‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives--Chapitre 31 sur 51 · Acteurs renom n) es dn temps · texte numérisé non relu

Acteurs renom n) es dn temps

3. Basnage de Beauval^ mort en i 723. — Cet écrivain, dont )a lecturtî 'a bi fortement préoccupé Hejne, élait pasteur réformé

A propos de Basnage, je ne puis assez (Jire mon admiration pour cet écrivain. C'est un homme de beaucoup d'esprit, un historien au regard pénétrant, un noble cœur, l'impartialité même, bref un écrivain d'un mérite inestimable. Ce n'est que maintenant que j'apprends à l'apprécier, en me rendant compte du peu de ressources dont il disposait, et de son immense labeur.

Je suis enfoncé jusqu'au cou. dans ma jurisprudence, et, grâce à Dieu, peu à peu tout ce fatras m'entre dans la tête. Je fais de vigoureux efforts, je surmonte mes douleurs,^ et n'ose pas même écrire des vers. Mon frère ira probablement à Berlin à la Saint-Michel, pour étudier la médecine. — Je suis maintenant dans l'angoisse à cause des couches prochaines de ma sœur. — Je suis mêlé ici à toutes sortes d'affaires d'étudiants. J'assiste à la plupart des duels, comme second témoin, impartial^ ou tout

à Rouen quand la révocation de l'édit de Nantes l'obligea à se retirer en Hollande (1685), où il passa le reste de sa vie. Les protestants tiennent en grande estime cet historien, dont l'érudition n'est égalée que par l'équité de ses vues et de ses jugements. Parmi ses nombreux écrits, ceux dont parle si souvent Heine sont les suivants : Histoire des Juifs depuis J.-C. jusqu'à présent. Rotterdam, 1699, et les Antiquités juilaîqiieSj 1713; — surtout le premier de ces deux livres.

au moins spectateur. Gela m'amuse, faute de mieux. Et, au fond, cela vaut mieux que le plat bavardage des professeurs jeunes et vieux de notre Georgia- Augusta. J'évite le monde. J'ai fait la connaissance du vieux Eichhorn, qui m'a recruté comme collaborateur à ['Indicateur scientifique de Gœttingue, et m'a remis tout de suite, pour en rendre compte, le Voyage dArdschuna au ciel d'Indra, dans le Mahabaraia^ de Bopp ^ J'ai reçu aussi, ces jours-ci, de Bopp lui-même, une lettre très-amicale. J'attends de toi que tu lises le livre susnommé, et m'en écrives beaucoup de choses savantes et spirituelles, afin que je puisse te dévaliser à fond. Quand mon article sera écrit et imprimé, je désire que tu le remettes à Bopp, en lui disant maintes choses de ma part. Je te l'enverrai en son temps, avec une lettre pour lui. -— La poste part, et j'aurais encore beaucoup à te dire, par exemple de ne pas oublier le Morgenblatt. — Adieu, je suis tout ton ami.

1. L'orientaliste Eichhorn, dont il est ici question^ est mort en 4827. -^ F. Bopp, bien connu en France par ses travaux sur le • sanscrit, et la grammaire comparée, est encore aujourd'hui Tune des gloires de l'université de Berlin.

nS OKUVRES DE HENRI HEINE

AU MKMK

Gœllingue, le 2o octobre 1824.

Vraiment, s'il y a dans le monde du bon Dieu un homme qui ait droit de m'en vouloir, c'est Mosès Moser de Lippehne I Combien de temps y a-t-ii que je ne t'ai pas écrit, à toi, l'unique ami? Moi-même, je t'en veux presque de ce que tu ne m'as pas envoyé successivement deux, trois lettres courroucées pour te plaindre amèrement de mon silence. Je suis assez mon propre tourmenteur pour me persuader que tu manques de sollicitude pour moi. Rester si longtemps sans écrire à l'unique ami ! L'homme qui a pu apfir de la sorte doit avoir eu beaucoup à souffrir, et, en effet, il en a été ainsi. Tu m'étais trop cher pour que je pusse te communiquer par lettre, cet été, les exhalaisons empoisonnées de mon chagrin, et Je m'étais trop cher à moi-même pour augnienter encore mes tristesses en les racontant. J'ai passé un triste été : jurisprudence et maux de tête.

Pour toute distraction, de mauvaises farces d'étudiants, des duels, et quelques procès que j'ai plâidéà et perdus. Depuis- que je suis juriste, on nie âiipe encore plus qu'auparavanî. Je me suis tourmenté comme un désfespéré avec le Jus, et pourtant Hikà sait si je m'en tirerai. Si Meistér réfuse cette année le décanat, je suis un homme perdu f car, alors, c'eàt Hugo, l'artii de mes plus mortels ennemis, ^ui sera doyen. Tu dois savoir que je me siiis déjS attiré ici suffisamment d'ihimitiés. C'est dans là nature des choses.

Je n'ai, presque rien écrit cet été. Quelques feuilles des Mémoires. Point de vers. Du Rabbin peu de Chose; de sorte qu'un tiers à i)'einè est fait; mais il sera long, un fort volutoe, et je porte cette œuvre dans mon cœur avec un ineffable amour. C'est l'amour seul qui l'a produit, et non pas un vain appétit de gloire. Au contraire, sî jè voulais écoutev la voix de la prudence, je ne l'écrirais pas du tout. Je prévois èombien ce livre me fera perdre d'amis et gagner d'ennemis. Mais, précisément parce que c'est une œuvre d'amour, ce sera un livre immortel, une lampe éternelle dans le dôme de Dieu, et non pas un feu de paille de théâtre*

J'ai retranché du livre beaucoup de choses déjà écrites; ce n'est ({ue d'aujourd'hui que je suis parvenu à le concevoir dans son ensemble, et je demande, seulement à Dieu de me donner des heures de santé pour l'écrire tranquillement. Ne ris pas de de tout ce caquetage de poule avant la ponte; un vulgaire œuf d'oie (je ne songe pas au docteur Gans * î) est plus vite couvé que l'œuf de colombe du Saint-Esprit. Tu as oublié de m'envoyer les quelques notes que je t'avais demandées^ pour le Rabbin^ dans ma dernière lettre. Je remercie mille fois le docteur Zunz de ses communications sur les Juifs espagnols. Bien qu'elles soient des plus incomplètes, Zunz, avec une seule indication pénétrante m'a été plus utile qu'une foule d'in-quarto fouillés inutilement, et, sans le savoir, il aura, lui aussi, travaillé pour le Rabbin.

Comme Zunz n'est pas formaliste, je puis épargner une lettre en te marquant ce que tu auras a lui dire. C'est 1° que je l'aime, 2° que je l'estime, 3** que je le prie de m'indiquer où je trouverai à me renseigner sur la famille des Abarbanel (ou

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