I . Voici ce morceau, daté du 2i mai 18i23 : s
« Poëte aimé, chantre au cœur saignant, oh! j'ai bien compris ton chant douloureux; mais cesse de faire retentir ces accents égarés, ces cris sourds de colère, ^
> Creux comme la voix des esprits à l'heure de minuit, égarés comme la plainte du vent dans les bois,, et irrités comme, dans la splendeur sinistre de la tempête, le bruissement aveuglant des éclairs.
> Moi aussi, comme toi, j'ai chanté plein de colère; moi aussi,
66 ŒUVRES DE HENRI HEiN£
OÙ VOUS avez transfiguré mes sombres douleurs, et conjuré leurs funestes flammes. Je voudrais communiquer cette poésie à quelques amis; mais je craindrais qu'ils ne la fissent passer indiscrètement en trop de mains; car, certainement, elle est des plus belles que j'aie lues de vous, et je suis sûr qu'elle arracherait des larmes même à d'autres que moi. Je vis ici fort isolé, car il n'y a pas longtemps que
j*ai saigné comme toi. Alors, à travers les nuées brillèrent doucement les rayons de la lune, et je compris : Id-haut et non point ici'baê.
> Je l'appris alors : il y a une lumière d'une douceur ineffable qui m'attire vers la fête éternelle. Et j'entendis cette parole : ■ Ne » joue pas avec les serpents... l'enlacement des serpents est si » fort! •
> Celui qui jusqu'à la tombe joue avec les serpents, jusque dans la tombe les serpents rampent après lui; et, quand son cœur veut monter vers le ciel, alors ils l'enserrent de leurs anneaux, et le retiennent dans la poudre.
» Dans tes chants éclate la force débordante, mais sur tes lèvres palpite convulsivement la douleur. Tu as déjà fait une fois ces rôves funestes : oht garde, garde précieusement ton cœart
> Ce cœur que Dieu aime sans mesure, et auquel il murmure doucement : • Je te réconcilierai! » — Le serpent, c'est le Larron ancien, — mais ton Dieu est le Roi éternel.
mes parents demeurent à Lunebourg, très-retirés, ce qui fait que je ne connais personne. Pour me distraire, je ferai dans la quinzaine un voyagé à Hambourg, où je passerai une semaine, et, si je m'y amuse, quelques jours de plus. Si vous avez à Hambourg des amis dont vous vouliez me procurer la connaissance par quelques lignes d'introduction, je vous en saurai infiniment gré.
J'ai lu le Psaume de Pâques \ c'est plus qu'une poésie, et par conséquent mieux. — Mon A Imanaor ne vous aura pas complètement satisfait. J'avais mis au rebut ce poëme, et ce n'est qu'à la demande instante de mes amis que j'ai consenti à le faire imprimer ; aujourd'hui qu'il rencontre beaucoup d'approbateurs (infiniment plus que ^a^c/t^), je ne le juge point encore plus favorablement . Je ne sais pourquoi, mais ce poëme doux, lumineux, me répugne au plus haut degré, tandis que je songe avec complaisance au sombre et dur Ratcliff, — Je me rappelle que la romance de dona Clara et don Gasairos dans r Anneau enchanté^ à laquelle j'ai vivement pensé dans les situations les plus importantes de . ma vie, et qu'en bien des moments il me semble avoir écrite moi-même, — que cette suave romance
m'a souvent été présente quand j'écrivais A /mansor. — Le passage de vos chères strophes où il est question des serpents, n'est malheureusement que trop
vrai.
Gomment pourrais-je me méprendre sur ces ' strophes? Le beau jour de mai où je les ai reçues resplendira longtemps dans mon souvenir. Gardezmoi votre affection, grand et noble Fouqué; ne m'ôtez pas votre amicale bienveillance, même si elle était troublée par le verbiage des autres ou par mes propres erreurs, et soyez sûr que jamais conflit d'opinion ou de position ne m'empêchera de vous garder un attachement inexprimable.
Lunebourg, le 10 juio i823.
A CHARLES IMMERMANN
je
Lunebourg, le 10 juin 1823.
Vôtre lettre du 13 mai, cher Immermann, m'a fait un extrême plaisir; j'y ai reconnu le langage de la plus cordiale bienveillance, et m'en suis senti tout réconforté. Ne vous effrayez pas de recevoir si vite une nouvelle lettre de moi... Je profite seulement d'une occasion de vous écrire pour vous prier de faire
parvenir l'incluse à son adresse. Si vous pouvez (le même me dire bientôt que Sethe est bien portant, et qu'il ne lui est rien survenu de fâcheux,* vous me ferez plaisir. Gomme vous ne mentionnez jamais son nom dans vos lettres, je suppose que vous n'êtes pas avec lui en relations très-intimes, peutêtre à cause de la divergence de vos vues sur la vie universitaire, son grand cheval de bataille. Ne croyez pas que ce soit là de ma part autre chose qu'une simple supposition; jusqu'à cette heure, je n'ai pas . reçu de Sethe une seule lettre de Munster, je ne sais rien de lui, et c'est précisément ce qui m'inquiète. Cela vous surprendra, cher Immermann, puisque je vous ai annoncé Sethe comme un de mes meilleurs amis, mais il en est pourtant ainsi ; nous avons été pendant douze ans des amis de cœur; à l'école déjà, nous étions toujours ensemble et nous ne ncn s sommes jamais séparés dès lors, et maintenant il me laisse six mois sans réponse ! — Je suis ici, depuis quelques semaines à Lunebourg dans ma famille, où je resterai jusqu'à ce que ma tête malade soit enfin guérie. Cela semble devoir être long, et puissent les dieux prendre en compassion mon plan de voyage ! Je prévois, cher Immermann, qu'il se passera bien
du temps encore avant que j'arrive dans la ville de KnipperdollingS et que je serre la main]d'un poëte <( avec qui j'espère vieillir. » Vous avez vous-même dit à peu près la même chose, et c'est à peine si vous croirez combien 'ce mot naturellement échappé à un sentiment généreux m'a ému jusque tout au fond de l'âme. Les dieux éternels savent que, dès la première heure où j'ai lu quelque chose de vos tragédies, je vous ai reconnu pour ce que vous étes^ et ma certitude n'est point le fait d'une illusion chimérique ; elle provient plutôt d'une conscience claire, d'une exacte aperception de ce qu'est la poésie et de ce qu'est son antithèse naturelle, la vulgarité. Toutes choses ne nous sont connues que par leurs contrai»
es; il n'y aurait même pas de poésie pour nous, si nous ne pouvions voir partout le vulgaire et le trivial ; et nous-mêmes, nous ne reconnaissons notre propre nature que parce que la nature hétérogène d'un autre homme nous devient sensible, et nous sert de , point de comparaison. Ces maroufles au
cerveau fêlé, à l'esprit gonflé et mal bâti, qui, du
1. Munsler» où habitait alors Immermann.— KDipperdolUng était le bourreau qui exécutait les sentences sommaires du roi théocratique Jean de Leyde, et de son prophète Matthiesen,
CORRESPONDANCE INEDITE 7t
haut de leur grandeur se prennent, pour des Shakspeares ou des Âriostes, nous trahissent leur incertitude, dont souvent ils ne se doutent pas eux-mêmes, par leur avidité inquiète de jugements étrangers, et leur bruyant cri de guerre, à savoir qu'ils sont d'outre en outre des êtres poétiques, qu'ils ne sauraient même pour un instant sortir de la poésie, et qu'en écrivant leurs vers le divin délire ne cesse de se jouer autour de leur front.
Il me revient à l'esprit, en cet instant, que ces dernières lignes sont les propres paroles que j'ai entendu prononcer un jour par un élégant Berlinois, et je crois que je raconte tout cela, et que j'ai aussi hasardé ingénument les assertions ci-dessus pour vous prouver, cher Immermann, que, lorsque je dis : « Je connais mes défauts, et j'en conviens volontiers, > — c'est là plus qu'une phrase ordinaire. J'ai vu avec plaisir, par votre lettre, que vous écrirez une critique de mes Tragédies et je dois vous redire encore que, quelle que puisse être la dureéé de votre langage, je ne m'en sentirai pas blessé le moins du monde. Je veux bien vous avouer mon défaut, capital comme poëte, défaut que vous craignez sans doute de me reprocher, de peur de me
froisser : c'est tout ce qu'il y a d'exclusif et de particulier dans mes poëmes qui ne- sont autre chose que des variations du même petit thème. Vous devez le sentir mieux que personne, vous dont la poésie a pour thème ce vaste univers dans son infinie diversite. C'est ce que je soutenais récemnient encore contre M. Varnhagen. Vous avez cela de commun avec Shakspeare, que vous réfléchissez l'univers entier, et, si vos poésies ont un défaut, il consiste en ceci, que vous ne savez pas concentrer vos richesses; Shakspeare s'y entend mieux, et voilà pourquoi il est Shakspeare; mais, vous aussi, vous apprendrez de -mieux en mieux cet art, et chacune de vos tragédies sera meilleure que la précédente. A ce point de vue, votre Pétrarque m'agrée plus qu'JBrw^m, bien que cette dernière pièce soit plus riche. .
... Quanta moi qui n'avais qu'un thème unique, un tout petit coin du monde à peindre, il m'est bien plus facile de pratiquer cet art de la concentration. Depuis surtout cet hiver, étant malade, je me
suis assimilé un plus grand nombre d'idées^ et la tragédie que je livrerai peut-être dans quelques années montrera si, après n'avoir fait autre chose
que reproduire sous maintes formes l'histoire de
l'Amour et de Psyché, je suis de taille à chanter
aussi la guerre de Troie*. — Voilà le douloureux
secret de ma force poétique; il est possible aussi que
mon malaise physique ait donné quelque chose de
maladif à mes dernières compositions. Hélas! il y
a dans mon nouveau livre tant de choses qui ne
pourraient soutenir l'épreuve de la vraie critique,
et, si l'on y découvre des défauts que je ne connais
pas encore, cela ne m'affligera certainement pas!
Il n'y a qu'une chose qui puisse me blesser, et de *
la manière la plus douloureuse, c'est qu'on veuille
expliquer l'esprit de mes poésies par l'histoire (vous
savez ce que ce mot signifie) de leur auteur. J'ai été
mortellement offensé en lisant hier une lettre où
quelqu'un de ma connaissance, au moyen de petites
histoires ramassées ça et là, voulait reconstruire
toute ma nature poétique, et laissait tomber ces
expressions odieuses : « impressions de la vie,
position politique, religion, etc. » Ces choses-là,
dites publiquement, m'auraient complètement
révolté, et je suis cordialement satisfait que rien
de semblable n'ait eu lieu. Quelque facile qu'il
soit de tirer de l'histoire d'un poëte le commentaire I. 5
de ses œuvres, de prouver que souvent, en effet, la position politique, la religion, des haines privées, des préjugés et circonstances de toflte sorte ont agi sur sa poésie, ce sont là des choses dont on ne doit point faire mention, surtout du vivant de l'écrivain. On déflore en quelque façon la poésie, on lui arrache son voile mystérieux^ en démontrant la réalité de toutes ces influences; et, si cette exégèse raffinée est fausse, c'est la poésie elle-même que Ton défigure. Et combien Fappareil extérieur de notre destinée est-il souvent peu d'accord avec notre véritable histoire intime f Pour ce qui me concerne, du moins, il ne le fut jamais.
Le long bavardage de cette lettre vous montrera, cher Immermann, que je vis tout à fait isolé à Lunebourg. Mais il faut que, par distraction, j'aie aussi beaucoup bavardé dans ma dernière lettre. Je vois par la vôtre que j'ai mal traité le baron Fouqué. 11 s'est pourtant montré à moi avant mon départ dp Berlin, et daps une lettre que je viens de recevoir de lui, sous un beau côté, et je dois lui reconnaître le meilleur et le plus noble cœur.
Il est possible à la vérité que j'en juge autrement dans la suite^ J'avoue, en tout cas^ qu'il ne lui sera
pas fait tort si, pour ses opinions ultra^ il est vertement rappelé à Tordre.
Quelque vivement que je Taime comme homme, j'envisage pourtant comme une œuvre méritoire de combattre avec le fouet de la satire les idées calamiteuses que son beau talent cherche à implanter dans le peuple. Mon cœur saignerait de voirFouqué souffrir, et pourtant je suis heureux que d'autres que moi ne soient point empêchés pa^ une semblable faiblesse de persifler ses folies. Je suis révolté jusqu'au plus profond de l'âme des prétentions et des misères de cette clique dont Fouqué professe les principes, et vous pouvez croire en toute confiance que je brûle du désir de les fouailler juqu'au sang, ces nobles sires, ces grands pourfendeurs qui voudraient faire de nous autres leurs valets de chiens, et peut-être moins encore, c*est-à-dire leurs chiens mêmes.
J'attends votre Périandfe avec une extrême impatience... Je souhaite que. cet été produise che^ vous quantité de splendides fruits de poésie; mais, avant tout, je désire qu'il vous apporte beaucoup de joies (ces dernières sont rares dans la littérature). ' Je vous honore et vous aime de toute mon àme^
ŒUVRES DE HEMII IlEÎNE
A VARNHAGEN
Lunebourg, le 17 juin iS23.
Monsieur de Varnhagen,
Je vous envoie cijoint l'article promis sur Gœthe *, que je n'ai pu livrer plus tôt parce que je suis encore fort malade, et que je ne l'ai écrit qu' avant-hier, au milieu de véritables souffrances. Vous remarquerez qu'à la place de mon style court et simple est survenu un long et morne mélange d'images et d'idées. J'espère que ce morceau arrivera à temps pour prendre place dans votre livre ; pardonnez-moi de l'envoyer si .tard, et ne prenez pas cela pour une marque de paresse ou même d'indifférence. Je vis dans ce moment tout à fait isolé, retranché de toute vraie société avec les hommes, et pourtant, à cause ^ de mon état de maladie, complètement inoccupé, et il est ainsi très-naturel que la plus grande
1. « Goethe, d'après les témoignages des contemporains. » — Le morceau de Heine destiné 'à cet écrit de Varnhagen ne fut point imprimé» et semble perdu.
CORRESPONDANCE INEDITE T7
partie du jour je pense à vous et à votre femme, et que tout ce que vous avez fait de bon et d'aimable pour moi soit constamment vivant dans mon souvenir... J'ai si peu rencontré de vraie bonté dans la vie, j'ai été déjà si grandement mystifié, et ce n'est que de vous, et du noble cœur de votre femme, que j'ai reçu des traitements tout à fait humain^ î Et vos chères images s'impriment d'autant plus fortement dans mon âme que je me sensde nouveau assiégé par tant de méchancetés, tant de choses équivoques et impures, et que ma tête est toujours malade, et mon cœur non encore guéri.
Des circonstances favorables ont, en ces derniers temps, réjoui mes parents, et aussi mes frères et ma sœur, par tant de surprises agréables, que j'entreverrais également pour moi un meilleur avenir si je ne savais que le sort n'épargne presque jamais ses mauvais tours aux poètes allemands. Je ne puis . pourtant, cher Yarnhagen, vous rien dire encore de certain sur ma vie prochaine, puisque ce n'est que dans huit jours, au mariage de ma sœur, que je m'entretiendrai avec mon oncle, de qui dépendent tant de choses. Si cela ne conduit à rien de certain, j'espère trouver mieux à Hambourg, où je compte
aller aussitôt après le mariage, bien que l'aspect de
cette ville doive réveiller en moi les sentiments les plus douloureux. Je prendrai la liberté de remettre là votre billet à votre sœur. J'y trouverai aussi le docteur Ulrich, qui pourra m'étre utile; je compte faire beaucoup de relations dont les unes ou les autres, dans la suite, pourront avoir pour moi des résultats importants. Bien que, avec ma terreur des nouvelles connaissances, cela ne soit pas le moins du monde amusant, la prudence et la sécurité de mon avenir m'engagent à ne pas négliger ces choses. Si vous avez à Hambourg un ami qui puisse m' être ainsi utile, je vous saurai gré de me mettre en relation avec lui. En général, je commencerai maintenant à devenir très-prudent et politique. Je trouve confirmé, relativement à mon oncle, le malentendu que je redoutais ; mais mes parents ne semblent pas s'en* douter. Toutefois, le succès du livre adoucit et apaise. La notice de la Gazette de Hambourg a produit un bon effet, et a tout particulièrement fait plaisir à mon père. Fouqué, à qui j'avais envoyé mes Tragédien à Berlin, m'a écrit une lettre cordiale et une poésie que je vous transmets avec la prière de ne la montrer, au nom du ciel, à personne, si ce n'est &
madame de Varnhagen. Le cœur de cet homme est bon, ce n'est que dans sa tête que loge la folie.
Saluez très-cordialement madame de Varnhagen : je lui écrirai bientôt. Saluez aussi Robert et sa femme, et dites-lui que je Taime autant que sa femme, c'est-à-dire autant que j'aime sa femme. On ne peut vraiment pas s'exprimer bien en allemand ; moi surtout, je ne puis me tirer convenablement d'affaire dans cette langue, et il faut, comme dans cette lettre, que je taise mes sentiments les plus puissants.
XYII
A M. MOSBR
Lunebourg, le 18 juin 1823.
••• Je vis ici tout à fait seul, je ne vois absolument personne, parce que mes parents se sont retirés de toute société. Les juifs sont ici, comme partout, d'insupportables et sales brocanteurs; — les chrétiens de la classe moyenne, des gens peu récréatifs, avec un dédain {Rischess *) rare pour
1 . Mot hébreu désignant proprement la méchanceté des gentils, leurs vevationt envers les juifs.
les juifs; — la classe supérieure de même, à un degré supérieur encore. Notre petit chien; dans la rue, est flairé et maltraité d'une façon toute particulière par les chiens chrétiens, qui ont évidemment horreur des chiens juifs. Aussi je n'ai fait connaissance encore qu'avec les arbres, qui se montrent de nouveau dans leur parure verte, et me rappellent les jours d'autrefois, et murmurent à mon souvenir ^ de vieux chants oubliés, et me disposent à la tristesse. Tant de pensées douloureuses me reviennent et m'accablent maintenant ! et c'est là, peut-être, ce qui augmente mes inaux de tête ou plutôt les fait durer, car ils rie sont plus aussi violents qu'à Berlin, mais ils sont plus continus.. Je ne puis étudier que peu, écrire encore moins. Dimanche, j'ai'écrit un * fragment surGœthe, d'une feuille d'impression à peu près, que j'ai envoyé hier à Varnahagen pour qu'il l'insère dans son livre. Je l'avais promis depuis longtemps, et l'ai écrit « en pleine carrière * », pour arriver encore à temps. Tu trouveras dans ce morceau un quart de douzaine de tes propres idées ; j'ai été assez loyal pour les présenter telles quelles