AU BARON DE LA MOTTE-FOUQUÉ
Monsieur le baron ,
Je ne puis exprimer ce que j'ai ressenti en recevant votre chère lettre. Elle m'est arrivée ici, au milieu de ma famille, où je me trouve pour assister au mariage de ma sœur, raffermir ma santé, et prendre congé des miens avant de partir pour Paris, Ce départ, pour le moment, n'aura pas lieu, car je me sens plus que jamais souffrant et ab'attu. Dans ces circonstances, votre lettre, monsieur le baron, devait
1 . La MoUe-Fouquc, né en 1777, mort en 1843. Il a dit lui-même qu^l avait reçu, de A.-W. de Schlegel, la consécration poétique. II resta fidèle à ce point de départ, à l'esprit des vieilles légendes, et de Tancienne poésie amoureuse et féodale. Son beau talent a eu en France un jour de popularité, lorsque madame de MontoUeu^ traduisit Ondine, son chef-d'œuvre. — Fouqué descendait d'une vieille famille normande qui avait quitté la France au temps des persécutions religieuses. Il étak pelit-fîls d'un des vieux compagnons d'armes et des amis les plus chers du grand Frédéric, le lieutenant général La Motte-Fouqué, pris par les Autrichiens à la bataille de Landshut.
GO«RESPONDANGE INÉDITE 65
avoir encore quelque chose de plus profondément émouvant. A peine àvais-je lu votre nom, il me sembla que toutes ces luniineuses histoires, lues par moi dans des jours meilleurs^ remontaient dans mon âme en y ramenant les douces tristesses d'autrefois, et que j'entendais de nouveau ces beaux chants de cœur brisés, d'inviolable fidélité, d'ardents désirs du ciel, de bonheur dans la mort, — et, partout, la voix amicale de l'Amour qui console. Combien dut se réjouir le pauvre apprenti de l'art en voyant le maître illustre et éprouvé lui tendre ainsi la main ! combien il dut être ravi, puisque ce maître est précisément le poëte dont le génie a éveillé en lui tant d'inspirations, a ému si puissamment son âme et l'a remplie de tant de respect et d'affection î Je ne puis vous remercier assez des belles strophes *