A RAHEL
Berlin, le !«' avril 1829.
Madame de Vamhagen,
Si je mets un si grand prix à mes visites^ vous préférez ne pas me voir; — voilà ce que vous m'avez dit hier pour le. sens, sinon pour les mots. En y repensant ce matin, j'ai dû m'avouer que, depuis deux ans, j'avais été fort gâté par d'autres amies qui étaient toujours charmées de me voir, n'importe à quelles conditions, et quelque prix que je misse à ma personne. Il faudra du temps jusqu'à ce que je prenne de meilleures habitudes, et que je descende assez à mes propres yeux pour que vous puissiez tirer parti de moi. Jusqu'alors,il faudra vous accommoder de ces volailles de grand prix qui savent caj]uetér à souhait, et qui vont à toutes cages, .
Vous direz que je suis un homme vaniteux. Soit I
La suite montrera que je suis capable de sacrifier 4ans un noble intérêt ma vanité personnelle, et toute considération extérieure.
Je reste, dans la vérité de mon cœur, madame de Varnhagen, votre ami.
A M. MOSER
Potsdam, le 22 avril 1829.
Cher Moser,
Ces lignes n'ont d'autre but que de te donner mon adresse. Depuis vendredi dernier, je demeure ici, chez M. Witte, Hautevoie, 12.
Je me porte bien, et pense, et travaille. — Ah I Dieu, quand je songe combien peu j'ai pensé et travaillé, depuis six mois, j'ai de bons motifs de penser et de travailler.
Je ne vois rien ici que ciel et soldats. Lès livres ne manquent pas, ni les gazettes. J'ai lu hier comment, à Paris, une douzaine de poètes dramatiques s'étaient associés pour faire un coup de génie, je veux dire la pétition au roi contre les dangers du romantisme.
La sottise humaine est toujours la même, modi-
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fiée seulement selon les temps et les lieux. « Il n*y a pas de sottise nouvelle sous le soleil, » aurait dû dire Salomon.
£nvoie*moi mes lettres aussitôt arrivées. Je te prie devoir à mon ancien logement si Ton n'y a rien remis pour moi. Adieu; je te verrai probablement la semaine prochaine. Ton ami.
P.-S. — Envoie-moi donc la Bible; parle à Ganz au sujet des Annaks de la critique scientifique; engage-le à me procurer Thiers, et, si tu peux mettre la main sur Sterne, adresse-le-moi. Le cercle de la Bourse possède-t-il les premières années du Globe^ et pourrais-tu me les avoir en prêt?
Gomment se trouve madame de Varnhagen?
A FHBDBRIQUB ROBERT
Potsdam, le 29 avril 1829.
« Ma chère madame Robert » *,
Le temps est mauvais, j'ai peu^dormi cette nuit, ou plutôt, j'ai tant veillé, que j'en ai la tête abî-