‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives--Chapitre 30 sur 51 · Cfioses remarquables duJvddisme, 4 vol. Francfort, 17i · texte numérisé non relu

Cfioses remarquables duJvddisme, 4 vol. Francfort, 17i

(En allemand.)

170 UBUVRES D£ UJËiNKl H£l]N£

monde delà liberté de croyance, l'Amérique, ait été découvert. — Cette année fie donnera qu'Uti mince butin poétique ; je ne fais presque point de poésies, mon temps est accaparé par mes nTaux de tête et mes études. Et Dieu sait si je pourrai finir cette année î En tout cas, je ne veux pas solliciter moti ohclé ()ar des captationés benevoleriiiœ; depuis neuf mois, je ne lai ai pas écrit. — En vérité, je fie suis pas aussi pourceau que le pensent les Hambourgeois. — Tes communications sur les changements dans le fainistère des cultes m'ont fort intérel^sé, tu peux bien penser pourquoi. Tout est si embrouillé maintenafit dans l'État prussien, qu'on ne ^it qui est cuisinier ou valet de èhsim'bre. Je voudrais bien savoir à qui m'adresser avec succès pour ma requête aiu fiiinistèrè. Je t'ai déjà parlé de cela à Berlin ; ïè moment approche où il faudrait exécuter enfin ces projets, et je ne puis assez te re- * commander de ne pas perdre la chose de vue. Tu sais que je suis incapable de combiner et de faire moi-même de semblables démarches; mes amis seront toujours mes tuteurs naturels. Ah! si des femmes étaient au timon de l'État, je serais assez homme pour être bientôt un homme fait.

nOURESPONDANCE INÉDITE 171

Que fait ton vis-à-vis, M. Normann ? Mon oncle Henri Heine est cet été à Pyrmont. — Michel Béer est-il de retour de Paris ? Ad vocem Michel Beèr, n'oublie pas, s'il est à Berlin, de lui fai4?e mes plus amicales salutations. Dis-lui que je lui aurais écrit si j'avais su où ma lettre le trouverait; j'eusse été bien aise d'apprendre de lui, sur Paris, maintes choses; par exemple, s'il a fait la connaissance de Bœrne, et quelle est son adresse.

Les Robert sont sans doute partis depuis long-, temps. As-tu causé, une fois encore, avec la belle? — J'ai impatiemment attendu jusqu'ici le cahier de Meister, et je te prie de me faire savoir bientôt si je le recevrai ou non. — Que devient la Société? Estefle morte ou vivante? N'oublie pas ce point; Vous voilà sans doute tout à fait brouillés avec Hambourg ? Qu'y a-t-il là de nouveau? — Je me suis dépité ici supplémentairement pendant quatre semaines contre iGans; j'avais manqué de temps pour cela à Berlin. Et n'est-ce pas dépitant, ea effet, que l'un des plus grands penseurs de nos jours pense si peu sur lui-même et sur sa conduite extérieure? J'ai eu tort, il est vrai, de l'avoir harcelé ainsi, quoique cela ne fût rien moins que blessant, et qu'il

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provoque lui-même involontairement ces chicanes; j'aurais mieux fait, tîhaque fois, de lui dire nettement la vérité, quand il étale ainsi ses côtés faibles, et en fait la risée de chacun. C'est ce que devraient toujours faire ses amis. Encore ces jours-ci, j'ai entendu de ces anecdotes gansiennes qui ne devraient être connues que de ceux qui savent combien il est digne d'estime du côté de l'esprit et du caractère. Mais le monde, dans les comètes, ne voit que l'ac- ^cessoire.

Lehmann te remettra pour moi un exemplaire du livre de Rousseau. Tu verras qu'il y a là bien du bon, plus qu'on ne pouvait s'y attendre. Il y a aussi dans son journal maintes choses dignes d'éloges, et, somme toute, on ne peut nier qu'il ne soit poëte. Il semble avoir conservé pour moi son vieux enthousiasme, et cela aussi est très-louable. — Il m'est indifférent, parfaitement indifférent cfue mes poésies plaisent klsL grande et à la petite foule. Mais ce qu'on en écrit ne m'est pas indifférent da tout aujourd'hui, et je ne puis en aucune façon te relever de ta promesse quant au Morgenblatt. R. soignera volontiers l'impression de ton article. Byron est maintenant mort, et un mot sur lui est en place aujourd'hui. Ne

l'oublie pas, tu me feras un très-grand plaisir; c est aussi le seul journal littéraire que l'on lise ici. — La mort de Byroii a fait une grande impression sur moi. C'était le seul homme avec qui je me sentisse apparenté, et nous avons dû nous ressembler en bien dés choses; raille tant que tu voudras. Je le lisais rarement depuis quelques années : on converse plus volontiers avec ceux dont le caractère est différent du nôtre. Mais toujours, avec Byron, je me suis senti à l'aise comme avec un camarade de régiment, dont on est tout à fait l'égal. Avec Shakspeare, ce n'est pas du tout la même chose, je sens trop que je ne suis pas un de ses pairs; il est le tout-puissant ministre, et je ne suis qu'un simple conseiller aulique, et il me semble qu'à chaque instant il pourrait me mettre à la retraite.

XXXVIÏ

AU IfÉIfE

Gœttingue, le 20 juillet 1834.

Cher Moser.

Je ne puis trouver d'assez vertes paroles pour me plaindre de ton silence. Qu'est-ce à dire? Avec toi, il

ne peut être question de négligence, tu es l'homme

le plus exact de ton siècle. Ce n'est pas non plus manque d'amitié, car il est diAicile de supposer que ton manteau de marquis de Posa ait été troué par les gerces flu temps : par le ciel, il n'y a pas trois mois que nous qous sommes quittés t Ou bien Gans, qui a chargé officiellement Reinganum de ne pas me saluer, aurait-il réussi, par un de ses bavardages, à faire un trou à ce beaji manteau*? ou serait-ce un nouveau philosophème, ou quelque aphorisme d'Unger qui t'absorbe si bien que tu ne peux penâer à moi?

Comme il en est aul^rement pour moi t Malgré

tou^ mes travaux, souffrances et complications^ je pense /constamment à toi. Je rêvais encore de toi cette nuit. En apcien cos/,ume espagnol, et sur un étalon andalou^ ^u chevauchais au milieu d'une grande cohue de juifs qui s'en allaient à Jérusalem. Le petit Marcus, avec ses grandes cartes géographiques et descriptions de voyage, marchait en tête comme guide. Zunz, « en escarpins », portait la Bevue^ relfée §n ipafoqujr) roûge; madame la doctoresseZunz, un tonnelet debrandevin de gala (jontçftig *) sur le dos, courait à côté de lui comme vi-

\. Mot hébreu germanisé.

correspondanofT inédite n.")

vandière. C'était une- grande armée juive, et Gans allait de l'un à l'autre pour établir un peu d'ordre. Lehmann etWohlwill portaient des bannières où étaient peints le bouclier de David, et le Doctrinal de Bendavid. Sucre-Cohn conduisait les teniplistes de Hambourg. D'anciens candidats de la Société portaient les ossements de Saùl Ascher.*. Tous les juifs baptisés suivaient en qualité de fournisseurs, et une quantité de carrosses fermaient le cortège; dans l'un était assis le docteur Oppert, comme chirurgien-major, et Jost, en qualité d'historiographe des hauts faits futurs; dans un autre, Friedlander avec madame de la Recke, et, dans une des "plus magnifiques voitures de parade, Michel Becr, représentant le corps du génie, et, à côté de lui, Wolf et la Stich ® qui devaient immédiatement représenter le Paria k Jérusalem, et récolter une gloire méritée.

Vraisemblablement, je m'étais endormi hier soir en lisant Basnage 3.

|. Les lecteurs des Beisebilder n'pnt pas oublié le docteur Saiil Ascher, et soi) entrevue posthume avec Heine, à Gosier, dans le Voyage du Hartz.

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