‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives--Chapitre 39 sur 51 · C.-F. Culemann, D"" phil · texte numérisé non relu

C.-F. Culemann, D"" phil

Th. Geppert, Stud. jur.

Marilus est dominus dotis.

Greditor apocham dare debef. *

Omnia judicia pablice peragenda âunt.

Ex jarejaraiido non nascitur obligatio.

Gonfarreatio antiquissimus apud Romanos fait in manum conveniendi modus.

« Thèses que, sur Tordre et avec Tautorisation de la très-louable Faculté de droit- de l'université de Gœttingue, soutiendra publiquement, le 20 juillet 1815, Henri Heine de Dusseldorf, pour obtenir, selon les formes voulues^ les plus hautes dignités d'un docteur dans les deux droits.

Opposants : - C.'F. Gulemann, Ù' phil.

Th. tjcppert, Stud. jur.

%^t OEUVRES DE HENRI HEINE

miration de ce qu'un grand poète pût être aussi un grand juriste. Si ces derniers mots ne m'avaient

Le mari est maître de la dot.

Le créancier doit dotiner quittance.

Tous les actes judiciaires doivent avoir lieu publiquement.

L*obligation^e résulte pas du serment.

La confarréation fut^ chez les Romains, la forme la plus ancienne du mariage juridique.

Le diplôme de docteur obtenu par Heine, à la suite de ces épreuves, est un diplôme de troisième degré, post exhibita legi- Hmœ seientiœ speeimina. Le premier degré exige egregia specimina; le second, laudabUia. Nous rapportons ce détail qui ne peut nuire à la gloire de Heine, et consolera peut-étr« les docteurs qui n'ont pas été plus heureux que lui.

Quant aux compliments latins faits par le doyen Hugo au jeune poète, dont il aurait dit que les vers, au jugement général, pouvaient être placés à côté de ceux de Gœthe, il semble que, dans sa lettre à Moser, Heine les traduit en les amplifiant quelque peu. Le célèbre jurisconsulte, s i| en faut croire les témoignages venus de Gœttingue, aurait dit simplement que Heine pouvait être comparé à Gœthe en ceci, que, comme Gœthe, il avait mieux réussi dans la poésie que dans la jurisprudence. — On voit que le doyen Hugo, avec son fin sourire, était digne d'avoir affairera un récipiendaire toi que Heine.

rendu défiant à Tendroit de l'éloge, je ne m'en ferais pas peu accroire d'avoir entendu, dans un long^ discours latin, du haut de la chaire, comparer Henri Heine à Gœthe, et assurer que, de l'aveu général, mes vers peuvent être placés à côté des siens. Voilà ce qu'a dit le grand Hugo dans la plénitude de son cœur, et, le même jour, il m'a dit encore privatim beaucoup de belles choses, en nous promenant ensemble, et à sa table du soir, où il me fit prendre place. Aussi je trouve que Gans a tort de parler de Hugo d'un ton dédaigneux. Hugo est un des plus grands hommes de notre siècle ! t

Hier, j'ai perdu toute la journée à écrire des lettres

à ma famille, à recevoir des félicitations, et, aujourd'hui, je suis mort. Ne t'effraye pas, je parle au figuré. Je ne puis donc pas t'écrire maintenant, bien que j'aie matière à une lettre infinie, surtout si je voulais te dire tout au long combien je t*aime, et combien tu mérites d'être aimé.

En somme, ma santé va bien. Probablement je ne resterai plus longtemps ici. Dans une lettre à mon oncle, j'ai laissé entrevoir mon désir d'aller aux bains de mer, et j'attends de sa grâce et de sa sagacité que ce vœu pourra s'accomplir. Salomon Heine

a passé ici en voyage, m'a fait tout de suite chercher, et a été amical au delà de tout^ idée ; ^ussi ai-je passé avec lui des heures agréables, Mais, coipme des étrangers ont été constamment présents, je n'ai pu parvenir à lui parler de n^es affaires personnelles, et, au moment où j'allais partir avec lui pour Casse), la voiture s'est trouvée si remplie, que Pierre Schlemihl * a dû rester en arrière. — Pourtant j'ai assez d'esprit pour ne pas croire qu'il fera beau demain parce que le soleil a brillé aujourd'hui.

Ci-joint, un paquet de Thèses dont tu enverras un exemplaire chez M. de Varnhagen. (Ne peux-tu pas me dire s'il est parti ou non ?) R^mets-èn un aussi au conseiller Hitzig, dontje vff intérêt à tout cç qui m'arrive m'a toujours fait un vif plaisir. Salue-le aussi. Distribue les autres exemplaires à nos ar^is et connaissances, Zunz, Rubo, Lehmann, Lessnianp, le vieux Friedlânder, et, si tu veux aussi, aux Hillmar, aux Veit, etc. Si tu pouvais fçiire parvenir un exemplaire à Gans ou à Marcus, j'en serais bien, aise. Salue très-cordialement Zunz; dis-lui que je le remercie beaucoup de ses notes. Des juifs ont réelle I^e héros da récit le plus connu d'Adalbert de Cbamisso.

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lement habité Grenade en 1492; car ils sont exprèssèment mentionnés dans la capitulation de cette ville. Quant à Abarbatiel, j'ai réussi à mettre la main sur la dissertation de Majus (Vita Abarbafielis); j'ai comparé toutes les sources chrétiennes, et n'ai trouvé que peu de chose.

Adieu; écris-moi bientôt; si ta lettre ne me trouvait plus ici, je donnerai ordre qu*on me l'envoie. Si tu n'as rien d'important à me communiquer, ajourne ta lettre jusqu'à ce que je te dise si je vais aux bains.

Aujourd'hui (je te l'ai déjà dit), je suis mort, ou, tout au moins, j'ai tant de confusion dans la tête, que je sais à peine ce que j'écris. Mais ce que je sais fort bien et très-clairement, c'est que tu es mon meilleur et plus véritable ami, et que je suis ie tien.

P.-5. — Envoie aussi un exemplaire des Thèses au professeur Gubit?, et au banquier Lipke. Ils ne savent le latin ni l'un ni l'autre; mais ils ont été jadis aimables pour moi.

A FREDERIQUE ROBERT

Lunebourg, le 12 octebre 1825.

A la plus belle^ la meilleure^ la plus aimable des femmes.

Jementirais en vous disant, avec les hyperboles ordinaires entfe amis, que le temps pendant lequel je ne vous ai pas vue m'a paru un siècle, et que je brûle d'impatience de vous revoir. Il me semble, au contraire, que c'est hier seulement (Jue je vous ai quittée, et même, à dire la vérité, vous ne me manquez aucunement, car toujours se tient en personne devant moi la parfaite Turque dans sa beauté merveilleuse, avec toute sa grâce et son amabilité. Si le souvenir me suffit ainsi, et que je ne désire pas autre chose, ne m'accusez pas, au nom du ciel, d^avoir le cœur sec et paresseux en amitié ; non, mais je suis ainsi fait, grâce à Dieu !

Je ne vous écrirais pas même, belle dame, n'était cet Almanach de malheur. Il se fait tellement attendre, que je suis tenté de croire qu'il finira par ne

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pas paraître du tout. Or, ce serait une vraie fatalité pour moi; car le Voyage du Hartz, vu ses nombreuses allusions au présent, aurait dû paraître comme nouveauté, et c'est seulement parce que la conclusion de ma Nouvelle n'était pas terminée que îe me suis décidé à le publier dans un Âlmanach qui ne paraissait ^qu'en automne. En outre, mes écrits ont si rarement trait au présent, que, quand une fois j'ai pondu quelque chose de semblable, maintes considérations publiques et privées me sollicitent de ne pas ajourner l'impression. ËnBn quelques amis peu scrupuleux (Robert dirait des ennemis intimes), qui ont eu entre les mains le manuscrit du Voyage et en ont copié des fragments, pourraient encore me jouer le tour de les publier en les altérant. Vraiment, ce n'est point par mauvaise humeur que je mentionne tout cela, c'est pour qu'on ne me reproche pas de mesquines préoccupations de boutique. Et si, dans ce moment, je suis d'humeur morose, ce n'est assurément pas contre la. belle et chère Frédérique ; c'est contre moimême, et contre Louis Robert, dont j'ai lu enfin rOiseau de paradis. Mon ami, le docteur Ghristiani de Gœttingue, l'homme le plus lettré de tout le Ha-

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novre, me Ta remis avec des éloges enthousiastes ; je l'ai lu la semaine passée, et j'en ai été médiocrement édifié. Je puis dire cela à vous et à Robert, mais je me garderai bien d'en rien laisser voir aux autres; car les autres n'ont aucune idée de ce qui manque à mes yeux à cette pièce, et ce qui m'y déplaît est précisément ce qui les divertit le plus. Mais à vous, — voyez bîen s'il n'y a personne autre que Robert dans la chambre, — à vous, je puis ouvrir mon cœur; peu avant de lire V Oiseau depamdk^ j'avais appris à connaître de tout autres oiseaux, c'est-à-dire ceux d'Aristophane. Peut-être, belle Frédérique, n'avez-^vous jamais entendu parler de-ceuxci, ou bien n'en aveî-vous rien entendu dire de correct. Mon niattre lui-même, dont la finesse passerait pourtant par le trou d'une aiguille, A. -G. de Schlegel, en a parlé dans son Cours sur l'Art dramatique, d'une manière insupportablement fausse et superficielle, ne voyant qu'une plaisanterie gaie et baroque dans l'idée d'Aristophane, qui montre ici les oiseaux se réunissant de toute part, fondant uû6 ville dans les airs, et déclarant aux dieux qu'ils leur refusent désormais l'obéissance, etc. Mais il y a dans ce poëme un sens profondément îsérieux, et. tandis

CORRËSPONDÀNGB INéoiTK 239

qu'il amuse royalement les spectateurs exotériques (c'est-à-dire les badauds d'Athènes), par des figures, et des railleries, et des saillies, et des allusions fantastiques ; — ainsi, par exemple, à propos des ambassades d'alors, le spectateur ésotérique (c'est-àdire moi) découvre dans les Oiseaux une prodigieuse vue d'ensemble sur l'univers; j'y vois la folie humaine affrontant les dieux, iine véritable tragédie, d'autant plus tragique, que cette folie finit par triompher et garde jusqu'au bout l'heureuse illusion que sa ville aérienne existe réellement, que les dieux ont été vaincus, et qu'elle a tout obtenu, même la possession de la toute-puissànte et superbe Basilea.

Je sais très-bien, belle dame, que voiis ne voyez point encore où j'en veiix venir, et même, si vous lisiez les Oiseaux dans là lourde traduction de Voss> vous ne le comprendriez point encpre; car personne ne saurait traduire ces chceurs aériens se perdant dans l'infini, cette poésie ailée, escaladant hardiment le ciel, ces chants de triomphe de là folié, enivrants comme des mélodies de rossignols en gaieté. Et pourtant il m'a fallu écrire tout cela pour que vous n'éclatiez pas de rire à ma barbe en m'entendant repro-

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cher à ïOiseau de paradis de Robert," de n'être pas une tragédie! « Prétention inouïe! vous écriez- vous avec surprise : il faut qu'une comédie soit une tragédie!... » Mais Robert est devenu sérieux, il sait •que je ne demanderais rien de semblable à quehiue pièce légère, dialoguée à la française, mais qu'il en est tout autrement ^our la comédie romantique. Robert a fort bien saisi le caractère distinctif de ces deux espèces de drames, c'est-à-dire que la comédie romantique se détache complètement du sol, et flotte en quelque sorte hardiment dans l'air; et ce que raconte la vieille légende populaire de l'oiseau de paradis réel, c'est-à-dire qu'il n'a point de pattes, et ne peut marcher sur la terre, peut s'appliquer avec éloge au sien. Mais il y manque une vue grandiose du monde, et une intuition de ce genre est toujours tragique. Elle ne peut être compensée par un regard jeté sur le monde de la scène, par une vue comique des misères du théâtre, ou de quelquesunes de celles du monde réel : c'était là le sujet d'une comédie ordinaire, dans la donnée conventionnelle et non pas d'une comédie romantique. Combien grand et réussi est, en échange, le Babouin^ cette comédie vraiment aristophanesque 1 II y a là

CORaESPOXDAXCE INEDITE ^il

une Tue plus étaidae du monde que dans le Paria Inî-inêiiie, et le B^iAomin est au fond plus tragique. Au premier moment, on rît de bon cœur de ce ba* bouin qui se plaint avec amertume de l'oppression et des outrages de créatures plus privilégiés que lui ; mais, en y réfléchissant davantage, on est bientôt tristement fira^pé de cette vérité cruelle, que ces plaintes sont au fond parfaitement légitimes. Là est cette ironie qui est toujours Télément essentiel de la tragédie. Il est impossible, à moins de tomber dans ce qui est le contraire même de la poésie, de représenter autrement que dans le vêtement bariolé de la folie, ce qu'il y a de plus monstrueux, de plus effrayant et de plus horrible; on se réconcilie ainsi avec ces choses ; — c'est pourquoi Sbakspeare, dans le Bot Lear^ met dans la bouche d'un fou les vérités les plus hideuses; que Gœthe a choisi la forme d'un jeu de marionnettes pour le sujet le plus formidable de tous, Faust; et c'est pour cela aussi qu'un poëte plus grand encore (le poëte primitif, dirait Frédérlque), c'est-à-dire Notre-Seigneur Dieu, a mêlé à toutes les scènes de terreur de cette vie une bonne dose de bouffonnerie. — Mais j'écris ici bien plus pour le

mari que pour la femme. Faites votre possible, je

VOUS en prie, pour que le Babouin soit bientôt publié.

On ne devrait jamais, il est vrai, comme cela arrive souvent, sacrifier un ami à un bon mot. Mais, quand il s'agit de toute une cargaison de bons mots, on peut bieii le permettre. — Qu'est-ce que Robert écrit maintenant?

J'ai appris avec plaisir, belle dame, que vous aviez fait la connaissance de mon oncle Salomon Heine. Vous a-t-îl plu? Dites, dites! C'est un homme considérable, qui, avec de grands défauts, a aussi les plus^ grandes qualités. Nous vivons, il est vrai, en démêlés continuels ; mais je Taime extraordinaire* ment, presque plus que moi-même. De nature et de caractère, nous nous ressemblons d'ailleurs beaucoup. La même hardiesse obstinée, la même tendresse d'âme sans limites, la même folie incalculable; seulement j la fortune a fait de lui un millionnaire, et de moi le contraire, c'est-à-dire un poète, et, à cause de cela, nous a faits très-differehts Tun de Tautre, dans notre manière de voir et de vivre. Je vous en prie, dites-moi comment vous le trouvez* Je le reverrai cette semaine, car je vais m'établir à Hambourg comme avocat* — Pour. ma santé, cela

va toujours mieux. J'ai pris, cet été, les bains de mer à Norderney * . Je vous enverrai le récit de quelques courses que j'ai faites en mer. Les dames à Norderney m'ont traité avec beaucoup de distinction, et c'était justice. J'ai été là très-aimable et de très-bon ton.

Adieu, belle dame; écrivez-moi, si possible est, tout de suite, pour que je sache si TAlmanach paraît cette année; dans le cas contraire, renvoyez le manuscrit par la poste, à l'adresse du docteur Juris H. Heine, chez Hérold et Wahlstâb, à Lunebourg. N'allez pas me mettre dans l'embarras ; recommandez le paquet afin qu'il ne s'égare pas, et que je ne sois pas obligé de copier une seconde fois mon brouillon. Mais, avant tout, gardez-moi votre amitié. Peut-être vous ferai-je visite l'année prochaine; j'ai le projet de beaucoup voyager et de beaucoup voir. D'ailleurs, ma poéterie l'exige. Si vous écrivez aux Varnhagen, n'oubliez pas de les saluer de ma part. Je salue cordialement Robert, qui ne m'en voudra certainement pas de mes critiques; car je l'aime, et je sais qu'il est magnanime. Enfin je reste, de la

i. Petite ile de la mer du Nord, très-près des côtes du Hanovre,

plus aimable des femmes, le serviteur le plus dévoué.

A M. MOSER

Je parcours avec avidité toutes les annonces de librairie pour voir si les Flmrs du Rhin ont paru.< Elles se font bien attendre, et je suis sur le point d'écrire aux Robert pour en demander la cause. Ce serait une indélicatesse sans pareille si TAlmapach devait ne pas paraître, et que l'on ne m'en eût pas d'avance informé. Dans ce cas, je fais revenir mon manuscrit, et je l'imprime immédiatement. — Il faut même que je peste contre de jolies femmes ! — Mais je vois que tu ris; aussi je ne veux rien dire de mon emprunt de dix louis, et songer plutôt au moyen de le couvrir. — . Prochainement un mot précis sur ce point.

Informe-toi donc si un docteur Juris après avoir soutenu, pro facultate legendi, une thèse à Berlin, peut ouvrir un cours de philosophie à TUniversilé.

1. Sans date; vraisemblablement de Lunebourg, commencement de novembre 1825.

Écris-moi beaucoup. Je parle constamment de toi avec nvon frère, que j'ai trouvé ici. C'est une joie pour mon âme d'entendre redire ce que tu es et ce que tu fais, comment ton esprit est toujours plus étincelant et ta robe de chambre toujours plus délabrée, et comment, le dimanche matin, couvert de ce vêtement tailladé, ton Homère ouvert devant toi, tu grommelles à demi-voix, comme autrefois nos pères devant le Tausves Jontof *. — Mon frère m'a dit aussi que tu avais été' singulièrement édifié par la lecture de Ségur, et que tu l'appelais le nouveau Salluste. Aussi n'ai-je rien eu de plus pressé que de le lire; j'ai commencé avant-hier, et, ce matin déjà, j'engloutissais le dernier chant. Ce livre est un océan, une odyssée et une iliade^ une élégie ossianique^ un chant populaire, un soupir du peuple français tout entier! Un Salluste?... Va pour Salluste I Je n'en saurais juger, je suis' encore tout étourdi.

Puisqu'il est question de livres, je te recommande le Voyage de Golowin au Japon. Tu y verras que les Japonais sont le peuple le plus civilisé de la terre.

i. Touefoth Jomtob, — un commentateur du Talmud.

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le peuple de l'urbanité par excellence; je dirais volontiers le plus chrétien^ si je n'avais lu,i ma stupéfaction, que rien autant que la croix n'est en haine et en scandale à ce peuple. Je veux -devenir Japoiiais. -^ Rien ne leur est aussi odieux que la croix. Je veux me faire Japonais.

Peut-être t'en verrai- je aujourd'hui une poésie tirée du Rahhm^ que j'ai du malheureusement interrompre encore. Je te prie de ne la communiquer à personne, pas plus que ce que je te dis de mes affaires privées. Un jeune juif espagnol, juif de cœur, mais qui se fait baptiser par bravade, est en correspondance avec le jeune Jehuda Abarbanel, et lui envoie cette poésie, traduite du maure. Peut-être oraint-il d'avouer tout uniment à son ami une action qui n'est pas très^noble < ; bref, il lui envoie cette poésie. — N'y pense pas.

Aussitôt que j'aurai un peu de tranquillité, à Hambourg ou à Berlin, je continuerai le Rahhin, Je veux décrire mon dernier voyage. Mes poésies s'augmentent, et je pourrai bien en publier un petit vo-

1. Ce passage significatif marque le moment précis où Heine passa aii protellantisme, et se ftt baptiser.

Imne à Pâques. Tai là, toot prêts, les matériaux de grands oarrages, et j*e^re qae le bon Dieu me doDii»a des jours de santé.

Salue Zimi et sa femme pour moi. Je le remercie de se montrer si obligeant pour mon firère. Celui^i m'a Tzconté de Zuna beaucoup de nouveaux bons mots.

Je sois dans une grande attente du retour de Gans. Je crois réellement qu'il reviendra sous la forme d'Ëli Gans ^. Je crois aussi que, si la première partie du Droit de succession peut être envisagée à bon droit (selon la classification bibliographique de Zunz) comme une source pour Thistoire juive, la portion de ce même Droù qui paraîtra après le retour de Gans de Paris, ne sera pas plus une source pour cette histoire que les paroles de Savigny, et d'autres Gojim et Beschoim K Bref, Gans reviendra de Paris, chrétien, dans le sens le plus aquatique du mot. Je crains que Sucre-Cohn ne soit son Karl Sand ^.

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