiment pas une âme endormie. Mais, chaque jour, elle devient plus corpulente.
GCXLIX
A HENRI LAUBE
Paris, le 7 norembre 1842.
^ Très-cher Laube,
Votre lettre m'a fait grand plaisir. Il est vraiment fort heureux pour nous tous que vous repreniez VÉlégante; je dis nows, et j'entends par là la haute noblesse de la littérature, les dernières têtes de distinction qui n'ont pas été guillotinées. Mais la plèbe régnante ne s'ameutera-t-elle pas plus que , jamais contre nous, avec un débordement d'injures ? A la distance où je suis, je vois mieux les choses, et, pour ce qui me concerne au moins, je pressens un destin plus fâcheux que l'oubli, si je m*élève maintenant af ec vous contre le patriotisme phrasier et le goût du temps.— G. et consorts, avec leurs lâches mensonges, sont déjà parvenus à rendre suspectes mes convictions politiques; et moi qui suis peut-être le plus décidé de tous les révolulionnaii^es, qui n'ai pas dévié de l'épaisseur d'un doi^t dt» la droite ligne du proi^rrs, qui ai fuit à lu
grande cause tous les grands sacrifices, — je passe maintenant pour un apostat, pour un serviie! Que sera-ce quand je me mettrai en antagonisme direct avec les soi-disant héros, les patriotes braillards, et autres sauveurs de la patrie ? — Mais je voulais seulement vous montrer quel recul je prévois chez vous, dans la grande retraite, pour ma popularité 1. Je ne sais si mes appréhensions viennent de la crainte que vous ne vous mettiez pas en avant avec décision. Si je puis compter sur vous, je ne perdrai pas courage. En tout cas, je soutiendrai rÉiégante^ avec la plus fidèle amitié, parce que c'est votre journal. Aussitôt que ma tête souffrante me le permettra (souvent ce mal m'empêche réellement de travailler), j'écrirai pour vous; j'exhorte aussi mes amis à le faire* J'ai déjà gagné pour vous le docteur Seuffert, qui écrit, dans la Gazette (fAugsbaurg^ les lettres commençant par un cf ; il vous donnera une correspondance courante sur les affaires d'ici. Vous aurez quelque chose de distingué. Je ne puis encore vous promettre rien de semblable ; mais j'espère être mieux cet hiver, et je vous enverrai régulièrement alors une correspondance
étendue, et, Dieu aidant, intéressante.