PRÉFACE ||I
et qu'aucun cadre ne pourra jamais retenir? Cette figure où se confondent avec un charme étrange la poésie la plus sincère et l'ironie la plus cruelle; la négatioi^ effrénée avec un profond sentiment de l'idéal; les plus capricieux écarts de la fantaisie et les intuitions passagères mais parfois profondes du penseur; çà et là, la sérénité éternelle* ment jeune empreinte sur les créations parfaites de Fart, puis l'éclat de rire cynique de ces lèvres entr'guvertes tout à l'heure par le douloureux souriro du scepticisme; la bonté persistant, semble-t-il, jusque dans les méchanceté^ du moqueur, — cette figure dont les contrastes défient l'analyse, parce que la poésie et l'esprit les ramènent constamment à l'unité d'une nature originale et vraiment créatrice ^, on voudrait la saisir et la fixer, et riei) de ce qui peut la mettre en lumière ne nous reste indifférent, Tel est le privilège de ces élus des imaginations, et de là vient sans doute que, de tous leurs écrits, ce sont encore leurs confessions et leurs lettres qui sont lues avec le plus d'avidité, Ou espère y rencontrer l'honjme même au delà de l'auteur.
Les Confessions ou pliitôt les Mémoires de Heine (c'est le nom qu'il a dQuné de très-bonne heure à l'histoire de sa
I. Jusque dans la manière qu'on peut à bon droit reprocher à Heine, et qui n'a pas manqué, comme toujours, de faire école.